Je regarde de la pornographie mettant en scène des femmes trans. Suis-je hétéro, bi ou homo?


Bonsoir,
j’ai 28 ans je n’ai jamais eu de copine.Je suis généralement attiré par les femmes dans la rue,jamais par les hommes.j’ai déjà comme senti des sentiments romantiques envers le même sexe.je me vois pas avec un homme,ça s’est sur et certain.je suis attiré par le porno shemale,en ce moment,je les vois comme des femmes.Mais,je ne sais pas quand je me branlais une femme m’a fait pensé à un indien,j’ai cliqué et je me suis dit non pas ça,j’ai fermé la vidéo,je ne peux pas concevoir d’imaginer une femme trans comme un homme.Voir une trans féminin,ça passe,mais pas un homme.J’ai eu bcp d’anxiété,de dépersonnalisation du au manque de confiance en moi,comme si j’étais dans le corps d’une femme.Je me dis que je ne suis plus un homme,car cet image d’indien,je le connais,jamais je n’oserai cela.pensé au trans ça passe,mais être dans le corps d’une trans non.
je voudrais faire ma vie avec une femme.Je ne sais pas qui je suis.je ne veux être dépersonnalisé dans le corps d’une femme.veuillez m’aider s’il vous plait.dites moi quel orientation sexuelle,je suis?suis hétéro,bi ou homo.c’est dur.
Ordi

Bonjour ! Merci de nous écrire, c’est très apprécié !

En ce moment, tu te questionnes sur ton orientation sexuelle.

Tu dis que tu veux faire ta vie avec une femme, que tu es généralement attiré par les femmes dans la rue, jamais par des hommes, et parfois par les femmes trans dans la pornographie.

Je souhaite d’entrée de jeu te dire que c’est correct et valide d’être attiré par les hommes comme par les femmes, que ce soit dans la porno ou dans la vraie vie. Je veux aussi te dire que tu es la seule personne dans l’univers à pouvoir déterminer quelle est ton orientation sexuelle. Bien sûr, on peut réfléchir ensemble à quelques pistes. Je vais te poser quelques questions pour te guider et t’aider à déconstruire certains mythes et préjugés, mais tu es celui qui aura le dernier mot. D’accord ?

Tu expliques qu’à un moment, la personne dans la vidéo que tu visionnais en te masturbant t’a fait penser à un homme d’origine indienne. Cela t’a dérangé – tu dis ne pas vouloir voir un homme [en te masturbant, si je comprends bien].

Tu as bien raison de percevoir les femmes trans comme des femmes, puisque ce sont des femmes !  Il est vrai que certaines femmes, qu’elles soient trans ou cis, ont parfois une allure plus traditionnellement masculine. Il en est de même pour certains hommes qui ont parfois une allure plus traditionnellement féminine. Cela ne change en rien leur genre.  Même si, pour un instant, la femme que tu regardais, a eu des airs plus masculins, il s’agissait encore d’une femme.

Tu dis que tu voudrais passer ta vie avec une femme et que tu as attiré par les femmes et non pas par les hommes. Je comprends donc que tu es hétérosexuel. Je me dois toutefois de souligner qu’il y a une différence entre être indifférent face aux hommes (ne pas ressentir de désir à leur égard) et ressentir une forte anxiété à l’idée d’être attiré par un homme.

Tu dis : « J’ai eu bcp d’anxiété, de dépersonnalisation dû au manque de confiance en moi, comme si j’étais dans le corps d’une femme ». Sais-tu pour quelles raisons cet événement t’a affecté autant? Pour quelles raisons cela a touché ta confiance en toi, a provoqué une certaine dépersonnalisation ? Tu sais que cette pensée, aussi envahissante soit-elle, ne représente pas la réalité… tu n’es pas moins homme parce que tu as ressenti quelque chose pour une femme à l’apparence plus masculine.

Je ne sais pas de quel environnement tu viens. Certaines familles sont plus hostiles face à l’homosexualité ou à la bisexualité. Est-ce que c’est ton cas ? Tu as peut-être intériorisé des messages homophobes. Parfois, sans se reconnaître comme personne homophobe, il arrive que nos questionnements au niveau de notre sexualité nous dérangent de manière importante… ce qui peut nous donner un indice de cette homophobie que l’on vit comme « retournée vers nous », vers ce questionnement, cette possibilité d’être gay.

Interligne nomme ici des causes pouvant expliquer l’homophobie. Avant que tu commences à lire, je veux te dire que si tu te reconnais dans ces lignes, tu es loin d’être seul. Tu n’as pas à t’auto-flageller – l’objectif ici n’est pas de te rendre honteux ou fâché, mais bien de te faire prendre conscience que l’homophobie ne prend pas racine au milieu de nulle part. D’accord ? Voici donc quelques causes possibles de l’homophobie :

« La méconnaissance de la sexualité en général

La peur de ceux et celles qui sont différents de soi

De fortes croyances à des textes ou mouvements religieux homophobes

L’incapacité à changer des informations reçues durant l’enfance

Une faible estime de soi entraînant le besoin de détester d’autres groupes de personnes

La peur de l’homosexualité

L’incapacité d’accepter sa propre attirance envers le même sexe

Le renforcement du modèle rigide de l’hétérosexualité et des rôles de genre  par les agents importants de notre société : la famille, le système d’éducation, le gouvernement, les médias, le système légal, etc.

