Est-ce que l’utilisation du porno de temps en temps a des effets dévastateurs?


Bonjour, j’ai une question qui me tarode depuis quelque temps, je sais que l’utilisation du porno n’est pas bon. J’ai donc pris la décision d’arrêter mais c’est très compliqué mais je me demandais si l’utilisation du porno de temps en temps ( 1 fois p r semaine grand max ) l’était lui aussi ou si il avait les même effet dévastateur.

Bonjour Lucas,

D’abord, j’aimerais te remercier d’écrire à AlterHéros et de nous faire confiance pour nous parler de tes questionnements. Sache qu’ici, tu seras reçu sans jugement et avec respect. Tu as donc frappé au bon endroit pour avoir une réponse à tes interrogations. Dans ta question, tu mentionnes que tu as pris la décision d’arrêter d’écouter de la pornographie et tu te demandes si l’utilisation du porno, de temps à autre, peut être néfaste, même s’il est utilisé de façon plus modérée. Est-ce que bien cela? J’espère avoir bien compris. Je tâcherai de répondre au meilleur de mes capacités.

Dans ta question, tu affirmes que l’utilisation du porno n’est pas bon. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle tu as choisi d’arrêter d’en consommer. Qu’est-ce qui te laisse croire que le fait d’utiliser de la pornographie est mal? D’où vient cette conception? Il y a effectivement certains « risques » à consommer de la pornographie (si je peux le dire ainsi), mais il y a également plusieurs aspects émancipateurs pouvant être associé à la porno, comme le fait de découvrir certaines préférences sexuelles, d’explorer différents fantasmes, d’enrichir ton imaginaire érotique et de trouver du plaisir en regardant différents scénarios. 

Sache qu’il est absolument normal de ressentir de la curiosité à l’égard de la pornographie et d’explorer à ce niveau. Puisque tu indiques avoir entre 14 et 18 ans, je me permets de te rappeler que le contenu pornographique s’adresse à des personnes majeures. En effet, sa consommation dès un très jeune âge peut compliquer le rapport à la sexualité en donnant une image déconnectée de la réalité. Il s’agit d’une des raisons pourquoi la porno est réservée aux adultes qui, généralement, ont eu le temps de construire leur propre conception de la sexualité avant d’être influencé par la pornographie. 

Bien sûr, aujourd’hui, avec Internet, l’accès est beaucoup plus facile et l’offre beaucoup plus diversifiée. Il devient donc parfois difficile de s’y retrouver. Loin de moi l’idée de vouloir te faire la morale à ce sujet, mais il est important, et ce peu importe l’âge, de connaître les intentions de la pornographie pour que ton rapport face à cette industrie demeure critique tout en te permettant une exploration de ta sexualité. Le blâme d’en consommer ne te revient donc pas, mais il est important d’avoir un accompagnement approprié en ce sens (qui devrait notamment être effectué par l’éducation sexuelle dans les écoles, mais qui n’est pas toujours fait malheureusement).Ce que je veux dire par ici, c’est que plus on comprend les dessous de cette industrie et de ce qu’elle comporte, plus on sera en mesure d’avoir une pensée critique et de choisir d’écouter de la porno qui convient mieux à nos besoins. 

Permets-moi d’emprunter les mots de mon collègue Guillaume pour faire un petit topo à ce sujet: « la pornographie est une grande industrie dont l’objectif premier est de faire de l’argent. On s’entend là-dessus, n’est-ce pas? Pour ce faire, la porno nous vend des images et des scénarios dont l’objectif est d’allumer notre imagination et, conséquemment, nous exciter. Puisque notre cerveau est notre principal organe sexuel, il est normal d’être excité par certaines images dont nous n’avons pas l’habitude de voir au quotidien ». Il est donc tout à fait sain d’être excité par certains scénarios et ce, même s’ils mettent en scène des réalités différentes de nos expériences ou de nos désirs dans la vraie vie. Ceci étant dit, c’est à toi de voir si tu te sens à l’aise d’écouter de la porno. 

Qu’est-ce qui t’excite dans le fait d’écouter de la pornographie? As-tu déjà parlé de pornographie avec des gens de ton entourage en qui tu as confiance? Peu importe les réponses à ces questions, sache que tu as le pouvoir sur les actions que tu désires poser en ce sens et la décision de consommer, ou non, de la pornographie te revient. Certaines personnes choisissent de ne pas regarder de pornographie et opteront plutôt pour la lecture ou l’écriture de nouvelles érotiques, ou préféreront utiliser leur imagination pour créer certains scénarios dans leur tête. D’autres choisiront de regarder des vidéos, des photos, des enregistrements audios ou des films pornos et c’est tout à fait correct ainsi. Pour ce qui est de la fréquence, certaines personnes choisissent de poser une limite (comme le fait d’en regarder une fois par semaine seulement), ce qui permet de contrôler leur consommation, alors que d’autres choisiront d’en consommer lorsqu’ils ou elles en ont envie.

