Je suis trans et je m’empêche de sortir avec des garçons ou même des filles par peur qu’on se retourne contre moi


Bonjour,

Je m’appelle Elio, j’ai 13 ans, et je me sens garçon alors qu’on ma assignée comme genre à la naissance fille. Maintenant ca va faire environ 6 moi et demi que je me pose des questions sur mon identité de genre et environ 4 mois que j’ai compris être transgenre ftm.

J’ai encore quelques questions sur mon identité de genre mais maintenant c’est surtout sur mes attirance où je me pose des questions donc voila :

– Environ en CM2 donc je devais avoir environ 10/11 ans j’ai découvert que j’aimais aussi les filles donc je me suis dit que j’étais bi, en 6eme je suis sortie avec une fille mais après que avec des garçons et je ne trouvaient plus aucunes filles attirantes, donc je pensais etre hetero mais juste que je suis tombé une fois amoureux d’une fille mais maintenant je me pose énormément de question car J’aime presque que les garçons mais des fois (rarement mais ça arrive) Je trouve des filles ou des personnes non-binaire attirante donc je sais pas trop si je suis gay ou pan/bi/omni donc voila en plus j’ai toujours un vrai besoin de me mettre dans des cases comme trans et gay ou trans et pan voila de je ne sais pas trop quoi en pensais.

Et après j’ai cette deuxième question :

– J’ai déjà fait un coming out bi a mon collège et à peu près tout le monde la bien pris (Je sortais avec ma première copine 6eme) mais la c’est différent c’est carrément que je ne me sens pas du tout fille mais garçon. Et je pensais le dire en troisième pour pouvoir partir au lycée l’esprit tranquille mais vus que je suis déjà sortie avec des garçons hetero Bein j’ai peur que tous ce retourne contre moi donc maintenant je m’empêche de sortir avec des garçons ou même des filles par peur que après il se retourne contre moi. Donc je le dit à personne.

Voil merci beaucoup d’avoir lus tout ça et j’espère que vous pourrait répondre à mes questions. Très bonne journée à vous

Elio

Bonjour Elio!

 

Merci d’avoir fait confiance à AlterHéros en nous faisant part de ce que tu vis en ce moment. Si j’ai bien saisi ta situation, tu as fait beaucoup d’introspection dans les derniers mois, ce qui t’as donner l’occasion de nommer ton expérience. Tu nous dis que tu es un garçon trans—c’est super d’avoir pu y mettre des mots! À ce point-ci, tu n’as parlé avec personne de tout ce que tu traverses, mais ton cheminement t’a permis de reconnaître en toi le sentiment intime et profond de ton genre. Tu contemples maintenant l’idée de te dévoiler à l’école et en même temps, tu exprimes une peur face aux réactions de tes camarades de classe. Tu es aussi préoccupé par la manière de définir ton orientation sexuelle et/ou romantique en tenant en compte de ton genre. 

Jusqu’ici, j’espère que ma compréhension est juste! Je vais faire de mon mieux pour partager des ressources et te donner des informations qui pourraient t’être utiles. Mais, avant d’aller plus loin, j’aimerais souligner le courage que tu as eu de nous partager ton parcours et de faire cette introspection. Je sais à quel point s’ouvrir comme tu l’as fait et partager son vécu avec d’autres peut être difficile, voire épeurant par moment, c’est vraiment tout à ton honneur! Je t’invites à poursuivre sur cette voie et à t’accorder l’écoute, le temps et l’espace nécessaire pour explorer ce que tu ressens.

