Se questionner, c’est stressant ! Après un printemps mouvementé, je suis super déprimé…


Bonjour, je ne suis pas sur par quel endroit commencer…. j’ai des amis qui vont ont écrits et ils disaient que vous avez des bonnes idées.
C’est dure depuis longtemps. Plusieurs mois. Pendant un bout j’etais pas vrm sur de comment marche mon “orientation” mais j’essayais de me dire que bcp d’ados se posent des questions et que plein de monde se double check en secret. Des fois ca arrivait que je remarquais plus des gars mias je me disais que c’est pcq je voulais etre comme eux. Mais pendant le congé du printemps il y a un gars qui est devenu important ++ et ca m’embrouillait la tête. je pensais toujours a lui et a peut etre dans un autre univers comment ca serait etre avec. Apres en meme temps que jetais mélangé du monde à l’école ont commencé à dire que je faisais des choses gaies et j’ai eu un break down. Tout a été flou.
et apres le printemps a été flou. Je me suis fâché avec plein de monde, j’ai fait des choses connes et méchantes, j’étais toujours fâché près à exploser. Je me sens cheap. J’ai cherché le trouble, j’ai éloigné mes proches et je passais du temps avec du monde plus poche quant fait j’ai rien en commun avec. J’ai été chanceux et 2 de mes amis c’est comme des frères et ils m’ont jamais envoyé ch*** même si j’étais vrm plate. et là j’ai parlé un peu trois fois avec eux et je suis moins fâché mais tjrs comme vidé et triste.

C’est comme si j’étouffe et j’arrive pas vrm a en parler de ce qui se passe. j’arrivais même pas à cocher aux complets votre questionnaire sans que la panique monte. Et c’est con pcq mes meilleurs amis sont prêts à me backer et l’ont montré de plein de façon. Et on dirait que je me retrouve devant rien. j’ai envie de rien et je me sens mal d’etre un boulet pour les gens proches… je vois que je peux pas continuer a essayer detre avec des filles pour etre comme les autres mais j’angoisse d’etre avec ungars aussi et en même temps j’ai l’impression que j’ai raté ma chance avec le gars de la semaine de relâche pis je suis comme en peine d’amour avant qu’il y a eu de l’amour pis j’hais ca pcq c’est ma faute d’avoir été trop chicken pour tenter mon coup.
je sais que ca devrait etre correct pis si cetait quelqu’un d’autre que moi je trouverais ca ok que mon ami soit pas vraiment straight. Mais pour moi même je n’arrive comme pas à le prendre. Je suis juste fatigué tout le temps, je voudrais pouvoir vivre sans que personne remarque rien ou pose des questions mais c’est pas possible.
mes amis m’ont parlé de demander au prof d’édu d’inviter le g-r-i-s à l’automne mais j’ai peur que ca attire l’attention sur moi si les autres portent plus attention aux orientations différentes.
Des fois j’aurais envie de fast forward et me retrouver à quelque part ou c’est pas grave qui peut m’attirer.
Là je suis comme devant le vide. je me sens comme pu ou trop ou les deux en même temps. y a des choses que j’aimais, mais là je les trouve pas intéressantes ces temps ci. ou je suis juste tt le temps claqué et mal. Je dors mal, mais je suis longtemps couché.

