Ma fille est en relation avec une autre jeune fille via Internet. Que dois-je en penser?


Bonjour, ma fille de 15 ans m’a dit qu’elle est en couple avec une californienne de 13 ans via Internet (site Deviantart). Je ne suis pas homophobe mais inquiète de savoir qu’elle s’est déjà catégorisée gaie. Vie sociale difficile car pauvres habiletés sociales, donc peu de relations avec ami(e)s. Ca commence à s’améliorer depuis 6 mois par contre. Depuis qu’elle fréquente cette amie, elle a décidé de se faire couper les cheveux, ne plus de boucles d’oreille, le “rose” l’agace..Elle n’a jamais été très “girly” de toute façon. Est-ce une recherche d’identité? Est-ce le manque d’amitié véritable qui fait qu’elle s’identifie à elle? Depuis une semaine, elle dit qu’elle est peut-être bisex.! Confusion amitié/amour? J’aimerais qu’elle vive des relations avec les filles/gars qui l’entourent. Elle en a parlé à sa meilleure amie et son meilleur ami dès que celui-ci lui a dit qu’il est en amour avec elle!!! Elle veut en parler à sa gang d’amies mais pourquoi?si elle n’est pas certaine? Merci.

Bonjour Madame,
En premier lieu, permettez-moi de vous remercier et de vous féliciter de faire appel à AlterHéros. Vous réagissez de façon exemplaire en cherchant à vous outiller afin d’aider le mieux possible votre enfant.  C’est un geste significatif que vous posez. Vous savez, beaucoup de nos questions proviennent de jeunes qui ne savent pas comment discuter de leur orientation sexuelle avec leurs parents, ces derniers étant peu réceptifs à l’idée. Vous semblez être une mère ouverte et attentive aux besoins de votre fille. Bravo!

Votre fille de 15 ans, dans une relation à distance avec une autre jeune fille, se questionne à propos de son orientation sexuelle. Elle se demande si elle est bisexuelle. Par conséquent, vous aimeriez comprendre ce qui se passe et avoir plus d’informations sur le sujet.

Tout d’abord, je décèle un élément très positif dans votre message. Vous dites que depuis 6 mois, il y a eu une amélioration au niveau des relations sociales de votre fille. C’est super! En général, le cheminement est plus facile lorsque l’on est entouré(e) d’ami(e)s qui nous comprennent et nous soutiennent.

Votre fille est encore à l’âge de la découverte de la sexualité et des relations amoureuses. Il est tout à fait normal qu’elle se pose certaines questions telles que « suis-je bisexuelle/lesbienne? » ou encore « suis-je en amour avec cette personne? ». La confusion amitié/amour est possible; les frontières ne sont pas toujours très claires, surtout à l’adolescence! Pour mieux comprendre nos émotions et les départager, il n’y a rien de mieux que d’expérimenter, ce qu’elle fait. C’est bien!

Vous parlez de recherche d’identité. Il est important de distinguer orientation sexuelle et identité de genre. L’orientation sexuelle fait référence à une préférence romantique et/ou sexuelle envers les hommes, les femmes ou les deux. Elle se situe sur un continuum : ce n’est pas tout noir ou tout blanc! Le chercheur Alfred Kinsey parlait d’une échelle allant de 0 à 6, 0 étant l’hétérosexualité exclusive et 6, l’homosexualité exclusive. Entre 1 et 5, donc, il y a toutes sortes de nuances. Ça peut prendre un certain temps avant de savoir où l’on se situe sur cette échelle. Il est également possible de se déplacer sur celle-ci, selon le moment et les circonstances.

L’identité de genre, quant à elle, désigne le sentiment personnel d’appartenir à un genre ou à un autre. Certaines personnes, assignées homme à la naissance, sont plutôt femme, et vice-versa. D’autres ne se sentent pas à l’aise dans ni l’une ni l’autre de ces catégories et s’identifient en dehors de cette conception binaire du genre. Bref, l’orientation sexuelle fait référence à nos préférences en termes de relations avec les autres et l’identité de genre est reliée à soi-même.

Ceci étant dit, votre fille peut très bien être en processus exploratoire dans les deux domaines à la fois. Elle peut expérimenter au niveau de son identité de genre et de son look, tout en se questionnant par rapport à ses préférences romantiques et sexuelles. C’est une chose saine qui fait partie du développement humain. De plus, il est tout à fait positif que vous soyez présente pour l’accompagner dans ce cheminement.