Avant de parler du coming-out, j’aimerais adresser tes questionnements autour de l’auto-identification. Bien que l’attirance et la transidentité soient deux concepts différents, ils sont souvent interconnectés et cela peut rapidement devenir un casse-tête. Il m’apparaît approprié d’ajouter ici quelques définitions. D’abord, l’orientation se caractérise par l’attirance ressentie envers un ou plusieurs genres en relation à ton identité de genre. Elle peut être d’ordre romantique, émotionnelle, sexuelle, physique. L’identité de genre fait plutôt référence au genre que tu ressens au fond de toi, et tout comme l’orientation, il y a tout un spectre d’expériences et de possibilités. Le choix tes mots que tu utilises pour parler de toi doit-il refléter tout ton parcours et toutes les personnes qui t’ont attiré par le passé? Non! Est-ce que la façon de s’identifier est nécessairement représentative des personnes/genres avec qui on a eu des relations intimes? Encore non! Par là, j’entends que c’est plutôt ce que tu ressens et les termes avec lesquels tu es confortable qui comptent, et non ce que tu fais ou ce que les autres perçoivent. Par exemple, une personne peut avoir eue des relations avec les personnes de plusieurs genres, et s’identifier comme étant hétéro. À l’inverse, une personne peut avoir eu des relations seulement avec des personnes du genre opposé et s’identifier comme bi ou pan! 

Il faut aussi noter que pour certain.e.s, le désir et les préférences tendent à varier, alors que pour d’autres non. On peut parler de fluidité quand l’orientation (ou l’identité) change avec le temps, un peu comme quand tu nous dis avoir éprouver de l’attirance à des degrés variés envers différentes personnes/genres au cours de ta vie. On croit souvent qu’apprendre à se connaître mène à se percevoir d’une façon précise, claire, fixe, alors qu’il s’agit d’une fausse conception. Tu peux te permettre de changer et de revisiter le tout tant que nécessaire. Tu pourrais par exemple t’affirmer comme personne gaie même si tu éprouves occasionnellement du désir pour d’autres personnes/genres. Tu pourrais aussi être pan, bi ou omni! D’ailleurs, je crois que cet article, qui distingue la pansexualité et la bisexualité, pourrait t’intéresser. Honnêtement, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de s’y prendre, tant que tu es à l’aise. La décision et la manière de t’auto-identifier, tout comme celle de te dévoiler d’ailleurs, te revient donc entièrement. La licorne du genre est une autre ressource qui est faite pour t’aider à mieux te situer :

Dans ton message, tu mentionnes que tu t’empêches de vivre librement tes sentiments et tes attirances en ce moment. Tu nous parles d’avoir fait un coming-out bi à l’école auparavant (je te félicite pour cette première étape) et somme toute, la réponse avait été accueillante, sauf que cette fois, tu crains avoir à faire face à un accueil plus hostile parce que tu dévoileras ton identité trans. J’en comprends que tu es plutôt nerveux à l’idée de te dévoiler à tes camarades de classe. Je pense que pour la plupart des personnes qui sont passées par là ont pu partager tes inquiétudes, tu n’es pas seul! Il est aussi vrai que certaines expériences queer, dont la transidentité et la fluidité de genre et d’orientation, ont tendance à être méconnues. C’est dommage parce que le manque de connaissance ne donne pas toujours les conditions favorables pour qu’une personne puisse se dévoiler, c’est pourquoi il est important de prioriser sa sécurité, de bien s’entourer et de se rappeler qu’on peut demander de l’aide, comme tu l’as fait auprès de nous! Sais-tu s’il y a un comité étudiant LGBTQIA+ à ton école? As-tu une personne-ressource vers qui tu peux te tourner? Si c’est possible, tu pourrais, par exemple, demander l’accompagnement de quelqu’un de ton milieu scolaire qui connaît bien les enjeux trans et en qui tu as confiance.

Maintenant, abordons la question du coming-out (ou le fait de se dévoiler publiquement). Savais-tu que ce n’est qu’une option parmi d’autres? Si on se fie au discours populaire, on peut avoir l’impression que c’est une étape qui va de soi ou même un passage obligé. On peut même avoir la conviction que ce geste reflète notre authenticité, notre honnêteté envers les autres. Avec ma lecture de la situation, je m’imagine que tu pourrais te sentir ainsi. J’aimerais que tu saches que ce que tu décides (ou non) de partager ne reflète en rien ton intégrité et que personne n’est tenu de dévoiler les détails de son intimité. Il s’agit *toujours* d’un processus volontaire et personnel et la façon de le faire dépend de chaque individu. Je me permet d’appuyer sur ce point : tu n’es jamais dans l’obligation de dévoiler quoique ce soit à qui que ce soit—ce que tu ressens profondément et ton existence est valide en tout temps. Je sais que ce n’est pas toujours facile, mais je t’encourage à prioriser ta voix et tes besoins avant tout. Dans tous les cas, saches que tu es dans ton droit de réclamer et de célébrer qui tu es. Tu peux t’affirmer, changer et explorer tant et aussi longtemps que ça fait du sens à tes yeux. 