Je me sens mal aussi pcq mes amis essayent qu’on parle et ils sont patients et avec des bonnes intentions, mais je sais pas quoi leur dire. Ou ils viennent chiller pour pas que je sois tjrs tt seul mais je vois qu’ils savent pas trop comment agir et je veux pas leur peser lourd. Ils ont proposé qu’on aille ensemble dans des rencontres de monde pas 100% straight, qu’on monte en ville le mois prochain pour être à Montréal pendant le festival gay, un des deux a même offert de faire croire qu’il se questionne sur être bi pour take le heat si jamais on croise du monde qu’on connait ou qui se moquent de moi. Ils ont proposé qu’on cherche un psy pour ado en équipe. Pis ca me touche droit au coeur qu’ils soient prçets à faire ça mais j’arrive pas à me faire à l’idée d’en parler à voix haute. je me sens cheap aussi, je pense pas que je les mérite. J’ai été con et méchant avec et cette année je suis pas là pour eux. C’est tjrs eux qui sont pour moi. Je ne sais pas quoi faire pour que ca soit moins pire. Je panique. Combien de temps vous pensez que ca va prendre pour que je me sente mieux? Comment je peux moins m’en faire avec qui m’attire et qui m’attire pas?
Salut !
Je dois dire que ton message m’a beaucoup touchée et que je suis très contente que tu nous écrives. C’est génial que tes amis t’aient proposé de nous contacter. Je tenterai de t’apporter au moins une partie de l’aide dont tu as besoin. Ma réponse sera longue, j’espère que c’est correct pour toi !
Résumons. Depuis un bon moment, tu ne te sens vraiment pas bien. Tu expliques que tu te questionnes sur ton orientation sexuelle depuis un moment, mais que depuis le congé du printemps, alors que tu pensais beaucoup à un gars en particulier, certaines choses se sont cristallisées et que tu as vécu d’abord une phase de colère, puis une phase de tristesse dans laquelle tu évolues toujours actuellement.
Commençons par mettre une chose au clair: tes amis, tu les mérites. Tu as peut-être fait des âneries, mais ils ont su reconnaître, puisqu’ils te connaissent bien, que c’était seulement parce que tu vivais un mauvais moment et ils ont fait leur possible pour respecter ce que tu vivais. Ils sont encore là – preuve qu’ils t’aiment encore, qu’ils ont leur place dans ta vie et que tu as ta place dans la leur ! Compris? 😉 Pour certaines personnes (j’en fais partie!), c’est plus difficile d’accepter que d’autres prennent soin de nous. Est-ce que c’est le cas pour toi en tout temps, ou c’est parce que tu as fait des choses que tu regrettes maintenant que tu crois ne pas mériter leur soutien? Quoi qu’il en soit, il y a vraiment des gens qui peuvent donner sans attendre en retour… parce qu’ils nous apprécient, nous aiment. Je crois bien que c’est le cas de tes deux amis. 🙂
Tu dis qu’ils font des efforts pour que tu te sentes mieux, mais que tu ne sais pas trop quoi leur dire. C’est correct de ne pas parler, tu sais? C’est correct de prendre le temps qu’il faut. C’est correct d’attendre. Tu peux leur dire que tu es reconnaissant qu’ils soient là pour toi, mais que tu n’as pas envie de parler. Tu peux leur dire ce dont tu as besoin ou ce qui te ferait du bien: aller voir un show, magasiner, manger une poutine, dormir, jouer à un jeu vidéo, aller en camping, passer du temps seul… à toi de voir ce qui te soulagerait un peu de ta peine et de ta colère.
Concernant le gars qui prenait beaucoup de place dans tes pensées au printemps, c’est fort possible que tu vives / aies vécu une peine d’amour, effectivement, même s’il ne s’est rien passé. Il y a des personnes qui nous marquent, et ça arrive de manquer d’énergie / de courage / de temps / d’espace pour apprendre à mieux connaître certaines d’entre elles. Tu as probablement décidé à un certain moment, pour diverses raisons, de façon consciente ou non, de ne pas tenter ta chance avec lui. À ce moment-là, tu croyais que c’était la bonne chose à faire. Maintenant, tu penses autrement. Je ne crois pas que tu aies été trop chicken – simplement, tu as pris la décision qui te semblait la plus approprié sur le moment et tu regrettes maintenant. Qu’en dis-tu? Crois-tu que tu pourrais te pardonner ça et voir ça comme un apprentissage plutôt qu’une erreur?
