Je suis une femme trans lesbienne et j’ai de la difficulté à rencontrer une fille qui voudrait d’une relation amoureuse…


Bonjour Lysandre,

Je te remercie pour ta question. Effectivement, beaucoup de personnes transsexuelles ressentent une pression de devoir « devenir » hétéro. Elles ont peur que leur homosexualité ou leur bisexualité les empêche de légitimiser leur sentiment intérieur d’appartenir à leur genre identitaire. Parfois, les personnes trans vont même jusqu’à ressentir le besoin de cacher ce fait à leur thérapiste ou à leur médecin, de peur de se voir refuser un traitement ou une chirurgie. Heureusement, les choses ont beaucoup évolué depuis plusieurs années et il est démontré que l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont deux phénomènes indépendants. Tout comme toi, les gais et lesbiennes trans n’ont plus peur de vouloir vivre leur homosexualité ouvertement. Malheureusement, être trans peut parfois être une embûche lorsqu’on tente de trouver l’amour. J’espère par ma réponse te prouver que ça peut également être un atout pour toi!

Je tiens d’abord à te rassurer et te dire qu’il est possible d’être une femme transsexuelle et d’avoir une copine, que l’on soit opérée ou non. Je connais personnellement plusieurs couples, et moi-même je suis depuis plus d’un an avec une femme merveilleuse. Elle me dit souvent que d’être en couple avec une femme trans est un grand cadeau que la vie lui a fait. Elle vit avec une femme qui vit sa féminité d’une façon tout à fait particulière et ça la séduit beaucoup! Et que personne ne vienne lui dire que je ne suis pas femme à 100%, elle piquerait une colère terrible! Ma blonde n’est sûrement pas la seule fille comme ça à Montréal.

Bien sûr, la partie la plus difficile est toujours de trouver un moyen de faire des rencontres. À mon avis, les meilleurs endroits pour rencontrer d’autres filles sont des des lieux qui permettent de vraiment faire connaissance, par exemple des club sociaux ou sportifs, des groupes de discussions, des organismes communautaires. C’est à travers de tels lieux qu’on peut créer des liens d’amitié solides avec d’autres filles qui peuvent éventuellement se développer en relations amoureuses. Par exemple, moi j’ai rencontré ma copine à Jeunesse Lambda (http://www.algi.qc.ca/asso/jlambda), un groupe de discussion pour jeunes gais et lesbiennes. Ils sont super ouverts aux personnes trans et en fait, là bas on est une lesbienne comme toutes les autres, et c’est en tant que lesbienne qu’on peut participer aux discussions. Je t’invite à aller y faire un tour, tu pourrais être surprise autant que je l’ai été!

Bien sûr l’internet et les sites de rencontres sont une solution simple et rapide et qui peut fonctionner, mais il y a un hic pour les personnes transsexuelles. En effet, à cause de la distance le lien créé n’est souvent pas assez solide pour survivre à la révélation qu’une personne est transsexuelle. Mais ça ne coûte rien de s’essayer là aussi!

La question la plus cruciale, c’est évidemment de savoir à quel moment on fait le coming-out qu’on est trans, surtout quand rien dans l’apparence physique extérieure ne le laisse voir. Je ne crois pas que ta situation en tant que lesbienne soit bien différente que celle des trans hétéro, en ce sens où tu dois affronter une montagne de préjugés par rapport à ce qu’est la transsexualité. Il n’y a pas de méthode magique pour faire le coming-out. Mais peu importe quand tu choisis de le faire, il faut que tu démontres, tant par tes paroles que par le non-verbal, que tu es fière de qui tu es, que ta transsexualité n’est pas un secret honteux que tu caches mais plutôt une expérience qui fait de toi une meilleure personne. Il faut que la personne en face de toi se dise dans sa tête: « J’ai des inquiétudes mais wow que cette fille est confiance et intéressante. » Si tu n’est pas opérée, il faut également que tu prennes le temps de la rassurer du fait que tes organes génitaux ne font surtout pas de toi « un homme au lit » J’ai aussi connu quelques cas où une lesbienne tombait bel et bien en amour avec une fille trans, mais avait peur de la réaction qu’aurait son entourage. Une lesbienne peut avoir peur de passer pour une hétéro parce qu’elle fréquente une personne ayant de chromosome XY, et avoir peur d’être exclue de son cercle d’amies lesbiennes. C’est à toi de te montrer compréhensive et de la rassurer que ce ne sera pas du tout le cas.

Pour conclure, je voudrais te répéter à quel point la patience en vaudra la peine, car oui tu rencontreras un jour une fille qui t’aimera telle que tu es. Il te suffit simplement de poursuivre ta transition avec confiance et de fréquenter des endroits où tu pourras créer des liens solides avec d’autres lesbiennes. D’ailleurs c’est toi même qui dis que la moitié des lesbiennes ne seraient pas intéressées par une trans… Hé bien l’autre moitié t’attend!

Élyse


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

Leave a comment