Que faire, je sens des attirances pédophiles, je veux mourir…


Cher Jordan,

Il me fait plaisir de te lire aujourd’hui, sachant qu’il n’a pas dû être facile pour toi de « t’ouvrir » ainsi.

Si je te comprends bien, tu as été attiré par une petite fille et la peur d’être pédophile te tiraille de l’intérieur, car tu ne veux pas faire de mal à un enfant.

Ton questionnement quant à ta sexualité est selon moi une preuve de maturité. On ne choisit pas son attirance envers une femme, un homme ou même un enfant. On doit cependant assumer la responsabilité quant à nos désirs. Et c’est d’ailleurs le problème avec la pédophilie, le fait d’aimer des individus pré-pubères qui n’ont pas les outils et le jugement pour consentir d’une manière saine à la complexité émotive d’une relation sexuelle.

Il y a beaucoup de paraphilies dans ce monde. Je crois que la moralité de ces paraphilies tient dans le respect des autres. On ne devrait pas blâmer un travesti qui s’adonne à son plaisir seul dans sa chambre, mais on reprochera à l’exhibitionniste de se montrer nu au parc. Une personne attirée par les jeunes enfants n’est pas obligée de passer à l’acte et d’en agresser un. Cependant, la contemplation passive de photos d’enfants nus sur Internet demeure inquiétante, puisque les enfants modèles sont « des victimes ». On leur a volés leur intimité et peut-être davantage. Je ne veux pas m’avancer sur la progression des désirs de la personne atteinte de pédophilie. Je sais cependant qu’en général les paraphilies se complexifient avec le temps, c’est-à-dire qu’elles s’organisent et qu’elles prennent de plus en plus de place dans la vie de l’individu. Il me semble donc salutaire que tu interviennes tôt pour demander de l’aide.

Je peux imaginer ta douleur, ta peur, dans cette attirance possible des enfants. Tu as peut-être hérité d’un fardeau lourd à porter, mais toi seul a le pouvoir de décider de ce qu’il en adviendra.

Tu es encore jeune. L’adolescence est une période de questionnements, de doute. On n’est pas sûr de soi, on manque de confiance, ce que tu traduis bien dans ton expérience avec les filles de ton âge. Peut-être que tu crains d’être ridiculisé devant elles, ce qui est normal. Mise sur tes qualités, sois à l’écoute, et tu trouveras peut-être une jeune femme avec qui tu voudras aller plus loin, et en qui tu auras confiance. Tout le monde est différent, on est tous novice en ce qui a trait à une nouvelle femme, peu importe ses expériences passées.

N’empêche, la démarche qui a débuté en nous écrivant vaut la peine d’être poursuivie. Les crises de paniques, cette peur, ce boulet que tu traînes, tout ça représente un enfer pour un jeune de ton âge. Tu dois aller chercher de l’aide, cher ami. Rappelle-toi qu’on ne choisit pas ce en quoi on est attiré. Tu n’es coupable de rien. Un sexologue ou un psychologue pourrait t’aider à voir plus clair dans tes désirs véritables. Ils pourraient t’aider à gérer tes peurs et ces désirs au besoin. Ne t’isole pas. Va chercher un professionnel en qui tu auras confiance. Ils ont fait voeu de secret professionnel et vos discussions resteront entre vous (à moins que ton discours mette clairement un individu particulier en danger). Tout professionnel dans le domaine ferait tout pour t’aider, car comme toi, nous voulons éviter les sévices potentiels à des mineurs.

Bref, tu peux être fier de toi d’avoir agi et de nous avoir écrit aujourd’hui. Ne t’arrête pas là, et va encore chercher de l’aide. Il en va de ta santé psychologique et morale, de ton bien-être et de ton estime de toi. Je ne voudrais pas qu’il t’arrive malheur. On doit toujours tendre vers le mieux, chaque jour qui passe. C’est ce qui distingue les petits des grands. N’hésite pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin de nouveau,

Sincèrement,

Frédéric Picotte

Résident en médecine familiale


About Frédéric Picotte

Frédéric est médecin de famille pratiquant dans la région de Shawinigan. Il a complété en mai 2008 mon doctorat en médecine à l’Université McGill et deux ans plus tard sa spécialité en médecine familiale via l’Université de Montréal. C’est l'une de ses amies, étudiante en psychiatrie, qui lui a présenté AlterHéros en 2008. Elle cherchait alors un bénévole qui répondrait de manière plus spécifique aux questions à thème « médical », ce qui a constitué la majeure partie de sa contribution jusqu’à maintenant.

J’aime m'impliquer à AlterHéros car on peut rejoindre et rassurer beaucoup de gens, peu importe l’âge, l’orientation sexuelle ou la culture. Je trouve intéressant que la majorité de nos visiteurs soient de jeunes internautes et qu’on puisse donc leur fournir une information de qualité et un espace pour poser des questions qu’ils auraient du mal à obtenir autrement.

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