J’aimerais être genré au masculin mais j’ai peur d’en parler à ma famille…


Bonjour, je m’appelle Yuna j’ai 14 ans et je me questionne sur mon “genre”
Pour faire simple, je n’aime pas être une “femme”, j’aurais largement préférer être un homme et c’est depuis longtemps maintenant. Récemment j’ai décider d’être “genrer” au masculin par mes amis, connaissances et quelques profs de mon établissement. Et comme on pouvait s’y attendre, la question famille est apparu à chaque fois, j’en ai pas encore parler à mes parents et honnêtement je sais pas si je devraient leur dire ou non. Ils ne sont pas fermé d’esprit et je sais que j’ai limite aucunes chances de finir dehors à cause ça.
Je suis quelqu’un qui anticipe beaucoup les choses et j’ai peur qu’ils me disent que je fais ça juste pour le style ou pour faire comme tout les autres. J’ai également décider de changer de prénom il n’y a pas si longtemps et j’ai choisi “Yuna”, on me dit que c’est plus un prénom dit “féminin” que “masculin” et je sais pas trop quoi faire. Je voudrais également changer mon apparence pour paraître un peu plus “masculin” mais étant donné que je suis encore sous l’autorité de mes parents, je ne peux pas couper mes cheveux trop court, avoir des vêtements trop “homme” ou autre.
Je sais que je demande beaucoup de choses mais j’veux juste me sentir bien dans ma peau et qu’on arrête de me dire que je suis né femme et que je peux pas devenir un homme, ça peut paraître un peu précipité ou autre mais j’y pense depuis maintenant quelques années. S’il vous plaît aidez moi :'(

Yuna

Salut Yuna!

 

J’adore ton prénom en passant 🙂 C’est la première fois que je l’entends, je ne pourrais honnêtement pas dire s’il sonne “féminin” ou “masculin” mais je le trouve cool et l’important est surtout que toi tu l’aimes et qu’il sonne “comme toi”.

 

Donc, tu aimerais peut-être dire à tes parents que tu te sens comme un homme, ou en tout cas que tu ne te sens pas comme une femme, dans l’espoir qu’iels te genrent au masculin et utilisent ton nouveau nom puis te laisse te couper les cheveux courts et porter des vêtements plus masculins. Je t’assure que tu n’en demandes pas trop, loin de là! Selon toi, tes parents sont suffisamment ouvert·e·s que ce dévoilement ne te mettrait pas en grave danger, mais tu redoutes quand même certains propos invalidants de leur part.

 

Alors premièrement, je tiens à dire que ce n’est pas la fin du monde si tu décides de ne pas leur annoncer, ou du moins de ne pas leur annoncer tout de suite. Faire un coming out peut demander beaucoup d’efforts et d’énergie et avoir certains risques si ça ne se passe pas comme prévu. Beaucoup de personnes trans attendent d’être adulte avant de parler de leur genre à leur famille dans le but de se protéger, c’est correct et ça ne change pas leurs identités ou leurs possibilités de transition. Sans parler du fait que tu es un garçon, tu pourrais tout de même leur demander des coupes de cheveux et des vêtements graduellement de plus en plus masculins. Par contre, je note que tu réfléchis à ton genre depuis plusieurs années, que tu as déjà de l’expérience en ayant fait tes coming out auprès de tes ami·e·s et à l’école et que tu as l’impression que tes parents pourraient relativement bien réagir. C’est des bons signes si tu décides d’aller de l’avant! Mais encore une fois, tu n’as pas à te mettre de pression de le faire si tu ne te sens pas encore prêt.

 

Dans l’éventualité où tu irais de l’avant avec un coming out, il y a plusieurs avenues que tu pourrais emprunter. Selon ce que tu préfères, tu pourrais planifier tous les éléments que tu aimerais aborder (tes demandes pour elleux, les changements que tu aimerais faire au niveau de ton apparence, les choses qui ne changeront pas comme ta personnalité et ta relation avec elleux) ou y aller plus spontanément selon l’inspiration du moment et les questions que tes parents te posent. Tu pourrais faire une annonce par écrit (une lettre ou un courriel) ou lors d’une discussion, joindre ou faire imprimer des ressources d’information, le faire en privé ou en compagnie de personnes de confiance. 

