Je vis de la transphobie à l’école et je ne suis pas prêt.e à faire mon coming out genderfluid à ma mère… Que faire?


Je m’appelle Alex , j’ai 13 ans , bientôt 14 . Je suis genderfluid , mes professeur et me amis sont au courant , certain.e.s ne le respect pas forcément mais beaucoup me soutiennent . A l’internat , rien que le fait d’entendre le nom ” Alex ” au lieu de mon dead name les insupportes , et a chaque fois que une de mes amies a l’internat m’appelle Alex devant de le éducatrices , elles me crient dessus devant tout le monde et disent , je cite , ” Elle s’appelle *deadname* et sur sa carte d’identité il est marquer que c’est une fille donc arrêtez de l’appeler comme ça parce que un jour nous risquons de lui tomber dessus et je crois pas que sa plaira a sa mère ” , et sa commence vraiment a me faire du mal toute cette situation je ne sais vraiment pas comment aborder le sujet avec les éducatrices . Et je ne suis pas encore prêt.e a faire mon coming out a ma mère . Je suis vraiment a bout de tout ça , j’ai vraiment besoin d’aide.

Comment pourrais je aborder le sujet avec elles ?

Alex

Allô Alex!

 

Merci beaucoup de nous écrire. Je suis content·e que plusieurs des élèves de ton internat respectent ton identité et ton nom! Par contre, les réactions des éducatrices que tu cites sont absolument inacceptables :0 C’est vraiment très fâchant et décevant de lire ça 🙁 Je vais essayer de réfléchir avec toi à certaines choses que tu pourrais faire pour aborder la situation avec elles, ou possiblement avec d’autres personnes selon ce que tu juges utile.

 

Donc, déjà je peux comprendre que les éducatrices sont plutôt hostiles à ton égard, elles crient, font des menaces et ne respectent pas ton prénom. Avec tout ça, c’est plutôt difficile d’ouvrir un dialogue égalitaire, mais dans ton message tu dis avoir un intérêt sincère à avoir une conversation ouverte et honnête. C’est tout à ton honneur! Tu pourrais essayer de prendre un moment seul·e avec certaines d’entre elles, quitte à prendre un rendez-vous en avance. Peut-être que de parler dans un moment où elles ne sont pas en mode “réaction” avec d’autres élèves il sera plus facile d’échanger. Tu pourras leur expliquer que tu utilises un nouveau nom, Alex, que ça te fait beaucoup de bien quand on l’utilise et que ton ancien nom te rend triste et inconfortable. Tu pourrais planifier en avance et à l’écrit le genre de choses qu’elles pourraient dire et ce que tu pourrais leur répondre. Cet article de C’est comme ça mentionne res réactions négatives possibles (mises en doute, déni, questions sur l’origine, honte ou dégout, idées reçues, etc.) lors d’un coming out en tant que gay ou bisexuel·le. Il y aurait quelques adaptations à faire pour genderfluid, mais je crois que ça peut être une base intéressante!

 

Si tu as besoin d’arguments pour les convaincre, tu pourrais parler des lois en Belgique. Selon l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes :

La loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes interdit toute forme de discrimination fondée sur le sexe. La discrimination fondée sur le changement de sexe, sur l’identité de genre ou sur l’expression de genre y est assimilée. Cette loi interdit explicitement la discrimination directe ou indirecte, l’injonction de discriminer, le harcèlement et le harcèlement sexuel.

L’ « identité de genre » renvoie à la conviction intime et profonde ainsi qu’au vécu individuel de chacun par rapport à son propre genre, qui correspond ou non au sexe assigné à la naissance, y compris le vécu corporel.

 

L’ « expression de genre » renvoie à la manière dont les personnes donnent forme (vêtement, langage, comportement,…) à leur identité de genre et à la manière dont celle-ci est perçue par les autres. Généralement, les personnes essayent de faire correspondre leur expression de genre à leur(s) identité(s) de genre, indépendamment du sexe qui leur a été assigné à la naissance. L’expression de genre englobe également les formes occasionnelles ou temporaires d’expression données au genre.

  • Pour la loi telle qu’elle est écrite, tu peux cliquer ici.

Sur le même site, tu peux trouver quelques concepts/définitions de base et quelques chiffres concernant les réalités trans.

 

Si l’angle légal ne marche pas, il y a peut-être celui de la science. Dans cette liste de ressource pour les personnes trans, leur famille, entourage et allié-e-s tu trouveras différentes vidéos explicatives dont une de Bill Nye, fameux vulgarisateur scientifique (partie 1 et partie 2). Pour des statistiques, ce rapport montre que des gens de 0 à plus de 85 ans, partout à travers la Belgique, assigné·e·s homme ou femme à la naissance effectuent des demandes de changement de leur mention de sexe. Ce rapport-ci sur l’expérience des gens trans en Belgique est très détaillé avec plus de 200 pages, et indique notamment :

Il faut une politique scolaire spécifique pour les jeunes transgenres, faisant mention des aspects concernant la sécurité, l’information, l’attribution du genre adéquat sur la carte d’étudiant, l’autorisation de se présenter dans son nouveau rôle de genre (accès aux infrastructures sanitaires, vestiaires, dortoirs, etc. ) et le respect de la vie privée.

