Mon coming out non-binaire s’est mal passé, ma mère croit que la non-binarité est une maladie…


Ma mère pense que la non-binairité est une maladie et quelque chose chez moi à cause de mes fréquentations et de ma passion. J’ai fait mon coming out non-binaire aujourd’hui et sa mal passée. Je pensais qu’elle m’accepterai à cause de mon caractère et qu’on je lui demander de changer de prénom elle en fureur, elle crie que je faisais elle appeler un psychiatre ou un éducateur pour nous remettre les idées en place, s’il je le faisait elle jetterait dehors, car j’approche bientôt de majorité
Que suis-je faire? Je ne sais plus quoi faire aide-moi

Salut Gabrielle,
Je n’irai pas par quatre chemins : ta mère a tort. La non-binarité n’est pas une maladie et personne ne peut t’influencer au point de te « rendre » non-binaire. Tu es tout à fait valide et c’est elle qui devrait se remettre en question, car tout ce qu’elle pense sur ton identité de genre n’est que préjugés et fausses croyances.
Commençons par regarder pourquoi elle pourrait croire une telle chose. Il est vrai que, dans le passé, la société a cru que les personnes transgenres étaient « malade ». Les mots utilisés pour décrire le « problème » ont varié au fil du temps, mais je crois qu’on peut résumer le tout par une pensée qui se base sur la certitude qu’il y a une normalité définissable comme correcte et que tout ce qui n’y correspond pas est par conséquent incorrect. C’est non seulement très fermé d’esprit et restrictif, mais on ne peut pas réellement définir une chose en indiquant seulement ce qu’elle n’est pas, même si on y ajoute par la suite des rationalisations.
De nos jours, cette vision est moins prévalente et laisse la place au respect de la différence et l’autodétermination, mais comme avec bien des choses, les vieilles idées collent et persistent.
Voici quelques fausses idées que tu as mentionnées ou qui sont impliquées dans ton histoire :
  • Que tu as été influencé·e par tes fréquentations.
    Personne ne peut forcer ou influencer une autre personne à modifier son identité de genre, parce que ce n’est pas un choix ou un style de vie, mais bien un sentiment profond et personnel qu’on ressent à l’intérieur de soi. Les études faites sur le sujet démontrent la même chose.
  • Que la transidentité est une mode.
    C’est une idée qui revient souvent et qui veut que puisqu’on voit plus de personnes trans aujourd’hui que dans le passé, c’est un phénomène nouveau. Pourtant, quand on explore le passé et l’histoire, on réalise qu’au contraire les personnes trans existent depuis que les humains existent. La différence principale est qu’aujourd’hui, on se permet d’en parler et des modifications aux lois et aux croyances (variables selon où on se trouve dans le monde) font en sorte que plus de personnes transgenres osent s’affirmer et vivre authentiquement en tant qu’elleux même.
  • Qu’on peut soigner ou corriger l’identité de genre.
    Les thérapies de conversion, le nom donné aux approches qui visent à modifier l’identité de genre ou l’orientation sexuelle d’une personne pour les forcer à respecter l’hétéronormativité (norme 
    qui s’attend, en gros, à ce que les gens soient tous cisgenres, hétérosexuels et monogames), sont bannies dans plusieurs pays et très mal vues dans plusieurs autres, bien qu’elles soient encore permises et soient pratique courante dans d’autres endroits plus conservateurs. Il a été clairement et indéniablement démontré par les études scientifiques à propos de ces thérapies qu’elles ne fonctionnent pas et même qu’elles ont plusieurs effets négatifs sur les personnes qui les subissent.
Maintenant, ta question la plus importante était de savoir ce que tu peux faire dans ta situation présente. Ce qui me semble prioritaire, c’est la menace par ta mère de t’expulser de son domicile. Idéalement, tu veux éviter de te retrouver sans domicile fixe, alors je crois qu’il te faut trouver des ressources pour t’aider. Tu peux voir du côté de tes amis ou encore trouver des organismes qui sont en mesure de t’aider dans ta région. Je ne te dis pas de quitter immédiatement, mais plutôt de planifier à l’avance ce que tu feras si elle exécute ses menaces.
À peine moins inquiétante est la suggestion de te « remettre les idées en place ». Cette pratique ressemble beaucoup à la thérapie de conversion que j’ai déjà mentionnée plus haut.
Pour ce qui est de la réaction de ta mère à ton coming out, il est difficile de prédire comment celle-ci évoluera avec le temps. Certaines personnes réagissent fortement au début puis, par amour pour leur enfant, font preuve d’ouverture d’esprit et apprennent à mieux comprendre. D’autres, malheureusement, restent campés sur leurs positions.
Il n’y a aucun moyen universel d’approcher cette situation et de changer comment elle réagit à ton identité de genre. D’un côté, la patience peut être un outil efficace et la confrontation est parfois une mauvaise approche, car elle ne fait qu’amplifier les émotions vives. Mais de l’autre, il faut aussi éviter de rester trop passive vis-à-vis des attaques à ton identité, car cela peut éventuellement te faire du tort. Selon le chemin que prend l’évolution de la pensée de ta mère, tu peux parfois tenter de l’éduquer tranquillement sur le sujet ou la laisser réfléchir par elle-même.
Elle ne va probablement pas adopter ton nouveau prénom et tes nouveaux pronoms dans l’immédiat, mais de ce côté tu peux voir avec les personnes autour de toi s’il y en a qui peuvent le faire, puisque cela t’aidera à te sentir plus valide.
Le plus important est que tu sois en sécurité et que tu comprennes que le problème n’est pas toi, mais la perception fausse qu’on certaines personnes de ce que tu es. Si tu arrives à te sentir bien dans qui tu es et à pouvoir librement être toi-même, le reste deviendra des petits problèmes à travailler.
Merci de nous avoir écrit et bonne chance,
Sophie (elle/she), bénévole pour AlterHéros

About Sophie Desjardins

Sophie (elle/she) est une femme trans, bisexuelle, polyamoureuse et pleins d'autres choses. Anciennement enseignante dans un autre domaine, elle travaille présentement à temps plein sur son baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Elle considère que l'éducation sur le sujet de la sexualité est importante, essentielle pour toustes et trop souvent négligée de nos jours. L'acceptation de la diversité et de la différence de chacun·e est pour elle un idéal social important, un qu'elle travaille à faire avancer comme elle le peut. Elle n'a pas honte d'affirmer qu'elle est geek et aime (un peu trop) tout ce qui est sucré.

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