Le coming out : une façon de vaincre la honte


Processus de coming out

Adapté du
document « S’accepter comme gai ou lesbienne : pour en finir avec la honte »
par
Bill Ryan, travailleur social et andragogue
L’homosexualité est un comportement humain
traditionnellement stigmatisé. Le système d’éducation, la famille, la formation
professionnelle, les tabous sociaux et la mythologie culturelle présentent le
plus souvent l’homosexualité comme un comportement indésirable, anormal et le
plus souvent tragique. Ces attitudes et valeurs sont profondément enracinées
dans la tradition religieuse, morale et légale de notre culture et sont encore
dominantes, même si la science et l’éthique actuelles les remettent de plus en
plus en cause. Elles sont toutes des sources de honte pour bons nombres de gais
et lesbiennes, qu’elles aient un passé lointain ou une actualité nouvelle. Les
intervenants peuvent aider un ou une jeune qui se questionne sur son
orientation sexuelle à franchir cette barrière de honte qui freine son
développement, et ce, quelle que soit l’avenue de la réponse du questionnement
(hétérosexualité, bisexualité, homosexualité, sans étiquette, etc.)
La révélation de son homosexualité est un moyen de vaincre
cette honte, et d’en contrer les effets néfastes. Prise dans le sens d’une
démarche, cette révélation consiste à prendre la décision de cesser de cacher
sa vie amoureuse. Le pouvoir de cette déclaration repose sur le fait que la
personne défie jusqu’à un certain point l’oppression sociale et décide de se
définir d’après son expérience personnelle. Cette divulgation invalide les
mythes, mensonges et demi-vérités; elle est souvent une longue démarche qui
vise à s’approprier à nouveau ses sentiments, ses attractions, et son histoire
de vie, pour finalement être soi-même.
Ce « coming out » est une démarche progressive
personnelle qui implique trois tâches parallèles : développer son estime
de soi, consolider son identité et apprendre des habiletés sociales. Cette
démarche prend fin lorsque la personne en arrive à développer des sentiments
favorables quant à son orientation sexuelle, à relativiser cette dimension
parmi d’autres dans sa vie, et à établir des relations harmonieuses tant avec
des pairs gais, lesbiennes ou bisexuels qu’avec son milieu de vie.
Cass (1984)[1] prétend
que la formation de l’identité homosexuelle comprend six étapes de
développement ou « points de croissance ». Malgré tout, il importe de
ne pas voir ces étapes d’un point de vue linéaire ou évolutif : chaque gai
ou lesbienne réalise son propre cheminement en fonction de sa personnalité, de
son histoire et de son milieu de vie. L’exposé de ces étapes constitue
néanmoins de bons points de repère pour l’intervenant qui accompagne un jeune
qui s’interroge sur son orientation ou son identité sexuelles. Elles permettent
non seulement de comprendre les sentiments qu’éprouve le jeune, mais l’aident à
traverser ses peurs et à construire une estime de lui-même débarrassée du voile
de la honte.

  1. La
    confusion quant à son orientation

La personne
commence à s’interroger sur son orientation sexuelle et à envisager la
possibilité d’être homosexuelle, ou commence à percevoir cette possibilité
comme acceptable ou non.

  1. La
    comparaison quant à son identité

La personne
éprouve davantage de sentiments d’aliénation quand elle entrevoit la dichotomie
entre elle et les personnes hétérosexuelles. Elle peut songer à entrer en
relation avec d’autres personnes homosexuelles, afin de diminuer l’aliénation
qu’elle éprouve à ce moment-là.

  1. La
    tolérance envers son orientation ou son identité

La personne
accepte davantage son homosexualité, et sent le besoin de rencontrer des
semblables. Mais le désir de se réaliser ne fait pas disparaître pour autant la
crainte et la honte.
À cette étape, la personne vit encore une certaine clandestinité. La qualité
des relations qu’elle établit aura des conséquences importantes sur son
développement.