Je te rappelle que la consommation de pornographie n’est pas en soi néfaste. Par contre, comme je le mentionne dans une de mes anciennes réponses, « une consommation excessive de pornographie peut avoir certaines répercussions néfastes. Comment déterminer si notre consommation est excessive? C’est la fréquence d’un comportement, son contexte et les impacts que cela a dans ta vie qui peuvent t’indiquer si un comportement est sain ou non. C’est à toi de voir où tu te situes dans tout ça. À toi de voir ce qui te convient, tant que tu te sens bien dans la situation». 

Bien sûr, si tu choisis de continuer de regarder de la porno, il est important de garder en tête certains éléments, comme le fait qu’il peut exister un décalage entre ce qu’on voit à l’écran en regardant de la porno et ce qu’on arrive à reproduire dans la réalité. Par exemple, la capacité à orgasmer une ou plusieurs fois n’est pas une possibilité pour tout le monde. Le fait de tenir une érection très longtemps n’est pas possible à tout moment, voire pas possible du tout (et n’est pas nécessaire pour combler son.sa partenaire). L’orgasme n’est pas une finalité en soit et toute la relation sexuelle ne devrait pas tourner uniquement autour de cela. C’est ce genre de choses qu’il est important de pouvoir garder en tête lorsqu’on écoute de la porno. 

Aussi, dans les scénarios pornographiques, la communication est moins présente, voire absente, alors qu’on sait à quel point le fait de communiquer nos besoins est important lorsqu’on explore différents aspects de notre sexualité. De plus, il est important de comprendre que les séquences que l’on voit dans les scènes pornos nous indiquent certaines manières de vivre la sexualité, mais qu’il existe de nombreuses autres façons de s’épanouir dans notre sexualité. En effet, en considérant que chaque individu possède des préférences, des désirs et des besoins distincts, il est important de garder en tête qu’il y a une multitude de façons d’avoir des rapports sexuels et qu’ils sont tous autant valides que les autres. De plus, pour valider le consentement et comprendre les préférences de nos partenaires potentiel.les, il faut savoir communiquer avec notre partenaire!  

Ensuite, la pornographie peut mettre en scène des scénarios techniques (parfois impossible à reproduire) et axés sur les organes génitaux, ce qui peut être limitant (il est effectivement possible de penser la sexualité en dehors des organes génitaux, en mettant l’emphase sur les caresses et la stimulation de différentes zones érogènes du corps, par exemple). La porno tend aussi à reproduire des stéréotypes de genre qui peuvent être déconstruits (les femmes ne sont pas nécessairement passives et les hommes dominants), etc. 

Ma collègue Marie-Édith a trouvé les bons mots pour défaire certains mythes et clichés pornographiques. Voici donc une partie de sa réponse sur le sujet

« Quelques mythes et clichés en lien avec la pornographie doivent être déconstruits lorsqu’on arrive dans la “vraie vie”, en commençant par l’image des corps, selon le type d’images que tu regardes. Les vulves complètement lisses, les corps épilés au laser, les muscles, les pénis et les seins immenses, les mamelons qui pointent vers le ciel, il y a peu de chances que tu croises de tels corps sur notre planète.

Les modèles de pratiques sexuelles et de “scripts sexuels” présentés dans la porno sont aussi très contraignants. Les couples hétéro ne suivent pas toujours le modèle “préliminaires – pénétration – éjaculation / orgasme”. Les couples de femmes ne pratiquent pas toutes les “ciseaux” (frottement entre deux vulves), ne sont généralement pas intéressés par la présence d’un homme dans leurs rapports sexuels, puis comment peut-on survivre à des ongles longs dans un vagin?! 

Aussi, les couples d’hommes ne pratiquent pas tous la pénétration anale et ne se regroupent pas systématiquement par “catégories” comme on peut en voir sur les sites pornographiques.

Finalement, on parle très rarement de consentement et de protection contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) et les grossesses non-désirées dans la porno. Ce sont pourtant des éléments essentiels à une sexualité riche et sans souci. Pour plus d’informations sur les ITSS, je t’invite à cliquer ici. Au sujet du consentement, voici une lecture très intéressante et appropriée. Je t’invite à lire attentivement, pour que la sexualité soit plus agréable pour toi et tes partenaires ».

Ouf j’ai pris un long détour pour répondre à ta question, j’espère que tu es toujours là ;). Pour répondre directement à ta question: l’utilisation de la porno peut être positive et saine et le fait d’en consommer est un choix, comme n’importe quelle autre pratique sexuelle. L’important est que la porno que tu regardes corresponde à tes besoins et tes envies et que la fréquence à laquelle tu en regardes te convienne

J’espère que ces informations t’aideront à poursuivre ton cheminement. N’hésite pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin. Nous sommes là pour ça !

Bien à toi,

Cat


About Cat

Détentrice d'un baccalauréat en développement social, ses intérêts portent sur la (in)visibilité des personnes bisexuelles dans la sphère publique, sur le mouvement de défense des droits des personnes travailleuses du sexe et sur la représentation des sexualités marginalisées en contexte de ruralité.

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