La présence de sexisme et de la domination masculine

Le sentiment d’aversion qu’une personne hétérosexuelle peut avoir envers l’idée d’avoir une relation avec une personne du même sexe. Comme les relations avec le même sexe ne sont pas un comportement qui vient naturellement chez ces personnes, certaines d’entre elles généralisent ce sentiment à tous et à toutes et concluent qu’il est impossible que l’homosexualité soit vécue positivement par d’autres personnes. »

 Revel and Riot propose les solutions suivantes à l’homophobie intériorisée (en anglais, la traduction est mienne et mes ajouts / modifications sont en italique) :

« Avoir une pensée critique au sujet de l’impact de l’homophobie intériorisée sur sa vie, au lieu de rejeter immédiatement cette notion (ou celle de l’homosexualité).

Lire davantage au sujet de l’homophobie intériorisée. Même s’il y a moins d’écrits à cet effet qu’au sujet du coming-out, il y a beaucoup d’information disponible, particulièrement des témoignages personnels. ( On peut te fournir d’autres références au besoin ! )

Aide des pairs / de la communauté – la présence d’un réseau de soutien est essentielle. L’empathie et le support de personnes LGBQ (lesbiennes, gaies, bisexuelles et queer) et d’allié.e.s hétérosexuel.le.s peut être extrêmement aidante. D’autres personnes vivant un processus pour se défaire de l’homophobie intériorisée peuvent aussi nous accompagner dans nos réflexions et être solidaires.

S’informer sur l’histoire des droits LGBTQ, trouver des modèles positifs dans des moments plus difficiles, constater à quel point la diversité des identités et des orientations sexuelles ont été bénéfiques pour les avancées sociales et juridiques.

Trouver un.e thérapeute qui connaît bien les réalités LGBTQ qui pourra aider à traverser le processus.

S’éloigner des influences toxiques (homophobes) – souvent la partie la plus difficile. Généralement, ces influences proviennent de nos familles, nos ami.e.s, notre lieu de culte… du moins, on peut se permettre de remettre en question certains propos ou comportements homophobes de ces personnes ou institutions.

Si la religion que nous pratiquons est hostile aux personnes LGBTQil est possible de la quitter. Sinon, on peut voir ce qui nous fait du bien dans cette religion, cette spiritualité, et en garder les éléments qui nous valident et nous aident à célébrer les moments positifs et à traverser les moments les plus durs. On peut se questionner sur la provenance des éléments homophobes – est-ce la religion vraiment elle-même, l’interprétation de la personne qui livre le message (pasteur, prêtre, imam, célébrant.e, etc.) ou d’autres interprétations des livres saints ?

Clarifier notre position au sujet de l’homophobie (intériorisée ou non) auprès de nos ami.e.s et familles si nous en avons la possibilité, l’envie et si nous sommes en sécurité. La peur peut avoir une grande influence sur nous. Par exemple, une personne qui vit dans une famille très ouverte, qui a plusieurs ami.e.s LGBTQ et des enseignant.e.s ouvert.e.s peut quand même vivre beaucoup d’homophobie intériorisée et de craintes. Qu’on en discute ou non avec nos proches, on peut déterminer notre propre position face à l’homosexualité en essayant de se défaire des préjugés qu’on a appris, qui nous ont été transmis, et essayer de trouver ce qui nous fait peur ou nous rend insécure face à l’homosexualité, nos attirances ou nos questionnements.

Faire preuve d’auto-réflexion et de conscience de soi – prendre conscience de nos réactions et attitudes négatives envers soi et les autres ainsi que de nos jugements. Chaque fois qu’on a de tels jugements, attitudes ou réactions, prendre un moment pour essayer d’en trouver la source.

Si possible et qu’on le souhaite, lorsqu’on est en sécurité, sortir du placard ou parler de nos questionnements avec nos proches.

Tenter de surmonter notre peur du rejet.

Se souvenir que l’homophobie intériorisée ne vient pas de soi. Tu n’es pas malade, tu n’as pas besoin de remède. Ce sentiment de peur, de panique t’a été inculqué par une société homophobe. Tu n’as pas à te sentir coupable ou honteux – petit à petit, tu te libéreras de ce poids qui pèse sur plusieurs personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle. »

En terminant, je prends un instant pour te dire que le terme sh*male est généralement perçu comme très offensant. Je te propose d’utiliser les termes « femme trans » comme tu l’as fait à quelques reprises dans ton message. Aussi, le terme « trans » est utilisé comme adjectif (par exemple, « une homme trans » ou « une personne trans »  au lieu de « un trans »).

Enfin, si cette situation te cause une anxiété envahissante qui se poursuit, que tu vis des  moments de dépersonnalisation et que cela affecte ton quotidien, je t’invite à consulter un.e professionnel.le de la santé de ta région. Ta santé est importante, prends soin de toi. N’hésite surtout pas à nous réécrire au besoin et passe une belle journée.

Marie-Édith, B.A. sexologie, pour AlterHéros


About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

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