Je me sens coupable de me sentir femme


Bonjour à toi!
Merci de ta confiance. Je vois dans ta lettre beaucoup d’incertitude par rapport à la façon dont tu devrais agir, et je te sens déchirée entre tes propres apsirations et les attentes du monde qui t’entoure. Tu te demandes comment vivre adéquatement ton identité tout en gardant les acquis de ta vie d’homme. Tu a essayé de te contenter de te travestir chez toi, avec la bénédiction de ta copine. Et pourtant, tu n’en ressens pas vraiment une totale satisfaction. Tu dis que ta vie est merveilleuse… pourquoi alors ce mal-être?
Aux yeux de qui ta vie est-elle merveilleuse? À tes yeux, où aux yeux de la société qui voit en toi un jeune homme à qui tout sourit? Une vie n’est merveilleuse que si elle t’offre l’opportunité de réaliser pleinement la personne que tu es, sans honte, sans culpabilité constante. Tu penses que tu es peut-être travesti, peut-être transgenre ou transsexuelle. Je ne peux pas vraiment te donner une réponse sûre à 100% à cette question, toi même tu dois y réfléchir avec honnêteté. Mais ce qui me met un peu la puce à l’oreille par contre, c’est que le travesti se sent heureux simplement en faisant ce que tu fais déjà, c’est à dire revêtir des vêtement féminins à l’occasion. Or, pour que tu m’écrive cette lettre, il faut bien que cette avenue ne t’apporte pas entière satisfaction. Alors pour aider à ta réflexion, faisons ce que j’appelle le test de la baguette magique. Imagine qu’on te donne une baguette magique. L’utiliser te changerait instantanément en femme, et ce de façon irréversible. La baguette modifierait également les souvenirs de ton entourage de telle façon qu’ils t’auraient toujours connue comme femme. Même ta copine serait toujours amoureuse de toi! Bref, rien ne changerait sauf le fait que vivrais ton quotidien en tant que femme. Alors, utiliserais-tu cette baguette?
L’avantage de ce test, c’est qu’il enlève de l’équation toutes les craintes reliées à une transition et va directement à l’essentiel: quelle est ton identité intérieure? Si tu a répondu que oui, tu utiliserais cette baguette, alors tu es fort probablement une femme transsexuelle ou transgenre. Si c’est le cas, il sera probablement difficile de concilier une vie d’homme et une vie de femme, car les recherches montrent que le seul traitement efficace de la transsexualité, c’est une transition complète afin d’être reconnue à 100% et à temps plein dans son sexe identitaire. Et oui, ça inclut de prendre des hormones. Même si tu étais transgenre, c’est à dire pas complètement homme ni femme, cela exigerait fort probablement de gros changements dans ta vie qui s’apparentent à une transition.
Tu répond déjà d’une certaine façon à l’interrogation du test dans ta lettre, quand dès la deuxième phrase tu dis que tu as toujours su que tu étais une femme. C’est pourquoi, pour le reste de ma réponse, puisque toi-même tu le dis dans ta lettre, je vais tout de même assumer que ton identité est belle et bien féminine. Tout ça afin de pouvoir aborder ce que je crois être le mot clé dans ton texte: la culpabilité.
Alors, de quoi te sens tu coupable? D’être qui tu es? D’être une femme? Pourtant, 50% des êtres humains sur terre sont des femmes, s’en tirent très bien et en sont même fières. Alors, quelle honte y a-t-il que toi même tu aimes l’idée d’en être une? Ce n’est sûrement pas toi qui a décidé que tu serais une femme, avec toutes les complications que ça implique. Et puis, La transsexualité est un obstacle parmi tant d’autres avec lesquels une femme peut devoir vivre au quotidien: handicap physique, situation socio-économiques difficile, faire face au racisme, avoir des séquelles de violences passées, etc. Toutes ces choses ont des connotations vues comme négatives par la société, et les femmes qui vivent avec elles doivent parfois faire face à de la discrimination. Mais, ces choses peuvent être transcendées, voire transformées en source de fierté et en puissant outil de réalisation de soi.
De quoi te sens tu coupable? De ne pas être à la hauteur des standards et des attentes qui sont mises sur toi à cause de ton sexe de naissance? Ces attentes ont été mise sur toi, dès ta naissance, en jetant un simple coup d’oeil à ce que tu avais entre tes jambes. Personne ne t’a alors demandé ton avis, personne n’a été voir ce qui se passait dans ton cerveau, personne ne s’est même posé la question à savoir s’il était justifié de te mettre sous le poids de ces attentes. Alors en tant qu’homme on s’attend de toi que tu aimes ça être un homme, que tu sois un bon pote pour tes copains, un bon amant pour ta conjointe, que tu fasses preuve de virilité et que tu te tiennes loin de ce qui est féminin. À quel point as tu accepté ces attentes? Si on s’attendait de toi que tu puisse sauter 3 mètres dans les airs et que tu n’y arriverais pas, ressentirais tu de la culpabilité? Pourtant les attentes pour lesquelles tu te sens coupable sont toutes aussi arbitraires. Tu n’as pas à les accepter si elles ne t’apportent rien de positif.
Enfin, peut-être te sens tu coupable de laisser tomber et de décevoir ta famille, tes proches. Tu dis que tes proches préfèrent te voir en garçon. Vraiment? Ils te l’ont dit mot pour mot? C’est très possible qu’ils pensent ainsi, maisc’est parce que l’être humain préfère le statu-quo aux changements. Ils t’ont toujours connu comme ça alors doit-on se surprendre qu’ils te préfèrent en homme? Mais il serait important qu’ils réalisent que de toi, ils ne pourront pas toujours obtenir ce qu’ils préfèrent, car tu ne vis pas à leurs dépends. Crois-moi, s’ils pouvaient ressentir ne serait-ce qu’une heure tout ce que tu as ressenti en écrivant cette lettre… ils changeraient totalement d’avis et te forceraient à agir et à devenir qui tu es vraiment. Si jamais tu décides d’aller de l’avant, tu auras cette tâche de leur expliquer tout ce que tu ressens. Mais ne sous-estime pas leur compréhension et leur amour pour toi. Ils sont déjà si fantastiques qu’ils ne se formalisent pas que tu te travestisse. Il y a de bonnes chances qu’ils acceptent une transition de ta part, surtout s’ils voient qu’elle t’apporte bonheur et réalisations. Tu dis que prendre des hormones t’amènerait des problèmes… Peut-être, mais il est aussi très possible de faire une transition et garder son emploi, sa famille et son couple.
La culpabilité est un sentiment profond et si tu n’arrives pas à bien la cerner, il y a de bonnes chances qu’elle t’empêche de prendre les décisions dont TOI tu as besoin, peut importe ce qu’elles sont. Alors, comment la semer? En parlant de ce que tu vis avec d’autres personnes, proches, psy et même personne trans qui vivent leur différence sans culpabilité (celle qui écrit ces lignes en est une!). Je t’invite à entrer en contact avec l’association LGBT de ta région, qui saura sans doute te mettre en contact avec des ressources pour personnes en questionnement sur leur identité de genre. Tu peux aussi t’inscrire sur un des nombreux forums internet sur le sujet afin de partager ce que tu vis. Parler de qui tu es sera possiblement le meilleur remède contre la honte.
Bonne suite dans ton parcours. N’hésite pas à nous réécrire!


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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