Est-ce que la libido d’une personne hyposexuelle peut changer avec le temps? J’ai des désirs sexuels sans pour autant m’aventurer dans des relations extraconjugales…


Bonjour et gros becs de France!
Voilà, je suis mariée depuis 10 ans à un homme que j’aime et qui m’aime. Nous avons des jumeaux de 6 ans (et j’ai aussi des jumelles de 17 ans d’une précédente union), et c’est un papa fantastique et un beau-père attentionné.
Mon souci est que je pense qu’il est hyposexuel. Le sexe ne l’intéresse pas beaucoup, il ne manifeste pas de désir envers moi et nos rapports sont très peu fréquents (1 à 2 fois par an avec pénétration, toujours dans la même position et cela ne dure pas très longtemps. Sinon, du sexe oral (lui pour moi généralement, i semble aimer m’offrir cela) mais rarement aussi, je dirais 1 fois tous les 3-4 mois). Il me dit que le sexe ne lui manque pas, il ne se masturbe même pas… Moi en revanche, le sexe me manque, j’aime ça et n’en ai pas honte. Nous avons consulté des sexologues ensemble, j’ai tenté de “varier le plaisirs”, certaines choses fonctionnent sur le coup, mais cela retombe toujours très rapidement. Il ne prend jamais l’initiative et je me lasse de devoir réclamer ses faveurs à chaque fois.
Je me sens très frustrée et perds confiance en moi au fil des ans: je suis bourrée de complexes (irrationnels pour la plupart), je ne me sens pas femme mais seulement mère et “copine”, je suis sous anti-dépresseurs… Je me sens “faner” petit à petit, ne pas susciter d’intérêt physique chez mon mari. Nous nous entendons très bien au quotidien, on rit beaucoup ensemble, c’est quelqu’un qui a énormément de qualités. Mais je sens que je craque.
Je me sens attirée par d’autres hommes (physiquement mais pas du tout sentimentalement) et me demande si des aventures extra-conjugales ne seraient pas la solution. Je lui ai déjà dit que je n’étais pas à l’abri de succomber un jour si un type me faisait des avances et me plaisait. Il m’a répondu qu’il en avait conscience et que si ça devait se passer, il préférait ne rien savoir. Bref, ma question est la suivante: que puis-je faire pour éviter d’en arriver là? (le tromper n’est pas ce dont j’avais rêvé en l’épousant. Je précise qu’au début de notre relation, notre vie sexuelle était un peu plus active, mais pas non plus exceptionnelle: il souffrait du dos, prenait de la morphine, et je mettais ça sur le compte de ses problèmes médicaux. Il a été opéré depuis, va beaucoup mieux, ne prend plus de morphine, mais pour autant, notre vie sexuelle est de plus en plus plate). Dois-je me résigner? Une personne hyposexuelle peut elle changer (j’en doute fort… Et mon mari a 49 ans…)
Merci d’avance pour votre aide…
Bravo pour votre site!!!
Sashka
 
