Pouvez-vous m’éclairer concernant les habitudes de sexualités et de consommation de drogue de mon ex petit ami?


[Avertissement / Trigger Warning : Cette question/réponse traite d’un sujet pouvant déclencher des émotions fortes. Celle-ci aborde le sujet d’abus sexuels. Si vous ressentez le besoin de parler, n’hésitez pas à nous écrire.]

Bonjour,
Je traverse une situation assez complexe.
Mon récemment ex petit ami, a une forte addiction à la cocaine. Je l’ai découvert récemment en flairant mensonges et incohérences et en découvrant des dizaines de pages de chat, de plateformes, d’inscription à des pages porno etc… Ça faisait à présent 3 mois que nous étions à distance (remplacement professionnel oblige, j’étais partie temporairement à l’étranger) et il a retrouvé ses vieux démons.
Les nuits en question il consommait une quantité considérable de substance, d’alcool et de porno graphie, j’ai cru comprendre que c’était normal.
Mais voilà, parmi ces plateformes il y avait beaucoup de plateformes pour rencontrer/chat/faire des cams avec des femmes transsexuelles, et notamment beaucoup de conversations très hot avec échange de photos, avec des femmes non opérées. J’avoue être complètement démunie face à la complexité de ce genre et ma propre ignorance au sujet. Il m’a avoué avoir eu des relations ponctuelles dans des situations de grande perche avec des femmes transsexuelles non opérées, et que ça ne lui arrivait jamais sobre. Il m’a exprimé un dégoût et une honte profonde d’avoir été jusque là, que c’était des choses douloureuses pour lui. Plus de 15ans d’addiction, a côtoyer exclusivement le milieu de la nuit, et de la drogue, c’est normal qu’il y est été exposé. Je lui ai dit que c’était ok d’explorer sa sexualité, sachant qu’au vu de notre vie sexuelle je n’étais pas inquiète de son attirance pour les femmes, ni pour moi. Que d’avoir une relation avec une personne dotée d’un penis ne faisait pas de lui quelqu’un de gay.
Mais voilà malgré avoir lu que la cocaine peut brouiller tellement nos « limites » internes, et nous pousser à une sexualité débridée, j’ai peur moi même. Il est parti en centre de detox pour son addiction, mais j’ai peur de ne pas être capable de le satisfaire sexuellement si notre histoire vient à continuer. Il me dit et répète qu’il se dégoûte lui même dans ces moments là, que l’obsession sexuelle est telle qu’il cherche n’importe quoi pour assouvir ses pulsions. Et qu’il se réveille en souhaitant juste tout oublier. Il me dit que ça n’a rien à voir avec l’amour qu’il me porte, ni son orientation sexuelle. Que s’il n’était pas amené à consommer ce genre de substance ça ne lui traverserait jamais l’esprit, qu’il ne se sent attiré que par moi. Mais je me demande s’il n’a pas une forme de déni et qu’au final au vu de la société dans laquelle on vit et les tabous qui sont autour il ne s’est jamais laissé le droit de se poser la question. Et quand je lui demande il s’énerve et me demande d’arrêter d’en parler, que ça lui fait mal et que c’est de la curiosité déplacée. Sauf que j’ai peur que si je m’engage avec lui, il vive ce fantasme interdit dans l’ombre en ayant des relations avec des prostituees, des femmes escorts… il me maintient qu’il n’a jamais payé pour avoir des rapports mais je ne sais pas si c’est un autre mensonge ou pas que lui même s’est construit.
Le dialogue est tellement bloqué, et je me sens profondément démunie, parce qu’évidemment je lui ai promis de n’en parler à personne, et que c’est douloureux pour lui. Il a mis un verrou sur la conversation en me disant qu’il avait pleine connaissance de son orientation, et que peu importe son passé ça ne changeait rien. Je n’arrive pas à cerner si son addiction l’a débridé et fait de ses pulsions sexuelles quelque chose de très primaire auquel il ne faut pas accorder d’importance ou que ça l’a desinhibe et il s’est autorisé à explorer des fantasmes « interdits » et sobre il refoule sa « vraie » identité sexuelle par honte. Entre son addiction et la vie sexuelle que j’ai eu avec lui (très active, étant plus âgé de 7ans et le sentant bien plus expérimenté que moi, jai toujours senti la peur de ne pas être assez, ou de ne pas être ce qui lui correspond malgré quau lit tout se passe très bien et lui me dit qu’il adore ses rapports avec moi), j’ai du mal à m’y retrouver.
J’essaie de rester le plus ouverte possible, mais ayant des gros traumatismes personnels d’abus sexuel et de viols répétés au cours de ma vie, la partie plus cachée des fantasmes sexuels des hommes est quelque chose qui m’a toujours un peu terrifiée.
Si vous pouviez m’éclairer ça m’aiderait grandement. Je me sens un peu en détresse et seule. Merci

Nina

Bonjour Nina!

