Vivre avec un père qui n’accepte pas que je sois trans, me faire mégenrer, être dans le placard… ça me donne des idées noires.


Bonjour, je m’appelle Ayden, je viens juste d’avoir 14 ans, et ça fais plusieurs année que je me poser des questions sur mon genres et j’ai enfin compris que j’étais bel et bien un garçon.

J’ai fais mon coming out a mes parents et ma mère fais bcp d’éfforts en me disant “il” et “Ayden” mais quand il y a mon père c’est impossible, il péte un cable, et surtout il dit que je me fais influencé, que ce n’est pas bon de prendre des hormones, que c completement débile ce que je veux faire, que je me cherche ou encore que être trans ce n’est pas naturel… evidement ça me fais du mal de l’entendre dire ça, mais je précise qu’il n’est pas homophobe ou transphobe, c juste que je pense qu’il a du mal a digéré le fait que ça m’arrive a moi, étant donner que je suis son seul enfant… et même mtn le matin quand je me réveille, il fais exprès de me dire “Ma belle au bois dormant” ou encore “T réveiller Mademoiselle” et franchement ça fais mal, et il force bien sur mon deadname … j’en peux plus.. avant tout ça j’ai était en dépressions et je me fesait bcp de mal.. mais j’ai arreter depuis que ma mère me soutiens

il y a aussi mes amis, j’ai un meilleur ami qui lui a énormement de mal et vois ça comme un “jeu” il me genre tout le temps au féminin et quand je le reprend il fais aucun effort alors que c’était lui le premier a savoir que j’étais un garçon.. mais sinon c un ami en or. J’ai d’autres amis qui eux font des “efforts” des fois faut les resctifier et après y a pas de probleme. J’ai quand même de la chance d’avoir des personne bienveillante a mes côté.

Après il y a le fait que quand je vais au magazin avec mon père, les caissière ou autre disent ” Bonjour Messieurs… Messieurs, dames, pardon ” et ça me rend tellement mal mais aussi tellement en colère!! Mais vue que je suis avec mon père je peux rien dire, et ça c a cause de ma poitrine! j’ai tellement de dysphorie envers celle ci.. je fais du 100D donc c énorme et même avec trois couches de vêtement ont les vois encore, j’ai penser au binder.. mais mon père ne voudra jamais m’en acheter un.. ma mère elle veux, mais le probleme est qu’on est dans une ville paumé donc ont doit acheter sur un site et ça se fais avec une carte de paiement et elle n’en a pas.. triste vie, ça me donne des idée noire souvent …

et j’ai aussi oublier de parler du collège, je suis en 4ème et a part le peu d’amis que j’ai, personne est au courant que je suis trans, j’aimerai leurs dire pour ainsi passer une meilleur année scollaire et étant vrm qui je suis, mais je sais pas comment faire, et surtout j’ai peur qu’il refuse de m’appeler Ayden ou qu’ils me juge, car déja la CPE ne m’aime pas, et puis ils sont different, et surtout méchant dans ce collège, et même dans la coure je me souviens qu’il y avait un groupe de fille qui venait me voir et elles me disant ” alors comment elles font les lesbienne pour coucher enssemble ? ” ou ” tu leche la ch***** ” et elles rigoler, c’était au moment ou j’étais considéré comme “lesbienne” mais elles se sont arreter.

J’éspere que je ne vous embete pas avec mon long message, vous devez avoir bcp de travail et même plus important que moi.. / Vous pouvez publier la réponse sur votre site.
Ayden.

Bonjour Ayden!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questions. Je te rassure, ton message n’est pas trop long et il est très important pour moi de te répondre.

La situation que tu vis me semble très difficile. Je suis vraiment désolé que tu aies à vivre autant d’incompréhension de la part de ton père et de certain.e.s de tes ami.e.s. Ça me rappelle beaucoup ma propre situation quand j’ai fait mon coming-out en tant que personne trans. 

Certaines personnes ont besoin de plus de temps pour s’adapter après que nous leur ayons fait notre coming out et certaines ne voient malheureusement pas le but de faire des efforts. Parfois, le refus de nos parents d’accepter notre identité trans vient de craintes qu’iels ont à propos de ce parcours. Iels croient nous protéger en refusant que l’on transitionne. Ça me semble en partie être le cas de ton père, qu’en dis-tu?

Ça ne justifie pas du tout ses actions, mais ça aide à comprendre pourquoi il agit ainsi, et ça peut nous donner des pistes d’action pour essayer de lui faire réaliser qu’être trans n’est pas la fin du monde, tout au contraire. 

