J’ai le dégoût des vulves, mais je suis amoureux d’une femme! Aidez-moi!


Bonjour , je vous contact parce que je suis perdu j ai 33 ans je suis un homme et j ai parler à des hommes échanger des photos avec et regarder du porno gay avec ejaculation , puis j ai rencontrer trois filles durants ma vie dont je suis tomber amoureux vraiment amoureux et maintenant je ne suis plus avec elle , peur de ne pas être à la hauteur avec elles sexuellement je n ai jamais eu de rapports sexuelles ce que je sais c est que j avais une érection à chaque fois que j étais avec ma copine je sais plus quoi faire aidez moi
Svp j ai besoin d aide je suis un homme j ai jamais eu de relation sexuelle et je suis amoureux d une fille mais j ai le dégoût et je trouve le sexe féminin moche ce n est pas normal aidez moi svp

Bonjour cher Nador,
Tu nous expliques que tu as été amoureux de plusieurs femmes au cours de ta vie, que tu ressens une grande pression à « bien performer » lors d’éventuelles interactions sexuelles avec les femmes qui te plaisent, que tu as eu certains rapprochements avec des hommes (discussions, échanges de photos, consommation de pornographie mettant en scène des hommes…), que tu n’as jamais eu de relations sexuelles, que tu trouves les vulves inesthétiques, voire repoussantes, et que tu te sens perdu ces temps-ci. Toutes ces réflexions sont très prenantes et te causent beaucoup de désarroi. Je suis désolée que tu vives autant d’inconfort, mais je suis heureuse que tu t’ouvres à ce sujet. Discuter de ce qui nous pèse lourd constitue souvent un bon début pour se sentir mieux et y voir plus clair. Merci de nous accorder ta confiance en cette période qui semble très stressante pour toi. On va essayer de démêler la situation ensemble. Tu peux nous écrire à nouveau si tu en ressens le besoin, si tu souhaites aborder certains éléments plus en profondeur ou encore te pencher sur de nouveaux éléments. 
 
D’abord, sache qu’il n’y a rien de mal à consommer de la pornographie montrant des adultes consentants, peu importe leur genre. D’ailleurs, la pornographie est une industrie qui vise spécifiquement à provoquer des sensations et des réactions vives. C’est normal de trouver certaines images excitantes, cela ne détermine pas nécessairement les comportements que nous allons adopter dans nos propres relations. Tant que nous demeurons conscient.e.s qu’il s’agit de mises en scène (comme tu le sais, dans la vie de tous les jours, c’est normal – et souhaitable! – que les gens n’aient pas tous les mêmes types de corps [musclés, impeccablement épilés, retouchés par la chirurgie esthétique, etc.], nous n’avons pas accès à l’équipement d’un plateau de tournage ni à la magie du montage vidéo; nous ne sommes pas tou.te.s des professionnel.le.s; c’est assez rare d’avoir un pénis grand comme un tibia, des seins qui défient les lois de la gravité, des éjaculations méritant une médaille olympique, etc.) et que notre consommation de pornographie n’a pas d’impact négatif sur les autres sphères de notre vie, il ne semble pas y avoir de problème en soi. Qu’en dis-tu? 
 
En ce qui concerne tes discussions personnelles et les photos envoyées à d’autres hommes, si tes interlocuteurs et toi êtes d’accord pour partager des conversations et des images excitantes, c’est super! Vous pouvez profiter de ces échanges agréables en toute quiétude. C’est d’ailleurs une chouette alternative à des rencontres face à face pendant la période de confinement engendrée par la pandémie du coronavirus. Un petit rappel au passage : selon le Code pénal français, envoyer des images sexy sans d’abord avoir clairement vérifié que l’autre a envie de les recevoir, c’est interdit (article 222-32) et diffuser les images intimes d’une autre personne sans qu’elle ait donné son accord, c’est un crime (article 226-2-1).
 
