J’ai déjà pensé être demi-girl et non-binaire, mais je ne sais pas… Avez-vous des conseils?


Bonjour ! Avant tout, je sais que je suis surement un peu jeune pour me poser ce genre de questions, mais ça me taraude vraiment.
Mon identité de genre assignée à la naissance est fille. Mais je me pose vraiment beaucoup de questions par rapport à mon genre. Parfois quand je pense par rapport à moi même, il m’arrive de dire iel, ou même parfois de dire par exemple “gentil” au lieu de dire gentille, et dans ma tête ce n’est pas vraiment nécessaire de corriger. J’ai déjà pensé être demi-girl non-binaire, mais je ne sais pas… A chaque fois que je me fais une supposition, dans ma tête ça hurle “JE SAIS PAS”. Je ne suis pas du tout féminine dans ma façon de m’habiller (je déteste les jupes/robes et préfère souvent m’habiller au rayon garçon même si j’ai un peu peur de le dire à ma mère). J’en ai parlé à ma mère et elle m’a dit que j’y accordait trop d’importance et que j’était trop jeune. A-t-elle raison ? Avez vous des conseils ?

Lanadey

Bonjour à toi!

 

Alors pour commencer je ne suis pas d’accord avec ta mère : je ne pense pas que tu sois trop jeune pour réfléchir à ton genre! 🙂 Juste dans ton message, je peux clairement voir que tu arrives à comprendre ce que c’est l’identité de genre, ce que tu veux et de dont tu n’es pas encore certain. Indépendamment de ton âge, tu arrives à faire preuve de nuance dans tes explications et d’autonomie dans ton identité.

 

Il n’y a pas d’âge spécifique pour découvrir ou se poser des questions sur son genre, ça peut arriver à n’importe quel moment de la vie selon les parcours des personnes. C’est différent pour tout le monde! Je peux te nommer quelques exemples pour te donner une idée. Parfois, il arrive que les années entourant la puberté soient significatives et que les changements y étant associés apportent de l’anxiété ou de l’inconfort et fassent réaliser la présence d’autres sentiments en lien avec son genre. Mais pas toujours, pour certain.e.s la prise de conscience a lieu beaucoup plus tard (ou encore plus tôt). Parfois, les questionnements peuvent commencer par des pensées, des désirs ou des rêves plutôt vagues sans que l’on en comprenne le sens pour ensuite se concrétiser et se préciser. Ça peut se faire par un processus plus ou moins long ou encore par réalisation soudaine.

 

Je crois qu’un truc qui aide beaucoup de personnes c’est de trouver des modèles ou de voir des témoignages qui viennent rejoindre leurs expériences. Ça peut être des vraies personnes ou encore des personnages fictifs dans des livres ou des films. Dans son excellent texte “ni homme ni femme ni neutre” mon collègue Séré explore toute la diversité et la pluralité des expériences de la non-binairté et iel met les quelques exemples suivants :

  • Personne non-binaire qui a d’abord fait son coming-out en tant que femme trans. S’est rendu compte, en transitionnant et en devenant plus à l’aise avec son identité et son expression de genre, que le terme demigirl se rapproche plus de son identité que le terme femme. Utilise les pronoms elle et iel. 
  • Personne dont le genre varie de jour et jour et de saison en saison. Son genre a trois composantes : une masculine, une féminine et une agenre. Préfère des pronoms différents selon les variations de son genre, mais trouve que le pronom ol représente bien son genre dans l’ensemble.
  • Personne non-binaire qui n’a pas vraiment trouvé de terme qui définit plus précisément son identité et qui n’en a pas besoin non plus. N’utilise pas de pronoms, préfère plutôt que l’on répète son prénom à la place.Personne assignée fille à la naissance qui a une expression de genre féminine et qui est à l’aise d’être perçue comme femme par la société en général, même si en réalité, le genre féminin n’est qu’un de ses nombreux genres. Préfère que l’on utilise plusieurs pronoms en alternance.
  • Personne transmasculine genderqueer. Est beaucoup plus à l’aise de se faire percevoir comme homme que comme femme, mais préfèrerait beaucoup plus pouvoir exprimer sa féminité librement, sans craindre de se faire genrer au féminin. Utilise le pronom iel avec les personnes éduquées sur les enjeux non-binaires, et il avec le reste du monde.

 

Comme tu peux voir il y a plein de vécus et aussi plein de façon de mettre des mots sur ceux-ci. Est-ce que tu te reconnais davantage dans l’un d’entre eux?

 

Un deuxième truc qui peut aider à se comprendre, c’est de faire des essais et des expérimentations. Tu as commencé avec des pronoms et des accords dans ta tête, tu pourrais éventuellement demander à des ami.e.s, des adultes de confiance ou des membres de ta famille de les utiliser par exemple. Tu pourrais essayer un nouveau prénom ou surnom, expérimenter avec ta coupe de cheveux, des vêtements ou des accessoires. L’identité de genre (qui tu es à l’intérieur) n’est pas la même chose que l’expression de genre (comment tu te présentes au reste du monde), l’un a parfois un impact sur l’autre mais pas toujours. C’est possible d’aimer ou de détester les robes en étant un garçon, une fille, cis ou trans ou encore une personne non-binaire. À travers tes expériences, je t’encourage à rester à l’écoute de ce qui te fait du bien, ce qui fait du sens, ce qui te rassure, te réconforte ou te fait sourire. 

 

Et c’est correct de ne pas savoir et d’hésiter! Il n’y a pas toujours de réponse claire et finale, de case fixe dans laquelle on rentre facilement et rapidement. C’est plus une discussion à avoir avec soi-même et avec le monde qu’une simple question/réponse.

 

Un dernier truc, concernant ta mère qui a invalidé ton genre en raison de ton âge, je peux te donner quelques textes qui contiennent des arguments qui pourraient possiblement la convaincre. Tu pourrais les lire et essayer de lui en parler, ou encore les lui donner directement. Tu pourrais aussi lui dire de nous écrire si le cœur t’en dit. 🙂

 

J’espère que ces quelques pistes de conseils te seront tout de même utiles! Tu peux nous écrire à nouveau si tu en resens le besoin.

 

Passe une bonne semaine,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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