 

En termes de ressources en ligne, sur le site WikiTrans, tu peux trouver des modèles de lettres de coming out, des pamphlets sur les idées reçues à propos de la transidentité et sur le soutien à offrir à un·e proche trans. Sur le site C’est Comme ça il y a quelques unes des réactions négatives plus courantes face à un coming out et des exemples de réponses. À l’origine elles ont été écrites pour l’orientation sexuelle, mais elles peuvent être adaptées facilement!

 

Spécifiquement, tu dis craindre que tes parents te disent que tu veux être un garçon “seulement pour le style” ou “pour faire comme les autres”, en d’autres mots, qu’iels mettent en doute ta perception en insinuant que tu te serais fait influencer. C’est clairement faux, une stratégie pour leur expliquer pourrait être de faire un revirement de situation : par exemple demander à ta mère si elle est femme parce que toutes ses amies sont des femmes ou parce qu’elle lit des magazine et écoute des émissions mettant en scène des femmes. Évidemment que non, parce que l’identité de genre est une réflexion personnelle et intime sur qui on est, ce qu’on aime et comment l’exprimer au monde extérieur. Qui plus est, la FAQ du site de Jeunes Identités Créatives pourrait aussi ajouter quelques nuances et détails sur le sujet :

Qu’est-ce que l’identité de genre?

L’identité de genre est notre sens profond de soi. C’est quelque chose que l’on ressent de l’intérieur — c’est un sentiment très intime et puissant. Ce sens interne peut être soit masculin, féminin, un mélange des deux, aucun des deux ou toute autre variation. L’identité de genre fait également référence aux mots que nous utilisons pour la décrire (ex. : femme, homme, non-binaire, etc.). Le langage qu’une personne utilise pour nommer son identité se situe sur un spectre et peut évoluer dans le temps, notamment à travers la découverte de soi et l’accès à un vocabulaire plus diversifié.

 

Être trans, est-ce une nouvelle mode?

Non, être trans n’est pas une nouvelle mode. Les personnes trans existent depuis toujours. On peut avoir l’impression qu’il y en a de plus en plus simplement parce qu’il y a plus de personnes trans qui se sentent en sécurité d’explorer et d’affirmer leur identité de genre ouvertement. Grâce à un contexte social plus ouvert, les personnes trans et leurs familles ont accès à plus d’information, de ressources et de mots qui leur permet de nommer et verbaliser ce qu’elles vivent depuis toujours et de trouver le soutien qui leur est nécessaire.

 

Peut-on être trop jeune pour être trans?

Il n’y a pas d’âge pour être trans! Selon la recherche, l’identité de genre se développe durant la petite enfance pour tout le monde. Ceci veut dire que le questionnement par rapport à l’identité de genre ou l’auto-identificiation avec une identité de genre qui diffère de celle qui nous a été assignée à la naissance peuvent avoir lieu tôt dans la vie. On peut donc commencer à s’identifier comme trans et/ou non-binaire lorsque notre identité de genre ne correspond pas, ou partiellement, à celle qui nous a été assignée à la naissance à un très jeune âge.

 

Le dernier point sur lequel j’aimerais revenir est que tu aimerais qu’on arrête de te dire que tu ne pourras pas “devenir un homme” parce que tu es “né femme”. Tu es né bébé, ton anatomie et tes organes génitaux n’ont pas à déterminer quoi que ce soit en tant que tel. Et à ce que je peux comprendre, tu ne vas pas devenir homme, tu l’es déjà, tu cherches simplement à pouvoir le montrer plus clairement aux autres autour de toi 🙂

 

Voilààà j’espère que mon message correspond à l’aide que tu cherchais. N’hésite pas à nous réécrire s’il y a autre chose que tu aimerais approfondir.

 

En te souhaite la meilleure des chances et une excellente semaine,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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