Enfin, j’aimerais t’inviter à considérer l’idée de partager ce que tu ressens dans des contextes où tu te sens en sécurité. Comment te sens-tu à l’idée de partager ce que tu ressens a une personne en qui tu as confiance? Comme tu le mentionnes: personne n’est au courant de ce que tu vis pour le moment. Je m’imagine donc que tu portes beaucoup de choses sur tes épaules. Garder tout ce que tu vis pour toi, ça peut être une source de stress. J’aimerais que tu saches que tu n’as pas à  être seul avec cette charge émotionnelle. Je t’encourage à trouver des façons de partager ce que tu vis afin de réduire le stress et de recevoir le soutien auquel tu as droit. Comme je l’ai dit plus tôt, il n’est absolument pas pas nécessaire de te dévoiler publiquement, toutefois c’est vraiment important de bien s’entourer et de se donner le temps et l’espace pour s’exprimer et faire sens de son vécu, comme tu l’as fait juste ici auprès de nous! Tu pourrais, par exemple, commencer par en parler à une personne en qui tu as confiance ou encore à chercher l’aide d’une ressource communautaire, d’un.e thérapeute d’une personne-ressources qui pour t’accompagner dans ton cheminement et tes questionnements. Aussi, étant art-thérapeute, je crois beaucoup aux bienfaits de l’art sur la santé. As-tu déjà pensé avoir un journal ou un carnet de croquis pour exprimer ce que tu ressens? Lorsqu’on se sent dépassé, mettre nos pensées et nos émotions sur papier en écrivant ou en dessinant peut permettre de prendre une distance, de relâcher les tensions et ainsi réduire le stress. D’une façon ou d’une autre, le mieux c’est de ne pas garder tout ça à l’intérieur de soi! 

Pour approfondir ton raisonnement à l’égard de l’orientation et du coming out, tu peux jeter un coup d’œil à:

C’est comme ça, une ressource en ligne proposant différents outils pour les personnes LGBTQIA+

Tu peux également consulter une de nos anciennes réponses qui pourrait t’intéresser et t’aider à poursuivre ta réflexion:

Je veux dire à mes parents que je ne suis pas cisgenre mais j’ai peur de leur réaction 

Voilà! Je te remercie encore une fois d’avoir pris contact avec nous. J’espère que ma réponse aura su guider tes réflexions et t’apporter du soutien. N’hésite pas à prendre les informations qui te sont utiles, qui font écho à ce que tu vis et à mettre le reste de côté. Rappelle-toi, c’est ton cheminement. Il n’y a pas de critères à remplir ni de réponse définitive, mis à part les tiens! Ton existence et tes désirs sont et seront toujours valides, qu’il y ait des mots pour les définir ou pas, qu’ils soient connus de toustes ou pas. Je t’encourage à écrire à AlterHéros si tu as d’autres questionnements sur l’identité, l’orientation ou le coming-out, ça nous fera plaisir de te répondre. Nous sommes là! 

En toute solidarité,

Éli

Art-thérapeute et intervenant chez AlterHéros


About Éli

Titulaire d’une maîtrise en Thérapies par les Arts de l’Université Concordia, le travail d’Éli est ancré dans la justice sociale et met de l’avant le potentiel revendicateur de l’art et ses bienfaits sur la santé mentale. Avec une pratique qui allie art-thérapie et zoothérapie (thérapie assistée par l’animal), y offre du soutien et un espace d’expression bienveillant sans jugement aux personnes touchées par le stress minoritaire. En dehors de son travail d’accompagnement, vous retrouverez probablement Éli en train de broder ou encore entouré.s de ses plantes et compagnons à pattes!

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