Bonjour!
Merci d’avoir pris le temps de nous écrire et de nous partager vos réflexions et vos questionnements vis-à-vis votre relation.
Je vais faire un bref récapitulatif du message que vous nous avez envoyé et je vais tenter d’y répondre point par point, car je constate que votre question soulève aussi d’autres sous-questions. Avant de débuter, je tiens à souligner votre grande intelligence émotionnelle et votre capacité d’introspection. Je vais aborder les divers thèmes que vous avez partagés avec nous, mais je vois que vous y avez réfléchi beaucoup vous-même et que vous avez déjà exploré beaucoup d’avenues. Il y aura donc certains aspects de la réponse qui risquent d’être proches de certaines réflexions que vous avez déjà eues.
Vous êtes dans une belle relation avec votre mari. Celui-ci est un partenaire de vie agréable et vous vous sentez comblée dans la plupart des aspects de votre relation outre votre sexualité. Vous avez une forte libido, mais votre partenaire semble ressentir peu d’intérêt envers le sexe. Vous avez consulté des sexologues et vous avez essayé de nouvelles pratiques, mais, sur le long terme, la situation semble rester la même. Cela affecte votre estime de soi même si vous êtes consciente que le peu d’intérêt qu’il porte envers la sexualité n’est pas lié à vous. Cela a un impact sur votre sentiment de désirabilité ce qui, conséquemment, vient s’attaquer à votre sentiment d’identité. Vous vous sentez donc moins femme. Une partie de vous se fane petit à petit. Vous vous sentez attirée par d’autres personnes que votre amoureux et vous vous demandez si vous devriez explorer votre sexualité en dehors de votre relation. Vous lui en avez parlé et celui-ci a déclaré que, si vous aviez de telles aventures, il préfèrerait ne pas le savoir. Vous êtes mitigée à l’idée de suivre ce chemin parce que cela ne correspond pas à l’image que vous aviez de cet engagement. Vous voudriez trouver une autre solution, mais vous vous dites également qu’il est possible qu’il n’y en ait pas beaucoup d’autres.
Je vais commencer par adresser le terme hyposexuel que vous employez dans le premier paragraphe afin que les personnes avec des questionnements similaires au vôtre et lisant ce message et n’ayant jamais entendu ou lu ce terme puisse comprendre ce à quoi il fait référence. Hyposexuel est un terme médical signifiant ayant une sexualité sous la norme. (Source)
En l’occurrence, comme mentionné dans la réponse de ma collègue Marie-Édith Vigneau, c’est un terme qui peut être considéré péjoratif par les personnes ayant peu ou pas de désir sexuel. Il existe un large éventail de type de libidos. Certaines personnes n’en ressentent pas du tout alors que d’autres peuvent en avoir une très forte. De nos jours, il existe plusieurs regroupements de personnes se trouvant sous le spectre de l’asexualité.
Qu’est-ce que l’asexualité?
Voici un extrait d’un article super intéressant sur le site de Radio-Canada abordant le terme de l’asexualité.

«Le psychiatre Richard Montoro, du Centre d’orientation sexuelle de l’Université McGill (COSUM), est spécialiste des questions d’identité sexuelle. Selon lui, la recherche démontre qu’il n’y a pas de raisons physionomiques à l’absence de désir chez ces personnes.
 Pour certaines personnes, la capacité d’être sexuel ou ce désir-là d’être sexuel avec quelqu’un d’autre ne s’est tout simplement pas manifesté dans leur esprit. C’est juste une variante à la sexualité humaine, ce n’est pas une maladie, explique Richard Montoro.
 Une personne asexuelle qui a des relations sexuelles, c’est comme quelqu’un qui mange quand il n’a pas faim. Ça se fait, mais c’est sans intérêt.
Richard Montoro, psychiatre »

Pour lire le reste de l’article, voici l’hyperlien : L’asexualité, une orientation sexuelle méconnue.
 