On présente souvent le coming-out comme étant une étape unique, mais malheureusement, il est souvent nécessaire de refaire un coming-out ou de ravoir des discussions par rapport à notre identité de genre, même si on l’a déjà fait. Ça me semble être nécessaire avec ton père, puisqu’il n’a pas saisi qu’il doit apporter des changements à son comportement pour que tu te sentes bien et respecté. 

Puisque ça a l’air difficile d’avoir une conversation avec ton père sur le sujet, que dirais-tu de lui écrire une lettre ou un courriel pour expliquer comment tu te sens et ce que tu aimerais changer? L’avantage de l’écrit, c’est qu’on peut se préparer beaucoup plus que lorsqu’on a une conversation avec quelqu’un. De plus, ça permet d’envoyer des ressources en même temps. Par ailleurs, ça permet à l’autre personne d’avoir l’espace pour réagir et gérer ses émotions sans qu’on ait à les subir sur le coup. Qu’en dis-tu?

Je te suggère de lire cette réponse et cette réponse que j’ai écrites sur le sujet du coming-out. Elles pourraient t’aider à écrire une lettre à ton père si tu le souhaites. 

Par ailleurs, voici quelques ressources pour répondre aux mythes que ton père soulève contre les personnes trans :

 

1) Les enfants et ados sont trop jeunes pour connaître leur identité

Au contraire, plusieurs études, dont celle-ci, ont démontré que les garçons trans se sentent autant garçons que les garçons cis, et de même pour les filles trans. Ainsi, ce n’est ni une mode, ni une lubie, ni quelque chose qui est contre nature, c’est simplement un phénomène qui se produit chez de 1 à 3 % des enfants, ce qui est autant que le nombre de personnes qui ont les cheveux roux! 

De plus, il est presque garanti qu’un.e ado qui se sent trans pendant ou après sa puberté continuera de se sentir trans à l’âge adulte. Il ne s’agit donc pas d’un effet d’entraînement propre aux adolescent.e.s. 

 

2) La prise d’hormone est dangereuse

Voici un extrait d’une réponse que j’ai déjà donnée à ce sujet :

« Il y a certains risques, c’est vrai, mais ils ne sont généralement pas plus élevés que ceux auxquels sont aussi sujets les personnes cisgenres! Par exemple, prendre de la testostérone augmente le risque de maladie cardiovasculaire. Cependant, c’est seulement parce que les hommes cisgenres ont plus de risque d’avoir ces maladies que les femmes cisgenres. Donc, ton risque va augmenter pour rejoindre celui que tu aurais si tu étais né avec des testicules produisant de la testostérone. Pour le cancer, il n’y a aucune étude qui démontre que le risque d’un cancer ovarien ou de l’utérus augmente avec la testostérone. La seule préoccupation peut venir du fait que de prendre de la testostérone augmente le risque d’avoir des ovaires polykystiques, qui augmentent légèrement le risque d’avoir un cancer des ovaires. Cependant, ce risque est le même que les femmes cisgenres qui ont des ovaires polykystiques.

De l’autre côté, certains risques de santé sont réduits avec la prise d’hormones! Par exemple, si tu prends de la testostérone toute ta vie, tu auras moins de risque d’avoir de l’ostéoporose, c’est-à-dire un effritement des os, car tu ne vivras pas de ménopause.

De plus, ta prise d’hormones et ta santé seront suivies de très près dès le début de la prise d’hormone et même avant! Tu auras des prises de sang à des intervalles réguliers dans le but de s’assurer que tu absorbes bien la testostérone et que ton foie se porte bien. Ainsi, tu auras des contrôles de santé beaucoup plus réguliers que la plupart des personnes cisgenres, ce qui diminue beaucoup les risques d’avoir une maladie non traitée pendant longtemps, si jamais tu développes un problème de santé, en lien ou non avec la prise d’hormones. J’espère que cela te rassure et te permettra de défendre tes choix auprès de tes parents. »

Pour plus d’informations sur la prise d’hormones en France, je t’invite à lire ce document!