Maintenant, si j’ai bien compris, ce qui semble vous inquiéter le plus, c’est, d’une part, le fait qu’elle soit catégorisée comme homosexuelle et, d’autre part, que la relation qu’elle entretient en soit une virtuelle, via Internet. Au sujet de la catégorisation, vous pouvez vous poser la question : comment réagirais-je si ma fille m’annonçait qu’elle est convaincue de son hétérosexualité? Serait-ce aussi inquiétant?  Je comprends que nous vivons dans une société hétéronormative; nous présumons souvent que la personne devant nous est hétérosexuelle. Il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter davantage du fait que votre fille s’identifie comme lesbienne ou bisexuelle que comme hétérosexuelle.

Bien sûr, lorsque l’on n’entre pas dans les dites « normes » sociétales, on s’expose à certaines manifestations d’intolérance. Cependant, si elle s’accepte telle qu’elle est, qu’elle s’affirme et se sent bien dans sa peau, les répercussions seront sans doute plus positives que négatives. Il serait à mon avis plus inquiétant qu’elle garde toutes ses réflexions pour elle et angoisse à l’idée de vous en parler ou d’en parler à ses ami(e)s. Elle risquerait d’être encore plus isolée et tourmentée de devoir cacher cette partie importante de sa vie aux autres. Elle semble faire preuve d’une bonne capacité d’introspection en se questionnant au niveau de sa sexualité: c’est très mature de sa part! Finalement, nous avons la chance d’habiter un pays ouvert et interdisant la discrimination envers les personnes LGBT (Lesbiennes, Gais, Bisexuel(le)s, Trans). Notre pays n’est pas parfait, mais au moins des recours s’offrent à nous si l’on est victime d’homophobie ou de transphobie. Ça rassure un peu quand même, non?

Au sujet de sa relation virtuelle, eh bien, l’Internet est effectivement un excellent moyen d’entrer en contact avec d’autres jeunes qui vivent des expériences similaires à nous. J’ignore dans quelle région  vous habitez exactement, mais il est possible que, face à un manque d’organismes ou de lieux de rencontre LGBT-friendly, votre fille se soit tournée vers ce médium.

Je comprends néanmoins qu’il serait rassurant pour vous qu’elle fasse de « vraies »  rencontres, que vous puissiez discuter avec les jeunes qu’elle fréquente. Que diriez-vous de consulter, par exemple, le Guide de ressources LGBT ou d’appeler chez Interligne (1-888-505-1010) afin d’avoir des suggestions d’activités à lui proposer? De cette façon, elle aurait l’opportunité de côtoyer des jeunes avec qui elle se sentirait à l’aise. Il faut toutefois garder en tête qu’il est important de respecter son rythme à elle, de ne pas forcer les choses.

En terminant, je vous suggère de continuer à être présente auprès de votre fille et de garder votre oreille attentive et non-jugeante si elle ressent le besoin de se confier à vous de nouveau. Je suis persuadée que la confiance qu’elle vous porte et votre soutien dans sa démarche constituent pour elle des atouts non-négligeables dans son processus d’épanouissement personnel.

J’espère avoir su répondre à vos questions adéquatement. Si vous désirez lire davantage sur le sujet, vous pouvez jeter un coup d’œil à ces questions-réponses rédigées par d’autres intervenants de l’équipe Parles-en aux experts; elles contiennent des informations qui pourraient vous intéresser (1) (2) (3) 

Vous pouvez aussi consulter la très pertinente foire aux questions de chez Interligne, qui contient une section destinée aux parents. Ce texte publié chez Enfants Québec, « Mon enfant est gai » , vous parlera peut-être également.
Bonne lecture!
Jessica, bachelière en psychologie, pour AlterHéros


About Jessica

Jessica est présentement étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Sherbrooke. Elle détient un DEC en sciences humaines, profil action sociale et médias (2011) et un baccalauréat en psychologie de l'UQÀM (2014). Elle a travaillé dans le domaine de l'intervention à temps plein pendant un an et demi avant d’intégrer le doctorat. Son grand intérêt pour la communauté LGBTQ+ l'a amenée à s'impliquer en tant qu'intervenante bénévole au sein de l'équipe Parles-en aux Experts en mai 2015. Lorsqu'elle n'est pas en train d'étudier ou de travailler, elle aime bien aller nager ou marcher, faire du camping, jouer de la musique et flatter ses deux adorables chats. :-)

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