 

Merci de faire confiance à notre équipe pour te confier sur ta situation! Celle-ci semble, en effet, assez complexe à vivre, ça doit être difficile d’y voir clair et de savoir quelle décision est la meilleure pour notre bien-être. Je vais donc essayer de te donner des pistes et te poser tes questions pour qu’on puisse y voir plus clair!

 

Pour résumer ta situation, ton ex petit-ami, qui est actuellement en centre de détox, avec qui tu avais une relation à distance, consomme de manière très fréquente de la cocaïne. Tu l’as appris récemment, en découvrant en même temps qu’il consomme beaucoup de pornographie et va sur des sites pour rencontrer et discuter avec des femmes trans. Il t’a aussi avoué avoir eu quelques relations avec certaines d’entre elles. Il mentionne ressentir un dégoût suite à ces rencontres et dit ne jamais avoir cet intérêt lorsqu’il est sobre. Depuis, tu te demandes s’il n’est vraiment attiré que par toi et si ta seule personne serait capable de le satisfaire sexuellement. Tu te demandes s’il ne serait pas plutôt dans le déni, mais tu n’arrives pas à avoir la conversation avec lui, car il refuse d’en parler. 

 

Premièrement,  je te remercie pour ta bienveillance envers lui et ton ouverture face à ses expériences! Je me demandais tout de même, puisque je ne suis pas certaine de comprendre tout à 100%, ton ex-copain a-t-il eu ces rencontres avant ou pendant que vous étiez en couple? Si c’était pendant que vous étiez en couple, quel a été ton ressenti lorsqu’il t’a mentionné avoir eu ces rencontres? Aviez-vous une entente relationnelle quelconque qui vous permettait de voir d’autres personnes (sexuellement et/ou romantiquement)? Car, il ne faut pas oublier ou mettre de côté ton bien-être dans tout ça.  Tu mentionnes avoir cerné quelques mensonges de sa part. Je me demande alors, à quel niveau est ta confiance envers lui présentement?

 

D’une autre part, si les expériences qu’il a eu étaient avant que vous soyez en couple, quelles sont tes craintes par rapport à cela? Comme tu le mentionnes, il n’y a rien de mal à explorer notre sexualité. Nous pouvons nous permettre de vivre les expériences que nous souhaitons! De plus, tu as bien raison en disant que ces expériences ne remettent pas en question son orientation sexuelle, car les expériences sexuelles qu’il a eu étaient avec des femmes! De tout manière, il est vraiment la seule personne qui peut définir son orientation sexuelle, alors s’il te dit qu’il est hétérosexuel, qu’il est attiré par toi, tu peux le croire 🙂 J’ai tout de même quelques doutes par rapport à ces expériences qu’il a vécu, car tu sembles mentionner qu’il ressent une certaine détresse après les avoir vécu. Il peut en effet être difficile pour lui d’en discuter, si ce sont pour lui des expériences douloureuses, comme tu mentionnes. Peut-être serait-il une bonne idée pour lui d’en parler avec un·e professionnel·le? Tu pourrais possiblement lui proposer de faire des consultations en sexologie ou en psychologie? Je me demandais aussi, quelles sont les raisons pour lesquelles tu décris ses expériences sexuelles comme une sexualité débridée? Je ne crois pas que ce sont des expériences problématiques, sauf probablement pour l’impact que celles-ci ont sur son état mental. En effet, comme tu mentionnes, la consommation de drogues peut désinhiber certains comportements sexuels. Si la sobriété est, pour lui, la meilleure solution pour se sentir mieux, il est ainsi dans la bonne voix en étant dans un centre de désintox.

 

Je ne peux pas te dire quelle est la meilleure solution pour votre relation, car tu es la seule personne qui peut en décider, mais je peux tout de même t’inviter, encore une fois, à penser à ton bien-être en premier. Quelle est ton aise par rapport à tout cela? Serais-tu bien de retourner dans une relation avec lui? Aurais-tu la capacité mentale et l’énergie pour lui offrir du soutien? Je n’ai pas non plus de doutes par rapport à son attirance envers toi, mais je t’invite aussi à réfléchir au rapport de confiance, si jamais il a eu ces expériences sexuelles pendant que vous étiez en relation et que vous n’aviez pas d’entente par rapport à cela avant que ça arrive. Il serait donc question de reconnaître tes propres limites et de les affirmer, pour entrer, ou non, dans une relation plus positive. Je ne peux pas non plus te dire si les motifs de ses comportements sexuels sont autres que la consommation de cocaïne qui désinhibe ses actions, car encore une fois, il est le seul qui possède cette réponse.

 

Pour ton ex-partenaire, voici une ressource qui pourrait l’aider à reconnaître s’il maîtrise sa sexualité ou pas.

 

Voici aussi un site répertoriant les consultations en psychologie possibles en France. Tu partages aussi sur tes propres traumatismes d’abus sexuels et de viols, alors cette ressource pourrait être tout aussi utile pour toi, si jamais tu souhaites en parler à un·e professionnel·le!

 

Voilà, j’espère avoir pu te donner quelques pistes de réflexion. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), stagiaire à AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.

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