Tu nommes plusieurs symptômes associés à la dépression dans ton message. Ce n’est pas un diagnostic que je pose ici, mais une remarque que je fais. Tu dis que c’est dur depuis plusieurs mois, que tu te sens toujours vidé et triste, que tu es fatigué tout le temps, que tu as moins d’intérêt pour les choses que tu aimais, que tu es souvent couché mais que tu dors mal, que tu vis les choses vraiment intensément ou que tu ne les sens pas (dysrégulation émotionnelle) tu utilises des mots durs pour te décrire (“j’ai été con”)… Tu parles aussi de la panique que tu ressens, dont face au questionnaire qu’il faut remplir quand on pose sa question ici. J’aimerais te proposer quelque chose à ce sujet. Ce n’est pas facile à faire, mais ça fait vraiment du bien. Je te propose d’aller faire un tour au CLSC le plus près de chez toi et de dire au comptoir d’accueil que tu présentes des symptômes de dépression et que tu aimerais avoir un rendez-vous. Si jamais tu le souhaites, tu peux dire à l’intervenant.e que tu vas rencontrer de nous écrire à intervention@alterheros.com pour qu’on puisse travailler ensemble.
Je sais c’est quoi, aller consulter quand on ne va pas bien, qu’on étouffe, qu’on se questionne à propos de notre orientation sexuelle ET qu’on est en peine d’amour. Je l’ai fait quand j’avais 15 ans à mon école secondaire, puis au CLSC. On ne vit pas la même chose, c’est sûr – on est deux personnes différentes ! Mais je veux te dire qu’après le stress d’y aller les premières fois, je me suis sentie écoutée, validée, rassurée vraiment rapidement. Ce serait génial si c’était la même chose pour toi. Ça m’a tellement fait du bien que j’ai décidé d’étudier la relation d’aide pour donner un coup de pouce aux gens à mon tour !
Puisque tu as plus de 14 ans, tu n’as pas besoin de l’accord de ton / tes parent(s) pour recevoir des soins. Et si jamais tu en venais à te sentir coupable de recevoir de l’aide comme tu le vis avec tes amis, dis-toi que ces intervenant.e.s professionnel.le.s sont formé.e.s (et payé.e.s!) pour t’aider – c’est leur boulot, ils ont vu plusieurs ados déprimés à cause de diverses raisons, dont des questionnements au sujet de leur orientation sexuelle, un peu comme un médecin qui a vu plusieurs personnes avec un mal de gorge ou une jambe cassée. Il n’y a absolument pas de honte à y avoir. En plus, c’est gratuit. Tu peux demander à tes amis s’ils veulent t’accompagner. Ça va peut-être être un peu awkward, mais surtout pas mal moins épeurant. Qu’en penses-tu? Et en passant, c’est vrai que plein d’ados se questionnent et se checkent en secret, tu as bien raison. Sinon, AlterHéros n’existerait probablement pas… 🙂
Si jamais l’idée de consulter te fait paniquer, rappelle-toi que la majorité des nouvelles choses qu’on fait provoquent un minimum de stress – c’est normal, c’est notre système nerveux qui s’active pour nous avertir qu’il y a un danger potentiel lors d’une activité nouvelle. Quand on va moins bien, des fois, ce système s’emporte et on ressent le stress beaucoup plus fort. Dans ces moments, on peut faire plusieurs choses vraiment simples pour se sentir mieux: prendre des respirations, aller prendre l’air, boire de l’eau, pleurer ou crier (pour vrai, des fois, faut que ça sorte!)… et je suis sûre que tu as toi-même développé des trucs pour pour mieux composer avec l’anxiété et la panique. Des fois aussi, le stress prend trop de place et on ne peut pas vraiment composer avec sans avoir l’impression de perdre la tête, alors que les trucs qu’on utilise habituellement ne fonctionnent plus: crises de panique, difficulté à respirer, nausées, vomissements, sueurs intenses… Dans ces cas, une aide médicale est souvent nécessaire: ça veut dire que notre corps est dépassé et qu’il nous envoie des signes de détresse. Il faut le soigner et réaligner les circuits nerveux dans notre cerveau, comme on réalignerait des circuits dans un appareil brisé. C’est simple comme ça – simple à expliquer, mais moins facile à vivre. Si jamais tu as de tels symptômes, je t’invite à en parler en consultation avec un.e professionnel.le de la santé aussi, à l’urgence de l’hôpital ou au CLSC.