 

3) Les personnes trans sont malheureuses, il vaut donc mieux être cisgenre

Si certaines personnes trans ont des difficultés, c’est en grande partie à cause de la transphobie, et non parce qu’elles sont trans! Beaucoup de personnes trans ont des vies heureuses et comblées. Voici d’ailleurs une liste de 6 icônes trans inspirantes et de 9 femmes trans inspirantes

Mais il est démontré que la meilleure façon pour qu’une personne trans soit heureuse, c’est qu’elle ait la possibilité de transitionner. En effet, des études récentes démontrent que les enfants trans ayant transitionné socialement ont des taux de dépression et d’anxiété qui se rapprochent de ceux des enfants cisgenres, alors que d’autres révèlent des taux de tentatives de suicide de plus de 30 % chez l’ensemble des jeunes trans. Il est donc clair que le soutien des parents dans la transition de leur enfant réduit de beaucoup les chances qu’un.e jeune trans fasse une tentative de suicide. 

Donc, si ton père est inquiet pour ta santé mentale, la meilleure chose qu’il puisse faire est de te laisser vivre ton identité de genre. Tu dis d’ailleurs que tu vas beaucoup mieux depuis que certaines personnes reconnaissent ton identité. Crois-tu que ton père serait sensible à cela si tu lui expliquais à quel point tu te sens mieux quand tu es reconnu en tant que garçon?

 

Pour tes ami.e.s, penses-tu que d’employer le même genre de stratégie pourrait fonctionner? Si tu leur expliques l’impact que ça a pour toi de te faire genrer au masculin, penses-tu qu’iels pourraient se montrer plus sensibles? Il y a aussi plusieurs vidéos sur YouTube que tu pourrais envoyer à tes ami.e.s ou regarder avec elleux pour les sensibiliser aux enjeux trans­? Celle-ci est un bon point de départ, car elle réfère à plusieurs autres chaînes et youtubeur.se.s trans. 

Quoi qu’il en soit, j’espère vraiment que ton entourage va réaliser que tu es un garçon légitime. En tout cas, moi je te crois. Je sais que tu es un garçon, peu importe ce que les autres disent, car le seul qui peut savoir qui tu es vraiment, c’est toi-même. Si tu dis que tu es un garçon, tu en es un, c’est aussi simple que ça.

Finalement, pour le binder, je te suggèrerais de contacter l’association trans la plus proche de chez toi, afin de savoir s’iels ont des ressources à te proposer. Sinon, s’il s’agit d’une question de ne pas avoir de carte bancaire, il est généralement possible d’acheter des cartes de crédit prépayées dans certaines boutiques, comme les épiceries et les supérettes. Il serait donc possible pour toi ou ta mère d’acheter une telle carte avec de l’argent liquide et ensuite d’effectuer l’achat de binder en ligne. Sur certains sites, tels que gc2b, il est aussi possible de payer avec une carte-cadeau Amazon. Attention, par contre, à ne pas acheter de binders directement sur Amazon. Ils ne s’agit pas de binders sécuritaires. Voici d’autres sites où acheter des binders sécuritaires :

Il y a aussi certains organismes, comme celui-ci, qui offre des binders gratuits aux jeunes qui en ont besoin. Malheureusement, les envois sont présentement suspendus en raison de la pandémie, mais ce pourrait être une option pour toi si tu ne trouves pas de moyen de t’en procurer un dans les prochains mois. 

 

Pour terminer, je veux te dire quelque chose de très important. Il n’est jamais trop tard pour transitionner. Si tu ne peux pas le faire maintenant à cause de tes circonstances, ça ne veut pas dire que tu ne pourras jamais le faire ou que tu seras trop vieux quand tu t’en sortiras. Beaucoup de personnes trans ont transitionné à l’âge adulte et sont très heureuses maintenant. Je veux simplement te dire cela parce que je ne veux pas que tu penses qu’il n’y a pas d’espoir. Moi-même, j’ai été très malheureux à l’adolescence, et on me disait que ce serait pire à l’âge adulte, car les soucis d’adolescent.e.s sont rarement pris au sérieux, mais ça a été tout le contraire! À 19 ans, quand j’ai pu changer mon nom légal et commencer la prise d’hormones, tout a commencé à vraiment mieux aller pour moi et maintenant, je suis très heureux. Pour revenir à ta situation, c’est déjà très encourageant que ta mère t’accepte et t’accompagne. Je souhaite de tout coeur que ton père comprenne aussi à quel point c’est important de respecter ton identité, et que les choses commencent à aller mieux pour toi.

 

J’espère que ma réponse te donne quelques outils pour naviguer la situation que tu vis présentement. Je te recommande fortement de contacter l’association trans la plus proche de chez toi afin de voir s’iels pourraient t’apporter du soutien. Si tu as besoin de parler, il y a également la ligne d’écoute SOS Homophobie qui peut être là pour toi : 01 48 06 42 41.

Et enfin, n’hésite surtout pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin.

Je t’envoie de la lumière et du courage,

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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