J’ai détransitionnée suite à des commentaires transphobes, avez-vous des conseils pour moi?


Bonjour ou Bonsoir !
J’ai déjà posé 2 questions ici et vous m’avez été d’une grande aide…
Je suis une femme trans de 27 ans vivant dans l’Est de la France. Je suis bien renseignée sur les termes utilisées quant à la transidentité. En effet, après avoir fait un coming out en 2018 et après avoir enchaîné sur une transition sociale et médicale, je suis tombée dans la drogue et j’ai dû arrêté la transition suite à un violent passage en hôpital. En 2019/2020, j’ai réitéré ma transition médicale en passant tout un tas d’examen médicaux avec tout le processus pathologisant qui s’y mêle. Après 1 an et demi à me battre jour après jour, je me suis levée un matin en décidant d’arrêter la transition car j’étais à bout… Je n’en pouvais plus de tous ces rendez-vous, de cette pression sociale, de ces regards et de ces moqueries… Mon entourage n’a pas compris ce choix. N’ayant pas de réel pilier familial et passant 90% de mon temps seule malgré le fait que je fréquentais une association, j’ai décidé de protéger mon identité. Beaucoup de personnes m’ont vue féminisée et revenir à une expression de genre masculine. Mon entourage était dans l’incompréhension. Il y a des mots qui résonnent dans ma tête comme ceux d’une femme trans de 50 ans qui m’aidait à avancer dans la transition et qui me répétait “il faut être forte”, “c’est une erreur de pas faire de transition”. Je me comparais beaucoup à elle (elle réagissait très bien aux hormones, moi beaucoup moins par exemple). Du jour au lendemain, j’ai perdu contact avec elle…
Je me demande maintenant si c’est une erreur de ne pas avoir continué… J’y ai mis tellement d’énergie. Je trouve que la France marginalise beaucoup trop les personnes trans à tel point que j’en viens à cette philosophie de me dire que je ne ferai rien pour cette société…
J’ai donc a l’heure actuelle détransitionné.
Certaines personnes me disent soit que je n’étais pas prête soit que je ne me suis pas donnée les moyens. J’ai du mal à me faire comprendre sur ce choix de détransitionner. La dysphorie existe-t-elle ? J’ai vu 2 psychologues et une psychiatre qui me disent que ce sont des termes d’internet. Je ne ressens pas spécialement de mal être mais je reste assez sensible voit hypersensible par moment. Parallèlement à ça, j’ai un suivi psy pour mes antécédents médicaux concernant la prise de drogue. La psy qui me suit me dit qu’elle est pas compétente pour suivre une catégorie de personnes marginales et me considère comme un homme homosexuel (ce à quoi je ressemble en apparence selon les stéréotypes). Je me demande si on peut s’épanouir sans transition. Je vois tellement de trans super jolies sur les réseaux sociaux et moi quand j’ai transitionné, je m’apparentais plus à un travesti.
Enfin voilà, j’ai un peu de peine et je me sens triste par moment. Je n’arrive pas à aller de l’avant. J’ai jeté tous mes habits féminins et refait des papiers d’identité masculins en conservant mon changement de prénom qui est mixte. Je prends soin de moi mais dans un style masculin.
Auriez vous des conseils à me donner ?
J’espère avoir été clair.
Cordialement.

Rebonjour Morgann!

 

Merci de nous écrire et de nous faire confiance à nouveau 🙂 Je suis content·e que nos premières réponses te furent utiles dans ton parcours.

 

Tu parles donc des deux épisodes où tu as du détransitionner pour des raisons légitimes. Parfois, lorsqu’on est confronté·e à de la violence ou des problèmes de santé, il s’agit d’une option plus facile, voire même de sa seule et unique issue. De ce que je comprends, ton choix d’avoir détransitionné n’en était pas vraiment un, tu t’es retrouvé à prendre cette décision à cause de facteurs externes. S’il était possible pour toi d’effectuer un processus de transition facile d’accès et socialement accepté, les choses seraient peut-être différentes.