Tu mentionnes avoir eu des sentiments forts pour plusieurs femmes, mais ton message n’indique pas si ces sentiments sont accompagnés de désir physique. Tu sais, ça arrive relativement souvent que des gens ressentent une attirance physique pour un certain type de personnes et qu’ils ressentent une attirance émotionnelle pour un autre type de personnes. L’orientation sexuelle et l’orientation romantique ne coïncident pas toujours à 100%, et ce n’est pas négatif. Il y a autant de combinaisons d’attirances possibles qu’il y a d’humains (tu peux jeter un coup d’œil à ce schéma si tu le souhaites, les deux dernières catégories illustrent assez clairement comment peuvent fonctionner nos attirances sexuelles et sentimentales). As-tu déjà pris le temps de te demander quel(s) genre(s) de personnes t’attire(nt), amoureusement, sexuellement? Tu es amoureux d’une fille en ce moment. Ressens-tu du désir pour elle? As-tu envie d’ajouter une dimension sexuelle à votre relation? En a-t-elle envie elle aussi? Si jamais tu réponds « non » à l’une de ces questions, je tiens à te rappeler qu’une relation amoureuse n’implique pas nécessairement d’avoir des rapports sexuels. C’est tout à fait acceptable d’être amoureux.se sans avoir de relations sexuelles. C’est également valable d’avoir des relations sexuelles sans être dans des dynamiques amoureuses, de n’avoir ni relations sexuelles ni relations amoureuses ou encore de vouloir vivre des relations amoureuses et sexuelles… Toutes ces options sont valides, il faut simplement trouver celle(s) qui te convien(nen)t et qui convien(nen)t à tes partenaires. 
 
Tu trouves les vulves et les vagins moches. Parfois, on peut éprouver du dégoût envers ce dont nous n’avons pas l’habitude. Ça peut effectivement être très déstabilisant, un corps que nous ne connaissons pas. Voudrais-tu demander à cette fille dont tu es amoureux de te dire ou te montrer comment elle aime être touchée, pour apprivoiser lentement les nouvelles situations? Parfois, nous pouvons aussi avoir des préjugés négatifs qui sont alimentés par de fausses croyances (ex. : que les organes génitaux seraient nécessairement sales, compliqués, etc.). D’autres fois, nous avons vécu des expériences très désagréables qui nous marquent et influencent notre zone de confort. Enfin, parfois, nous n’avons simplement pas envie d’avoir certains types de contacts et c’est absolument légitime d’écouter nos propres limites. Es-tu en mesure de cerner un peu plus précisément ce qui te rebute? Saurais-tu identifier certaines raisons derrière ce dégoût? Je précise que je ne suis ni médecin ni psychologue. Je soulève certaines pistes de réflexion. Tu seras toujours la seule personne à pouvoir juger de ce qui te correspond réellement ou non. 
 
De plus, une relation sexuelle, ça ne se résume pas à des contacts uniquement génitaux. Il y a toute une panoplie de gestes (et de jouets) qui peuvent être agréables pour tes partenaires et toi. Si tu te sens curieux, tu peux notamment jeter un coup d’œil au site web Oh Joy Sex Toy. Tu y trouveras de nombreuses bandes dessinées bienveillantes et informatives à propos d’une multitude de sujets : masturbation, jeux sensuels, cunnilingus, fellation, pénétration anale, pénétration vaginale, etc. (à noter : le contenu du site web est explicitement sexuel, si on préfère éviter de voir des dessins de corps nus, il vaut mieux s’abstenir de consulter l’hyperlien). As-tu pensé à ce que tu aimes, à ce que tu as envie de vivre? Je te suggère d’en parler avec ton amoureuse. Cela vous permettrait de vous mettre sur la même longueur d’onde, de lui demander ce qui lui plaît, de lui nommer ce qui te plaît à toi, de trouver vos intérêts communs et compatibles. Ça peut être intimidant comme conversations, c’est vrai, mais ça me semble être la façon la plus efficace pour que vous puissiez savoir clairement ce dont vous avez envie et comment vous souhaitez que les choses se passent. Ce sont d’ailleurs des conversations bien utiles entre n’importe quel(le)s partenaires. Ce n’est pas une question d’avoir eu ou non certaines expériences sexuelles auparavant. Ces discussions pourraient possiblement enlever une partie de la pression que tu ressens. Ça me semble bien plus stressant d’essayer de deviner ce que l’autre aime plutôt que d’être à l’écoute de ce que l’autre nous communique. Non? Les goûts et préférences varient de personne en personne, et c’est tout à fait normal. On ne peut pas connaître à l’avance ce que chacun.e aime. La seule façon d’en avoir le cœur net, c’est de le demander. Ces discussions peuvent même devenir des activités sexy. Qu’en penses-tu? Si tu décides d’avoir ces conversations, je te suggère de d’abord les tenir dans des moments tranquilles plutôt que dans le feu de l’action. Si tu cliques ici, tu trouveras plusieurs listes Yes / No / Maybe. Elles pourraient t’aider à poursuivre tes réflexions et à entamer certaines discussions. 
 
