Avez-vous des recommandations pour me familiariser avec les réalités des identités sexuelles minoritaires ou marginalisées?


Coucou!
Récemment un/une ado près de moi a dit se poser des questions sur son identité. Je suis sa tante et j’ai vu que c’était très difficile de s’ouvrir sur ce sujet. Je veux être digne de cette confiance et offrir à cette personne du réconfort et un espace pour se sentir plus à l’aise, en sécurité (physique et émotive).
Cela dit, j’ai l’impression d’être vieille et dépassée. J’ai bien entendu, que c’est plus complexe que “ma nièce en fait on s’est trompé en l’élevant comme une fille, c’est un garçon, c’est mon neveu”. Mais j’ai de la difficulté à comprendre ce que ça représente, être non-binaire, agenre, fluide… Je crois que je n’arrive pas à pas à concevoir ces abstractions dans la réalité. J’utiliserais cet exemple: toute ma vie, j’ai appris à penser à partir du français et de l’anglais et tout d’un coup j’essaie de comprendre la monde à partir du pamplemousse… On dirait complètement un autre univers, une autre langue à part qui fait fi de mes catégories mentales et de mon expérience du monde.
Je me dis que de ne pas comprendre, c’est mon propre problème, que je n’ai pas besoin de tout comprendre pour aimer et soutenir ma nièce/mon neveu, mais je serais quand même un meilleur appui si j’arrive à en savoir et comprendre plus. Avez-vous des recommandations pour que je puisse me familiariser avec les réalités des identités sexuelles minoritaires ou marginalisées? Des trucs pour éviter certaines maladresses communes?
Merci beaucoup!
Tatie Matie xxx 🙂
Bonjour Tatie Matie,
Quel honneur de répondre à une si belle question !
Êtes-vous la plus fantastique Tatie des Laurentides? Probablement. 😉
Il peut effectivement être très difficile pour un.e jeune de révéler à ses proches ses questionnements au sujet de son identité de genre. S’iel (contraction des pronoms il et elle, pour utiliser un langage neutre) a décidé de s’ouvrir à vous, c’est probablement parce que vous êtes une personne en qui iel a vraiment confiance, en effet. C’est génial !
Maintenant, comment faire pour s’y retrouver avec tous ces termes qui vous semblent tout droit sortis d’une autre dimension ?
D’abord, une introduction :
Notre sexe (ou genre) assigné à la naissance est celui que le ou la médecin coche suite à notre venue au monde, basé sur une simple observation des organes génitaux externes dans la majorité des cas.
Parfois, ce genre correspond à notre ressenti, à notre identité profonde. Parfois, non.
Les personnes dont le genre correspond à celui assigné à la naissance sont cisgenres (ou cis).
Les personnes dont le genre ne correspond pas à celui assigné à naissance sont trans.
Certains domaines font une distinction entre les termes transgenre et transsexuel.le, mais c’est de moins en moins le cas. D’ailleurs, le terme transsexuel.le est davantage associé à une vision médicale pathologisante des vécus trans.
Pour ces raisons, il est généralement proposé d’utiliser le terme trans, tout simplement.
Cela dit, il revient aux personnes concernées, de manière individuelle, d’identifier leur vécu et leur identité – certaines personnes se diront trans, d’autres, transgenres, d’autres, transsexuelles… elles ont toutes en commun le fait d’avoir un genre différent de celui assigné à la naissance.
On nous a appris qu’il n’y avait que deux catégories de genre (femme et homme – qu’il s’agissait d’un modèle binaire) et on a effacé l’existence des personnes trans dans notre éducation. Lorsqu’on évolue dans un milieu cisnormatif (où le fait d’être cis est perçu comme la ‘normalité’, comme quelque chose de ‘supérieur’) et souvent transphobe (où les personnes trans sont diminuées, discriminées, où leur vécu n’est pas pris au sérieux ou lorsqu’elles nous évoquent la peur, le dégoût ou le ridicule), il peut être difficile d’avoir accès à une information de qualité au sujet des vécus trans ou de concevoir l’existence même des personnes trans. Ce n’est pas une question d’âge, ni d’intelligence. Toutefois, le fait de s’activer pour défaire nos biais cisnormatifs et transphobes constitue un pas dans la bonne direction. Écouter les personnes trans, croire les personnes trans, s’informer auprès de sources crédibles et non sensationnalistes… 😉
Certain.e.s perçoivent le genre comme un continuum où l’on trouve les identités homme et femme aux extrémités (mais d’autres modèles existent également). Gardons en tête ce modèle. Certaines personnes ont une identité non-binaire, c’est-à-dire qui se situe à l’extérieur de la binarité homme-femme. Sur le modèle de continuum, on pourrait dire que ces personnes se retrouvent quelque part au milieu, ou encore complètement à l’extérieur.
Il y a des personnes agenre, qui n’ont pas de genre et qui ne se trouvent pas sur ce continuum.
Les personnes genderfluid ou, en français, au genre fluide ou fluides dans le genre, ont un genre qui se module. Ces personnes sont non-binaires puisque leur genre n’appartient pas à une vision binaire homme-femme.
Ça va jusqu’à maintenant ? Si c’est le cas (ou non – vous allez peut-être vous y retrouver davantage avec d’autres références), je vous propose de lire ce fantastique guide rédigé par une militante sherbrookoise nommée Dominique Dubuc. On y trouve des définitions, des propos à éviter (voilà pour les gaffes!) et des trucs pour un meilleur accueil et une plus grande inclusion des diversités sexuelles et de genre. Elle y parle des réalités trans, mais aussi d’orientation sexuelle et d’intersexuation – une autre chose dont on entend peu parler même si elle touche la même portion de la population que le fait d’avoir les cheveux roux ! En passant, Dominique Dubuc est un peu plus âgée que vous… il y a beaucoup, beaucoup d’espoir ! 😉
En terminant, quelques idées en vrac pour vous assurer du mieux-être de l’ado en question:
– Si ce n’est déjà fait, lui demander quels pronoms iels utilise – elle, il, iel, pronoms en alternance? et respecter ces pronoms en tout temps.
Hot tip: pour les pronoms qui ne sont pas elle ou il, certaines personnes préfèrent l’utilisation d’un langage le plus neutre possible pour les désigner (on y arrive avec un peu de gymnastique, c’est là qu’on réalise que la langue française constitue tout un défi par moments).
– Lui demander s’iel souhaite que vous gardiez ces informations au sujet de ses questionnements pour vous, ou s’iel souhaite que vous soyez défenderesse de son identité de genre au sein de la famille ou ailleurs. On ne choisit pas son identité de genre, mais on choisit de faire son coming-out (sortie du placard) ou non, et auprès de qui. Parfois, c’est une question de survie.
– Vous rappeler que c’est légitime d’expérimenter, autant au sujet du genre que de la sexualité – il se peut que ce questionnement perdure, qu’il s’apaise, que “votre” ado décide d’entamer une transition (sociale, juridique ou médicale – voir le glossaire de Dominique Dubuc à cet effet!) ou non. Toutes ces expériences sont valides.
– Enfin, lui rappeler votre disponibilité pour discuter de ses questionnements. Parfois, pas besoin d’une expertise, le simple fait d’en parler fait du bien… et vous êtes une personne de confiance qui sait s’outiller. Si la situation vous demande trop d’énergie ou de travail émotionnel, n’hésitez pas à nous écrire à nouveau pour des références trans-friendly pour votre ado. 🙂
Voilà ! J’espère le tout aidant.
Merci encore pour votre fantastique question. Au plaisir de vous relire au besoin !
Marie-Édith
B.A. sexologie, DESS travail social


About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

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