 

Tu nommes les commentaires de psychologues et psychiatres contestant l’existence même de la dysphorie de genre. Il y a des psy qui croient que l’analyse des rêves permet de traiter des problématiques en santé mentale, ou encore que l’enfance est l’élément le plus important pour comprendre une personne. Sans vouloir remettre en question l’ensemble de la psychologie clinique moderne, être psy n’est pas une passe directe à la vérité ultime et universelle. Les psy peuvent avoir des biais et des préjugés, iels peuvent avoir tort parfois. Il y a définitivement des personnes qui ressentent de la dysphorie, même si le terme exact n’a pas toujours existé. D’ailleurs, la dysphorie n’est pas toujours une souffrance physique intense, ça peut prendre la forme d’une sensibilité accrue, d’une réaction de gêne à certains termes genrés ou un malaise avec certaines parties de son corps.

 

J’aimerais t’inviter à cultiver de la compassion envers toi-même. Un truc que j’essaye de me rappeler c’est que la plupart des erreurs peuvent être assez facilement corrigées. C’est presque toujours possible de réajuster le tir, de se reprendre et de réessayer. Même après deux arrêts, si aujourd’hui tu sens que c’est le bon moment, que tu as l’énergie, les capacités et le goût tu pourrais décider féminiser ton apparence. Tu pourrais racheter des vêtements, reprendre les hormones et rechanger tes papiers. Je comprends que cela peut sembler difficile, voire impossible, mais c’est des possibilités tout-à-fait réalistes.

 

Le contexte de transphobie en France est quelque chose qui t’affecte beaucoup. Selon toi, est-ce que la situation est identique ou semblable dans les différentes régions françaises? Dans d’autres pays francophones? Un déménagement ou une immigration peut être complexe, mais se force à fondre dans le décor d’une société qui ne nous accepte pas l’est tout autant sinon plus. J’aimerais te dire qu’il est possible de trouver une communauté trans-affirmative. Même s’il s’agit uniquement d’une asso comme celle que tu fréquentais, c’est possible de vouloir participer et contribuer à un groupe en particulier  où l’on se sent en sécurité, en gardant un manque de confiance pour le reste de la société.

 

Dans ton message, tu cherchais à savoir s’il est possible de s’épanouir sans faire de transition. Je crois qu’il y a plusieurs sphères de la vie dans lesquelles il est possible de s’investir afin de se sentir bien, la guérison, la sobriété et prendre soin de soi par exemple. C’est possible que ton impression de manquer quelque chose ou de faire une erreur reste présente par contre. Il y aurait aussi l’option de trouver un compromis, un mélange de caractéristiques féminines et masculines qui ne correspond peut-être pas aux idéaux binaires classiques mais qui puissent te convenir.

 

Je remarque aussi que tu regrettes de ne pas ressembler aux femmes trans que tu admires, par exemple sur les réseaux sociaux. Tu sais, beaucoup de femmes cisgenres ressentent également ce sentiment d’être inadéquates ou inférieures en comparaison des femmes représentées dans les médias et les magazines. Il y a toujours des femmes plus jeunes, plus minces, plus blanches, plus féminines. Cis ou trans, c’est difficile de ne pas se comparer, mais je dirais que c’est possible de s’inspirer de ces femmes sans ls envier. Tu pourrais apprendre des techniques de maquillage, laisser pousser tes cheveux et porter des vêtements que tu aimes. Pas obligé d’être une top model pour être bien dans sa peau. Effectuer une transition prend du temps et des efforts, c’est des compétences à apprendre, comme conduire une voiture ou jouer d’un instrument de musique.

 

Bref, si j’avais à te donner un conseil je crois que ce serait de trouver un équilibre entre le niveau d’efforts que tu es capable de mettre et les résultats que tu aimerais atteindre. Il n’y a peut-être pas de solution miracle dans laquelle tu peux tout faire parfaitement du premier coup sans aucun obstacle ni conséquence négatives. Tu peux tenter une nouvelle transition et subir les rencontres médicales et les réactions des gens, tu peux rester avec le statu-quo et vivre avec l’inconfort et l’impression d’avoir manqué quelque chose, tu peux aussi te diriger quelque part entre les deux ou trouver une autre solution. Le plus important est que tu arrives à une éventualité viable, et même confortable si possible.

 

J’espère que mes quelques pensées sur le sujet viennent rejoindre un peu ce que tu cherchais. Hésite pas à me partager ce que tu en penses si tu en a envie.

 

Toujours un plaisir, 


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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