Je ne veux pas être considéré comme une fille mais pas totalement comme un garçon non plus…


Je suis dans le processus d’explorer mon identité et mon expression de genre et j’ai inclus mes amis et ma grande sœur dans ca depuis assez longtemps ( j’ai dit a mes amis d’utiliser les pronoms il et de me genrer au masculin au lieu du féminin depuis cet été. J’avais déjà dit a ma mère et a mon père que je me sentait peut être non binaire, et les deux l’avaient quand même bien pris donc environ deux semaines passées j’ai décidé de les inclure la dedans et demandé qu’ils utilisent il et le masculin pour moi, et qu’ils m’appellent leur enfant au lieu de leur fille. Ma mère avait de la misère a comprendre mais elle me disais que ce qui était important pour elle était que je sois bien. Elle a ensuite fait des efforts pour le faire et ca m’a fait du bien. J’ai par contre eu des conversations très émotives avec elle parce que elle trouve que je ne suis pas assez masculin, et qu’elle pense que ce serais plus facile pour moi d’être un femme masculine plutôt que un homme féminin. Elle disait un homme parce que des fois je me sens un peu comme un gars, mais tout ca est un peu flou pour moi et j’ai de la difficulté a comprendre ce qui fait qu’on est un gars ou une fille. J’ai une expression de genre quand même stéréotypiquement féminine (je porte des bijoux que je fais moi même et j’ai souvent du vernis a ongles) mais pour moi j’ai réussi a m’approprier ces choses là sans que ca veut dire que je suis une fille, comme les gars peuvent mettre du vernis si ils le veulent et ca ne fait pas d’eux moins des gars. J’ai aussi des complexes par rapport a ma poitrine, je ne l’aime pas et je trouve que mon corps pourrais être mieux sans. J’ai acheté un binder et des “compression top” qui sont un peu comme des binder, et c’est merveilleux. Ce que je trouve dur en ce moment c’est que j’essaye de m’accepter comme quelqu’un qui veut s’habiller plus masculinement (mes vêtements viennent beaucoup de la section des gars) mais je continue a avoir des comportements féminins. Je ne veux pas être considéré comme une fille mais pas totalement comme un garçon non plus je serais peut être demiboy fluid ou quelque chose comme ca. Je me demande ce que je devrais dire a ma mère parce quelle pense que ce n’est qu’a cause de l’adolescence et que je suis en quête d’identité et que c’est seulement parce que je ne veux pas être comme les autres filles. Je sais pas si c’était assez clair mais merci d’avoir lu ceci jusqu’au bout!

Éléo

Salut!

 

C’est tout à fait clair, ne t’inquiètes pas 🙂 Dans le fond, tu as entamé plusieurs étapes pour affirmer tes côtés masculins et neutres sans nécessairement avoir trouvé par quels termes tu aimerais te décrire. Malgré tes efforts durant la dernière année, ta mère a encore de la difficulté à ne pas te genrer au féminin.

 

Sans avoir vécu exactement la même chose je peux assez bien comprendre ce que tu vis. J’ai commencé à parler de ma non-binarité à ma famille il y a quelques années, je vais essayer de te donner quelques conseils basés sur mon expérience. Dans ma réponse je vais également te genrer en alternance au masculin et au neutre, mais si tu as une autre préférence n’hésites pas à le nommer!

 

Je veux juste commencer par dire que ça a dû être particulièrement blessant d’entendre ta mère invalider ton parcours et faire des suggestions déplacées quant à la façon dont tu devrais t’identifier. Désolé·e que tu aies vécu cela. Ton genre neutre/masculin est légitime et ne se limite pas à ton âge, ton corps ou ton style. Ses difficultés à te genrer adéquatement ne sont en aucun cas de ta faute, c’est sa responsabilité de faire un effort, même si c’est toi qui finit injustement par en payer les conséquences. 

 

Je pense que lorsque vient le temps de parler de son genre et de la façon dont on veut être genré·e avec des personnes cis, il faut parfois vulgariser et simplifier beaucoup de choses. En particulier pour des personnes plus âgé·e·s comme des membres de la famille. Je te dirais qu’il faut y aller avec des termes simples et accessibles, des phrases courtes et au besoin des métaphores claires. Je t’inviterais à formuler des demandes précises, comme utiliser “enfant” au lieu de “fille”! Ça peut aussi être “personne” au lieu d’homme ou femme, des pronoms et des accords particuliers à l’oral et/ou à l’écrit, et ainsi de suite selon ce qui est important pour toi. Si ton genre fluctue, tu peux expliciter dans quels contextes, et si c’est plutôt aléatoirement de jour en jour, trouver une façon de l’exprimer. Tu peux également leur demander de se pratiquer lorsque tu n’es pas là.

 

Lorsqu’il s’agit d’un dialogue ou d’un échange, il peut être aidant d’avoir une certaine balance entre ouverture et fermeté, c’est-à-dire d’écouter respectueusement l’autre personne même lorsque ses arguments sont boiteux et ses informations sont fausses, sans pour autant se laisser marcher sur les pieds. Il y a toujours moyen d’accueillir cela tout en indiquant ce qui est faux et en corrigeant les informations. Cela demande de la conviction, même si tu te poses encore des questions et que tu essayes différentes choses, si tu exprimes des doutes iels risquent d’utiliser cela contre toi. Donc je t’encourage à adopter une image de confiance et de certitude, même si cela ne représente pas nécessairement l’ensemble des nuances de ce que tu sens réellement.

 

Si tu as de la difficulté à toujours improviser sur le moment, tu peux te préparer des arguments et des réponses pour les phrases que tu entends le plus souvent. Par exemple, cet article de C’est comme ça mentionne les réactions négatives des parents les plus fréquentes (mises en doute, déni, questions sur l’origine, honte ou dégoût, idées reçues, etc.) lors d’un coming out et quelques pistes de réponse.

 

Je dois t’avouer que même en préparant des demandes claires et des phrases parfaites, en mobilisant des ressources et en faisant preuve de respect et d’écoute, il y a des chances que ton entourage se trompe et se mélange encore, parfois pendant un certain temps. Ce n’est pas toujours facile et ça prend une bonne dose de patience et de force pour endurer cela. En tant que personnes trans, et particulièrement en tant que personnes non-binaires, on doit souvent apprendre à faire des efforts réguliers pour affirmer et visibiliser notre identité. Le côté positif est qu’on finit souvent par développer de meilleures compétences pour identifier et exprimer ses besoins et ses limites. 

 

Dans ton message, tu abordes aussi la question de l’acceptation de soi dans le contexte de notre société avec ses normes très strictes sur la masculinité et la féminité. Je pense qu’un peu comme avec le genre, la réponse se situe peut-être quelque part entre les deux, qu’il y a peut-être façon d’apprendre à apprécier qui l’on est graduellement sans être en amour absolue avec tous ses défauts ni se détester au point d’ignorer ses qualités. Dans tous les cas, tu mérites du respect et de l’espoir, sans avoir à te forcer à aller magasiner tes comportements dans la section des gars.

 

J’espère que mes quelques paragraphes aident un peu! Hésites vraiment pas si tu aimerais avoir des conseils plus précis ou si tu as d’autres questions!

 

Amicalement, de l’autre côté du fleuve,

 

Maxim·e, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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