Je te laisse ci-dessous quelques réponses rédigées par des collègues pouvant t’intéresser. 

 
Par ailleurs, une autre piste pour limiter le stress que nous pouvons ressentir à l’idée d’avoir des relations sexuelles, c’est d’être proactif.ve.s dans notre manière de gérer les risques quant aux ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) et grossesses indésirées (un autre petit rappel : il n’y a pas que la pénétration anale ou vaginale qui comporte des risques de liés aux ITSS). Quand je parle d’être proactif.ve, je pense notamment à :

  • discuter ouvertement de méthodes de protection et de contraception avec ses partenaires, 
  • choisir les méthodes les plus appropriées aux spécificités du contexte, 
  • passer des tests de dépistage et, si les résultats des tests indiquent la présence d’une ITSS, avertir les personnes avec qui on a eu des relations sexuelles ainsi que suivre les conseils et traitements proposés par les professionnel.le.s de la santé. 

Bonus : en plus de protéger les partenaires impliqué.e.s, les condoms et digues dentaires te rendraient possiblement un peu plus à l’aise si tu as envie d’avoir des rapports sexuels avec quelqu’un qui a une vulve, mais que cette partie du corps ne t’attire pas… Il n’y aurait aucun contact direct entre ton corps et la vulve de l’autre. Tu pourrais même porter des gants de latex ou de nitrile si cela te rend plus confortable.  
 
Enfin, j’aimerais aborder le fait que, dans certains milieux et dans certaines situations, on peut ressentir (et se mettre) une pression très forte à avoir des relations sexuelles, pour être comme les autres, pour se sentir homme, pour se sentir désirable, etc. Te reconnais-tu là-dedans? En vérité, ta masculinité est un élément parmi plusieurs autres qui constituent ton identité, et le fait d’avoir ou non des relations sexuelles ne rend aucun individu meilleur ou pire que les autres, plus viril ou moins viril que les autres (malgré ce que certains messages collectifs peuvent encore malheureusement nous porter à croire). L’essentiel, c’est d’être à l’écoute de soi et de ses partenaires. Si l’un.e d’entre vous n’est pas enthousiaste à l’idée d’adopter certaines pratiques, ne vous forcez pas. Vous n’avez jamais à faire quoi que ce soit qui ne vous semble pas plaisant. Il y aura toujours d’autres options.  
 
Si tes réflexions autour de la sexualité continuent d’être très stressantes et/ou envahissantes, tu pourrais peut-être consulter un.e psychologue ou un.e sexologue. Ces professionnel.le.s seront en mesure de t’offrir du soutien davantage en profondeur. 
 
Prends bien soin de toi et n’hésite pas à nous faire signe au besoin,
 
Marianne, bénévole pour AlterHéros


About Marianne

Marianne est une femme bisexuelle. Elle s’intéresse notamment aux féminismes – intersectionnels –, à la justice sociale, au langage, aux questions de représentation ainsi qu’aux arts de la scène.

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