Parmi les personnes se trouvant sur le spectre de l’asexualité, nous trouvons les graysexuals (grissexuels). Encore une fois, il existe tout un spectre de personnes graysexual, mais ce qui les rassemble est le fait qu’ils ressentent peu d’attraction et/ou de désir sexuel. Voici les réponses de Jessica ainsi que celle de, encore une fois, Marie-Édith abordant ces thèmes si vous voulez en lire plus sur le sujet.
Maintenant, que ces termes ont été définis, je reviens à votre question. Vous déclarez donc que votre mari ressent très peu de désir sexuel et que vous, au contraire, vous en ressentez beaucoup. Comme vous le mentionnez vous-même, il est fort possible que votre mari soit bel et bien sur le spectre de l’asexualité. Malheureusement, je ne suis pas lui. Je ne connais pas non plus son parcours personnel. Je ne peux donc pas confirmer ou infirmer cette hypothèse. Je peux, par contre, affirmer qu’il est possible que ce que vous soupçonnez déjà soit vrai, que votre mari évolue bel et bien sur le spectre de l’asexualité et que sa sexualité ne changera pas nécessairement au courant de sa vie.
Par contre, la libido pour certains, tout comme l’orientation sexuelle pour d’autres, peut changer au courant d’une vie. Chaque personne vit son parcours individuel et la libido a souvent tendance à varier selon les circonstances d’une personne. Par exemple, une personne vivant beaucoup de stress ou traversant une dépression pourrait ressentir moins de désir qu’à un autre moment de sa vie parce que le corps et l’esprit vont être concentrés sur autres choses. Une personne rencontrant un nouvel individu et voyant son désir alimenté par la nouveauté peut ressentir plus de désir sexuel qu’à l’habitude.
Vous mentionnez dans votre message le fait que vous avez exploré, par moments, de nouvelles activités avec votre partenaire et que cela réussissait à attiser son désir pendant de courtes périodes et cela me fait penser à un tedtalk très intéressant d’une de mes sexologues favorites, Esther Perel, que je vous partage à l’instant : Le secret du désir dans une relation durable.
Malheureusement, celui-ci est en anglais, mais en voici une copie comportant des sous-titres en français.
Comme elle le mentionne, il peut être difficile dans une relation à long-terme d’entretenir le désir sexuel dû à l’effet de la proximité que nous apporte souvent l’amour. Ce qui nous attire envers l’autre se trouve souvent dans la distance et la nouveauté. C’est pour cette raison, comme elle le mentionne, que lorsque nous voyons que notre partenaire semble attirer un autre individu, ce nouvel angle crée une distance qui va attiser notre désir sexuel. Une nouvelle pratique, comme vous l’avez exploré, va créer le même effet. Il pourrait donc être une avenue intéressante que de chercher à se rencontrer dans des lieux nouveaux dans tous les sens du terme. Cela peut signifier d’explorer une nouvelle pratique sexuelle, mais cela peut vouloir aussi dire de faire des sorties que vous n’avez jamais faites, porter des habits qui diffèrent de l’habitude, etc.
Si cela vous intéresse, je vous suggère fortement d’aller lire des écrits d’Esther Perel qui se spécialise justement, entre autres, sur cette question.
Il est assez commun que les couples vivent des situations semblables à la vôtre, car il n’existe pas deux personnes avec le même niveau de libido. Ce n’est pas une situation facile ni pour l’un ni pour l’autre. Il n’est pas rare qu’une routine s’installe et que l’un des partenaires ressente une certaine pression à devoir combler les désirs de l’autre puis que l’autre personne se sente rejetée. Cela peut avoir un impact sur le sentiment de désirabilité.
Le podcast que voici explore ce thème et offre quelques trucs concrets afin de diminuer les risques de se retrouver dans ce type de dynamique ainsi que pour en sortir. L’un de ces trucs consiste à développer une intimité du toucher en dehors des relations sexuelles : prendre le temps de masser ou de caresser devant un film sans que cela n’amène nécessairement à une relation sexuelle : Transforming rejection into refusal encore episode (Je suis terrible. Il est également en anglais et je n’ai pas trouvé de traduction à celui-ci.)
Je crois relever dans votre discours également qu’une des difficultés que vous vivez réside dans le fait que cette situation vous donne le sentiment d’être moins désirable et donc, en l’occurrence d’être moins femme. Le regard des autres peut, bien évidemment, avoir un impact sur comment nous nous sentons, mais, comme vous le relevez vous-même lorsque vous mentionnez vos insécurités, nous sommes, dans une certaine mesure et au final, maîtres et maîtresses de ces sentiments. Je prendrai donc, ici, le temps de vous lancer la question, pour vous, qu’est-ce que c’est d’être une personne séduisante? À quel moment de votre vie vous êtes-vous sentie sexy, désirable et en pleine possession de votre féminité? Quels étaient les éléments vous faisant sentir ainsi? Puis, finalement, que pouvez-vous mettre en place pour trouver ou retrouver cette vision de vous-même?
Moi, par exemple, je me trouve séduisante lorsque j’ai le sentiment de me dépasser et d’être fonceuse. Quand je ne peux pas trouver cela avec un/e partenaire ou des partenaires, dans mon travail, dans mes plans pour le futur, je peux toujours trouver refuge dans l’entrainement.