 

Les éducatrices semblent partir de très (très!) loin, il y a donc certaines bases qu’il faudrait leur expliquer, même si ça peut sembler évident pour toi et moi. Le site WikiTrans est une bonne introduction, simple et attrayante. Je te recommanderais les pages suivantes :

Sinon, j’aime beaucoup ce petit F.A.Q. de transkids qui aborde spécifiquement les jeunes (moins de 18 ans) trans et comment bien les soutenir tout en adressant plusieurs mythes et stéréotypes. Le FAQ : Mythes et mensonges sur les personnes trans est très complet et adresse particulièrement les enjeux des femmes trans, mais il y aussi une section sur les jeunes trans qui pourrait t’être utile. Un dernier sur les mythes et stéréotypes, en anglais cette fois mais facilement traduisible avec google. Enfin, maon ami·e Alex Simon a écrit des articles sur l’importance des pronoms et la non-binarité qui peuvent aider à compléter.

 

Même avec toutes les informations et les meilleures intentions du monde, je dois être honnête avec toi, c’est possible que tes éducatrices ne voient pas tes efforts et continuent de ne pas t’écouter. Est-ce qu’il y a d’autres adultes à ton internat qui pourraient te soutenir dans tes démarches? Ou encore d’autres élèves qui sont avec toi dans tes luttes ou encore qui subissent également ce type de traitement? Je crois qu’il y aurait moyen d’aller au-dessus des éducatrices et de voir avec le·la directeur·rice. Tu pourrais expliquer la situation que tu as subi et tenter de faire une demande de changement de prénom sur ta carte d’étudiant·e (même sans changement légal), tu pourrais t’inspirer de ce modèle de lettre même s’il est lié à un contexte français.

 

Je comprends que tu n’es pas prêt·e pour faire un coming out à ta mère, mais à ce que je peux comprendre il est possible qu’elle soit mise au courant par l’école sans ton consentement. Évidemment, il serait idéal que tu puisses respecter ton rythme et seulement lui en parler lorsque tu seras prêt·e. Par contre, lui en parler avant pourrait adoucir sa réaction, et si tout se passe bien elle pourrait peut-être même travailler avec toi pour que les éducatrices comprennent ton identité et respectent ton prénom. Si rien ne fonctionne et que ton malheur persiste (ce que je ne souhaite vraiment pas!), ta mère pourrait aussi prendre des démarches pour te transférer dans une école différente. Tu ne parles pas beaucoup de ta situation à la maison dans ton message, j’espère que ce n’est pas trop difficile et que tu t’y sens tout de même en sécurité.

 

Je parlais des lois au début, si ça t’intéresse je peux mentionner rapidement ce que tu peux faire d’un point de vue juridique. Dans le cas de tensions, de conflits et/ou de violences avec des membres du personnel scolaire, il y a des numéros que tu peux appeler ou des formulaires que tu peux remplir pour faire une plainte et recevoir des services de médiation, plus de détails ici. Pour aller plus haut que l’école, c’est aussi possible de porter plainte pour discrimination auprès de l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes ou de la police, les détails pour celà sont ici et ici. Comme je t’expliquais, la discrimination et le harcèlement à connotation transphobe vont contre la loi et des recours existent lorsque les gens qui enfraignent la loi.

 

Okay! Bon! Je sais que ça fait une tonne d’informations et de ressources à absorber tout d’un coup. Prends tout le temps dont tu as besoin pour passer à travers et essaie de prioriser ce qui te semble le plus important. Je crois que le soutien d’un des organismes belges suivant pourrait aussi t’être utile :

Plusieurs d’entre eux pourraient entre autres venir donner des formations dans ton école et à tes éducatrices! Tout le travail d’éducation et de sensibilisation ne devrait pas reposer uniquement sur tes épaules, il y a des gens qui peuvent te venir en aide! Ces organismes offrent aussi du soutien individuel et des activités qui pourraient t’aider à te changer les idées et te détendre quand tu te sens à bout. 

 

Toutes ces différentes avenues peuvent te demander beaucoup d’énergie et être démoralisante parfois. J’espère qu’à travers les démarches que tu choisiras de prendre, tu garderas du temps pour toi et pour te faire du bien. J’aimerais aussi que tu arrives à conserver un sentiment d’espoir, que les choses peuvent changer et qu’elles ne seront pas toujours aussi difficiles. 

 

J’ai l’impression que mon message est beaucoup trop long pour être lisible D: J’espère qu’il t’aidera un peu quand même? S’il a quoi que ce soit qui te semble trop compliqué ou pas assez clair, n’hésite vraiment pas à me faire signe! Ça me ferait plaisir de clarifier. Et sinon AlterHéros pour toute autre question demeure là pour t’informer et te conseiller, même de l’autre côté de l’océan <3

 

En solidarité avec toi,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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