La personne avec qui je partage ma vie est non-binaire et refuse d’utiliser quelques pronoms que ce soit… Avez-vous des astuces?


Bonjour à vous et merci de faire ce que vous faites,

La personne qui partage ma vie m’a fait son coming out non-binaire. Je veux mieux comprendre sans lui faire porter le poids de m’éduquer alors je lis beaucoup sur le sujet depuis. Toujours est-il que je suis confuse devant le refus de la personne d’utiliser quelque pronoms que ce soit. J’arrive à ne pas utiliser de pronoms en sa présence, mais ça se complexifie lorsque je dois expliquer aux personnes de mon entourage comment genrer la personne qui partage ma vie. Je cherche de la documentation à ce sujet et je ne trouve rien.

Merci

Michèle

Bonjour Michèle et merci de nous écrire,

 

Je tiens d’abord à te féliciter de prendre la responsabilité de ton éducation liée aux enjeux trans et non-binaires! C’est beau à voir. 🙂

 

Tu pratages donc ta vie avec une personne non-binaire qui désire ne pas utiliser aucun pronom. À ma connaissance, il s’agit de répéter son prénom à chaque fois au lieu d’utiliser des pronoms, d’utiliser des titres à la place (mon partenaire, la personne, l’étudiant.e, etc) ou encore de trouver des façons alternatives de construire les phrases. Cela prend un effort additionnel, et de la pratique, mais c’est possible. Je crois que tu pourrais simplement l’expliquer ainsi. Si les personnes de ton entourage ont de la difficulté à prendre l’habitude, il est possible d’essayer de les corriger. C’est important même si taon partenaire n’est pas dans la pièce.

 

En termes d’outils/de lectures sur le sujet, j’en trouve peu qui vont au-delà de le mentionner comme une possibilité qui existe. J’ai tout de même trouvé un article intéressant de PFLAG que je vais te traduire ici en français : 

Les pronoms sont partout et nous ne réalisons souvent pas que nous les utilisons. Ainsi, lorsqu’une personne demande à ne pas être référée à l’aide de pronoms, cela peut sembler une tâche impossible. Il faudra peut-être un certain temps pour s’y habituer, mais en faisant un petit ajustement vous pourrez faire une grande différence.

 

Une personne peut s’abstenir d’utiliser des pronoms pour de nombreuses raisons. Il se peut qu’il n’y ait pas un ensemble de pronoms qui convient à cet individu. La personne est peut-être en train de déterminer quels pronoms utiliser à l’avenir et peut ne pas vouloir en utiliser entre-temps. Il peut y avoir des pronoms qui lui conviennent mais qui ne sont pas d’usage courant, et les expliquer est épuisant. Dans tous les scénarios, qu’ils soient temporaires ou permanents, il est important de respecter l’absence de pronoms de cette personne. L’absence de pronoms est un simple ajustement qui peut avoir un impact important sur le sentiment de validité d’une personne au sein de son sexe/genre.

 

Pour commencer, vous aurez peut-être l’impression que vous dites beaucoup le nom de la personne. Vous le faites probablement. C’est okay. Nous utilisons des pronoms si fréquemment que nous ne le réalisons souvent pas avant d’arrêter complètement de les utiliser. Trouvez quelques autres descripteurs pour la personne. Ceux-ci peuvent décrire la relation entre vous et la personne qui n’utilise pas de pronoms, (ex. ami.e, collègue), à ​​propos de la personne professionnellement, (ex. coordonnataire, athlète), ou personnellement, (ex. infirmier.ère, hôte).

 

Pour illustrer comment parler d’une personne qui n’utilise pas de pronoms, parlons de Sam Feder. J’ai d’abord entendu parler de Sam en tant que créateur et réalisateur de Disclosure, un documentaire auquel PFLAG s’est associé, sur la représentation trans dans le cinéma. J’ai cherché assidûment un pronom pour pouvoir faire référence à cet incroyable réalisateur – et parce que je sais par expérience que «Sam» est déjà un nom de plusieurs genres. Ce que j’ai trouvé, c’est une biographie de 150 mots du Queer Producers Network de Sam Feder qui ne contient aucun pronom! Si vous la lisez pour en savoir plus sur le réalisateur, vous ne remarquerez peut-être pas le manque de pronoms. Je sais que je ne l’ai pas remarqué. C’est un bon début pour voir comment parler d’une personne sans avoir besoin d’un pronom.

 

Pour commencer à ne pas utiliser de pronoms, la première chose à faire est de s’habituer à commencer les phrases avec le nom de la personne. De cette façon, il n’y a aucune confusion sur le sujet de la phrase. Si la personne est dans la pièce, le pronom de la deuxième personne (tu) est universellement applicable. Quelques bons remplacements pour les pronoms réflexifs, (lui-même, eux-mêmes, moi-même, etc.), que j’utilise sont: seul.e, en solo, sans surveillance, indépendamment, solitairement, et par sa propre initiative. Rappelez-vous que même si les pronoms iel et ille sont excellents pour beaucoup de gens, si une personne n’utilise aucun pronom, utiliser les pronoms iel/ille pour désigner cette personne est incorrect.

 

La clé pour respecter les personnes qui n’utilisent pas de pronoms est la pratique. Demandez à quelqu’un.e de s’exercer à parler de votre ami.e sans pronom avec vous. Si vous n’avez pas encore rencontré de personne qui n’utilise aucun pronom, vous pouvez toujours vous entraîner. Choisissez un nom au hasard, parlez d’une personne réelle ou d’un animal de compagnie (je vous le promets, les animaux ne souscrivent pas à la binarité de genre). Si vous le pouvez, faites ce travail sans votre ami.e, car vous entendre faire des erreurs et utiliser des pronoms peut être blessant. Personne ne naît en comprenant tout sur le genre, il y a donc place à l’erreur au départ. Faites de votre mieux pour répondre avec respect et affirmation. Avec le temps, cela vous semblera plus naturel. Gardez simplement cet engagement de respecter les pronoms des gens et l’absence de pronoms, et vous vous en sortirez très bien!

 

Je crois que c’est déjà des conseils très utiles! Sinon, pour des outils plus généraux sur le respect, le soutien et l’affirmation des personnes trans et non-binaires, je pourrais t’offrir :

 

Si malgré toutes tes lectures, ta pratique et tes efforts, tu continues d’avoir de la difficulté, peut-être pourrais-tu en parler avec taon partenaire? Il serait possible de lui expliquer que tu veux bien faire et que tu aurais besoin d’exemples, de clarifications ou de son point de vue. Taon copin.e est après tout la personne la plus apte à savoir ce qui lui conviendrait le mieux.

 

En espérant que ces quelques conseils et cette traduction approximative t’accompagnent dans tes démarches d’auto-formation. Écris-nous si tu as besoin de plus de détails ou si tu as d’autres questions!

 

Passe une bonne fin de journée,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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