Cet exemple est personnel à moi, mais nous avons tous des caractéristiques que nous allons trouver plus séduisantes que d’autres.
Certaines personnes vont aimer se vêtir d’habits sexy, d’autres vont apprécier l’idée de prendre un bain avec de la mousse et de prendre, par le fait même, le temps de se séduire soi-même, d’autres vont aimer aller se promener en montagne ou d’étendre de la peinture sur son balcon pour, ensuite, se dire : «wow, j’ai fait cela!»
Il est important de prendre le temps de les ajuster en fonction de qui nous sommes et/ou de mettre en place des moyens pour atteindre l’image de soi que nous idéalisons parce que la relation la plus longue et la plus intime que nous aurons au cours de notre vie est avec nous-même. Cela veut dire que, lorsque nous sommes dans un environnement qui nous le permet, il peut être intéressant de prendre le temps de s’asseoir, de s’écouter et de faire suite à cela.
Nous arrivons maintenant au creux de la question. Vous vous demandez si vous devriez explorer la sexualité en dehors de votre mariage. Ce n’est pas quelque chose que vous aviez songé lorsque vous vous êtes engagée et cela ne correspond pas à votre idée d’une relation. Vous êtes partagée entre le désir de vivre une sexualité épanouie et un sentiment de culpabilité vis-à-vis votre mari ainsi que vous conceptualisation de l’amour.
Je ne peux pas donner de réponse absolue à votre question. Je peux, par contre, vous donnez différentes pistes.
Vous le savez sans doute la monogamie n’est pas un type universel de relation. C’est, d’une certaine manière, un choix que nous faisons. Votre relation monogame est ou était un choix que vous avez fait à deux. C’est un choix que nous pouvons faire en entrant dans une relation, mais une relation peut évoluer au fil du temps et nous avons le droit de faire un choix différent au courant de notre vie. Je le mentionne, ici, parce que je constate en lisant vos propos que vous vous demandez si c’est un choix que vous voulez poursuivre parce que vous avez le sentiment de sacrifier une partie de vous-même pour une relation. Ce sacrifice vous apporte beaucoup parce que cette relation est très belle, mais, plus le temps passe, plus cela vous gruge. Vous vous trouvez donc maintenant à une croisée des chemins. Vous vous demandez si vous devriez faire un choix différent.
La première chose qui me vient en tête lorsque je vous lis est quelle est la part de consentement de votre mari à l’idée que vous exploriez votre sexualité en dehors de votre relation. Je ne fais pas partie de votre relation et je ne connais pas le point de vue de votre mari. Je vais donc vous poser la question à quel point pensez-vous qu’il est confortable à l’idée que vous exploriez votre sexualité en dehors de votre relation. De quelle manière pensez-vous que cela pourrait l’affecter? Puis, ultimement, parce que c’est votre choix, quelle importance accordez-vous à ses sentiments si ceux-ci vont à l’encontre de vos désirs et, aussi, êtes-vous prête à accepter les conséquences que cela pourrait avoir sur votre relation?
Le deuxième élément que j’aimerais aborder avec vous et j’ai touché un peu à la chose en nommant le fait que la monogamie est un choix. Seriez-vous prête à lire, à vous informer et à ouvrir une discussion avec votre mari sur l’idée d’adopter un autre choix.
Je vous partage, ici, un autre tedtalk portant sur la sexualité humaine, la monogamie et la polygamie, encore une fois en anglais, mais qui comporte des sous-titres : Sommes-nous conçus pour être des omnivores sexuels?
Si l’idée d’explorer une relation non-monogame, consentante et saine avec votre mari, je vous fais la suggestion de lecture du livre «La salope éthique : Guide pratique pour des relations libres sereines.» Celui-ci porte sur les diverses manière de développer une relation non-monogame avec son, sa ou ses partenaires dans un climat d’écoute, de respect et de communication.
Il existe toutes sortes de relations amoureuses. Certaines personnes vont ouvrir leur relation et suggérer à leur partenaire de ne rien partager de leurs expériences parce que là s’arrête leurs limites. D’autres vont vouloir l’exclusivité amoureuse et non l’exclusivité sexuelle. Certains aiment partager leurs partenaires alors que d’autres aiment explorer chacun de leur côté. Par contre, pour que cela se fasse sans endommager la relation amoureuse, il est important de discuter, d’écouter et de respecter les désirs et limites de tous et chacun.
Bref, je vous propose donc comme alternative potentielle de vous informer sur le sujet et d’ouvrir une discussion sur ce thème avec votre mari.
Vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil à ces deux réponses de mes collègues :
Avez-vous des trucs pour vivre une transition de couple fermé à couple ouvert?
J’ai envie d’introduire la non-monogamie éthique dans ma relation.
J’espère que cette réponse vous est venue en aide,
Marie-Claire Jones


About Marie-claire

Marie-Claire détient un baccalauréat en sexologie de l'université du Québec à Montréal. Elle aime le vélo, lire avec un cappuccino à la main et donner des surnoms moches à ses chats.

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