Suis-je asexuelle/aromantique ou suis-je lesbienne et c’est mon homophobie internalisée qui me bloque et m’empêche de me projeter et “passer à l’acte” avec des femmes ?


Bonjour,

Je suis une femme de 24 ans, ça fait maintenant 1 an et demi que je suis out en tant que lesbienne et depuis je suis pas mal en questionnement. Pour le contexte, j’ai déjà eu des relations (romantiques et sexuelles) avec des mecs mais y’avait toujours un truc qui bloquait et c’est en lisant le “am i a lesbian masterdoc” que du coup j’ai compris que c’est juste que j’aimais pas sortir/coucher/etc avec des mecs et depuis soulagement intense tout se débloque je suis vraiment allégée d’un poids énorme. En revanche, le revers (autant une bénédiction qu’un curse pour moi à l’état actuel) c’est que j’ai toute une partie de moi à découvrir, notamment mon attirance pour les femmes. Ça a permis de “débloquer” tous les souvenirs plus jeune où je “censurais” pas mon attirance pour des filles dans ma tête, ce qui me permet de me conforter aussi que ça vient pas de nulle part et c’est pas passager comme beaucoup de gens m’ont dit. Et bien sûr je me retrouve régulièrement à questionner mon orientation, parce que je peux pas m’empêcher de penser que ça serait bien plus facile d’être hétéro, et non pas parce que je souhaiterais vraiment avoir une relation romantique et / ou sexuelle avec un homme. Ma source principale de préoccupation porte plutôt sur le fait que j’ai l’impression d’osciller entre asexuelle/aromantique et lesbienne (attirée physiquement et émotionnellement par les femmes) parce que concrètement je me vois être dans une relation sexuelle et / ou romantique avec personne aujourd’hui: quand je sors je regarde pas les filles, je cherche pas à draguer et plus largement, quand mes amies me parlent de leurs histoires avec des mecs j’arrive pas à y trouver de l’intérêt/ prêter attention voire ça me dégoute, et dernièrement, quand j’imagine ce que j’aimerai d’une relation (au dela de l’aspect affectif) ce sont des moments de companionship avec ma soeur ou mes amies qui me viennent en tête. Donc, ma question est, suis-je asexuelle / aromantique ou suis-je lesbienne et c’est mon homophobie internalisée qui me bloque et m’empeche de me projeter et “passer à l’acte” avec des femmes ?

Je vous remercie énormément pour votre réponse et pour tout ce que vous faites !

Manon

 

Bonjour Manon!

 

Merci de faire confiance à notre équipe pour t’aider dans tes questionnements. Je suis vraiment désolée pour le délai de réponse, j’espère que ça pourra tout de même t’apporter quelques pistes!

 

C’est une excellente question que tu poses, je ne pourrai malheureusement pas infirmer ou affirmer si tu es asexuelle et aromantique, car je ne peux pas te le dire à ta place, tu es la seule qui peut le savoir, mais voici quelques pistes de réflexion.

 

Premièrement, je te retourne ta question: penses-tu que tes pensées négatives face à ton orientation sexuelle influencent ton intérêt pour les relations sexuelles et romantiques? Lorsque tu es en questionnement à propos de ton orientation, est-ce que la « facilité d’être hétéro » est le seul facteur qui le déclenche? Ou y-a-t il d’autres raisons? Par exemple, as-tu des émotions négatives à l’image de relations homosexuelles? De la honte, du dégoût?

 

De ce que je peux croire, tu t’identifies comme lesbienne et tu ne sembles pas voir cette orientation comme mauvaise ou inférieure aux autres, mais plutôt avoir parfois une certaine crainte des obstacles qui peuvent y être rencontrés. C’est un sentiment assez commun, mais ne t’inquiète pas, je ne t’apprends probablement rien en te disant que les couples homosexuels peuvent être tout aussi heureux! J’aurais donc tendance à dire que je ne pense pas que ces certaines idées négatives que tu peux avoir acquises face aux couples lesbiennes sont la cause de ton absence d’intérêt sexuel et amoureux.

 

Il se pourrait, en effet, que tu sois asexuelle et aromantique, mais comme mentionné plus haut, je ne peux pas te le confirmer à ta place et oui, il est très possible d’être lesbienne ET asexuelle et aromantique! Étant donné que l’asexualité et l’aromantisme sont des spectres, il y a plein de termes auxquels tu pourrais peut-être t’identifier. Si nous reprenons par exemple une certaine interprétation de ce que tu as écrit (ressentir de l’attirance sexuelle/romantique, sans toutefois vouloir être dans une relation sexuelle/romantique), les termes inactsexuel/inactromantique pourraient s’y rapprocher! Il y en a aussi bien d’autres, alors je te laisse ici une liste de plusieurs termes faisant partie de l’asexualité, rapportant aussi à ceux faisant partie de l’aromantisme. 🙂

 

Finalement, c’est totalement correct de voir tes relations dans l’avenir comme de bonnes relations avec ta sœur ou tes ami·e·s! Si jamais tu t’imagines aussi dans une/des relation·s allant au-delà de l’amitié, sans être sexuelle·s ou romantique·s, connais-tu le terme queerplatonique? C’est un type de relation où le lien affectif et émotionnel excède l’amitié, sans être de nature sexuelle ou romantique. Je te l’écris seulement à titre informatif, je n’assume pas que c’est un type de relation que tu souhaiterais. 🙂

 

J’espère que ça pourra t’apporter quelques réponses. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.