  1. L’acceptation
    de son identité

À ce stade, la
personne continue de « passer » pour hétérosexuelle, mais elle peut
commencer à divulguer son orientation à ses amis intimes et à sa famille, en
leur faisant cependant promettre de garder le secret à ce sujet. Au fil du
temps passé dans le monde gai ou lesbien, la personne peut aussi changer son
image de soi et son identité, modifiant ses conceptions non seulement de sa
propre sexualité, mais de l’homosexualité en général. Cass (1984) décrit le
dévoilement de son orientation sexuelle comme un processus de développement au
cours duquel les personnes gaies et lesbiennes reconnaissent leur orientation
sexuelle, et décident de l’intégrer à leur vie personnelle et sociale. Cette
divulgation devient parfois un acte de révolte contre la norme de la culture dominante
quant à la définition sexuelle d’une personne.

Dès qu’une
personne franchit les différentes étapes de cette démarche, elle commence à
considérer sa vie et sa situation de façon plus collective, d’où une certaine
sensibilisation à la condition gaie ou lesbienne. La personne décide alors de
s’intégrer à la société tout en développant un réseau de socialité gaie ou
lesbienne. Elle continue de prétendre qu’elle est hétérosexuelle, mais
uniquement dans les moments où elle se sent menacée, de violence par exemple.

  1. Le confort,
    voire la fierté de son identité

La personne
développe de fortes affinités avec ses amis gais ou lesbiennes et des
sentiments de fierté quant à son orientation sexuelle. Elle peut blâmer la
société qui l’opprime et chercher à faire valoir ses droits et libertés. Selon
son statut socio-économique et le fait qu’elle travaille dans un milieu
professionnel ouvert ou fermé peut l’amener à confronter les gens dans leurs
préjugés afin de favoriser l’égalité des personnes homosexuelles ou perpétuer
le sentiment de honte qu’elle ressent.

  1. La
    synthèse de l’identité

À ce stade,
les gais et les lesbiennes ont acquis une perspective nuancée quant à leur
identité. Ils constatent qu’ils sont des personnes ayant de multiples
caractéristiques, dont l’une est leur orientation sexuelle. Ils sont alors en
mesure de voir qu’ils ont des points communs avec les hétérosexuels, qu’ils
peuvent accepter leur orientation plus aisément, et vivre plus ouvertement. Ils
éprouvent encore de la colère ou de la fierté, mais ils ont réussi à mieux
intégrer ces sentiments à l’intérieur d’un tout. La personne est parvenue au
dernier stade du processus lorsqu’elle développe un sentiment favorable envers
son orientation, à laquelle elle accorde une importance relative ; elle a
établi des relations confortables avec des pairs des communautés gaie ou
lesbienne et avec des personnes qui ne partagent pas son orientation.

Il est possible qu’une partie seulement des personnes qui ont des
rapports sexuels avec des partenaires de leur sexe parviennent à ce sixième
stade de la formation de leur identité ; plusieurs s’arrêtant à des stades
antérieurs, parce qu’ils ne se sentent pas libres ou sont incapables de
poursuivre leur démarche
(Troiden, 1979)[2].
Le fait d’interrompre son acceptation de son orientation sexuelle à un stade
antérieur n’est pas péjoratif en soi. Plusieurs peuvent y voir là, au
contraire, une solution positive leur permettant d’être mieux protégés face à
l’homophobie de leur milieu.

Ce schéma du « coming out », c’est-à-dire du
processus de la révélation à son entourage et ses proches que l’on est gai ou
lesbienne, vous a été présenté dans le but que vous compreniez mieux les
réalités et de vous familiariser avec l’accompagnement d’un jeune. Bien
entendu, des formations existent pour aider davantage les intervenants. En ce
sens, nous vous rappelons que vous trouverez à la toute fin de ce document un
dépliant d’information sur la formation gratuite Pour une nouvelle vision de l’homosexualité. Finalement,
rappelez-vous que chaque individu est différent et que ce modèle ne peut être
perçu comme une fin en soi ou un cheminement typique normal. Il est absolument
normal de ne pas correspondre à ces étapes ou des vivre d’une manière non
linéaire. De plus, des jeunes peuvent être complètement épanouis à différents
stades de ce modèle, et ce, dépendamment de leur expérience de vie et de leur
bagage culturel, familial, économique, social ou religieux.

 


[1]
Cass, Vivienne. (1984).
Homosexual identity formation : Testing a theoratical model. The Journal of Sex Reseach 20(2).
[2] Troiden, R. (1979). Becoming homosexual. A model of gay identity
acquisition. Psychiatry, 42.


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