Tu mentionnes que tes amis t’ont proposé de parler d’inviter le GRIS à ton école. Je trouve que c’est une super idée, mais je comprends que tu aies peur d’être “identifié”. Je veux que tu saches que les personnes qui interviennent au GRIS sont formées pendant plusieurs jours et qu’elles ne devraient pas attirer l’attention sur des élèves en particulier. Les élèves se posent toutes et tous des questions à propos des diverses orientations sexuelles, que ce soit des questions générales, par rapport à leur propre orientation ou par rapport à leurs proches. La formule est très simple. Deux personnes homosexuelles, bisexuelles ou pansexuelles, généralement un gars et une fille, se rendent en classe, se présentent brièvement, et le reste de la période appartient à la classe qui peut poser toutes les questions possibles à propos du vécu des intervenant.e.s ou encore sur les orientations sexuelles en général et ce qui les entourent. Je t’encourage à franchir le pas à la rentrée – tu peux dire que c’est un.e ami.e qui t’a recommandé de les inviter suite à une présentation dans sa classe dans une autre école.
Tes amis t’ont aussi proposé de venir faire un tour au festival Fierté Montréal. C’est une excellente idée, sérieusement. Il y a des gens de toutes les orientations sexuelles à Fierté, soit dit en passant. Pas besoin d’avoir déterminé la tienne, ni d’avoir fait quelque coming-out que ce soit. C’est un des plus dynamiques festivals du Québec et la majorité des spectacles sont gratuits, alors ça attire beaucoup de gens de tous âges, de toutes origines, des personnes célibataires ou en relation(s), des locaux et des touristes, des personnes LGBTQ+ et  des personnes hétéros et cisgenres ! Si jamais tu décides d’y venir, viens donc nous faire un coucou à l’Espace Jeunesse ! Pas obligé de parler, mais si tu souhaites le faire, c’est une possibilité. On est là pour toi.
Je ne peux pas répondre ta question concernant le temps que ça prendra pour que tu te sentes mieux. Il se peut que ça prenne un mois, six mois, un an. Peut-être que tu te sens déjà mieux après nous avoir écrit. Probablement qu’après avoir consulté, tu te sentiras mieux aussi, et encore mieux si tu sors un peu de la ville pour venir faire un tour à Fierté Montréal ou encore si tu participes à Fière la Fête – tu verras plein de gens de diverses orientations sexuelles qui sont heureux, qu’ils aient eu des parcours très difficiles ou vraiment smooth !
Et concernant la façon de faire pour que la question de tes attirances soit moins anxiogène, que dirais-tu de lire nos réponses aux questions sur l’orientation sexuelle? Ça te ferait probablement te faire sentir moins seul de voir que plein d’ados se questionnent à ce sujet. Je te souhaite que ça se passe de mieux en mieux pour toi et que l’orientation sexuelle ne soit plus un sujet stressant dans tes pensées. Souvent, le temps arrange les choses, mais briser l’isolement et rencontrer d’autres personnes qui vivent des parcours similaires à soi, c’est encore plus efficace 😉
J’espère avoir su t’apporter un peu de réconfort.
N’hésite pas à nous réécrire si tu en as envie ou besoin, que ce soit pour nous donner des nouvelles ou pour une autre question.
Cordialement,
Marie-Édith, pour AlterHéros

About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.


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