Est-ce que la rougeur sur ma vulve est liée à l’herpès génital ou à l’usage d’une crème épilatoire?


Bonjour,
J’ai récemment utilisé de la crème épilatoire pour m’épiler le maillot puis j’ai un rapport sexuel non protégé ce lundi (prise de pilule du lendemain après). Je me suis réveillée en pleine nuit juste pour aller boire de l’eau puis j’ai remarqué que j’avais un peu de démangeaisons en bas. Sur la lèvre supérieure à côté de mon clitoris, il y a une rougeur sur la peau et un peu d’eau, enfin, un peu de pus.
Serait dû à un irritation excessive de la crème épilatoire ? (elle m’a déjà brûlé auparavant)
Ou serait ce de l’herpès génital… ?
Merci d’avance.

Lin

Bonjour Lin, 

Merci beaucoup de faire confiance à l’équipe d’AlterHéros avec tes questionnements. Je vais m’assurer de te fournir une réponse complète et rassurante. Si je résume ton message, tu as remarqué que tu avais une rougeur qui te démangeait sur la peau avec un peu de pus proche de ton clitoris. Tu te demandes donc si ça serait un symptôme d’herpès génital ou une réaction à de la crème dépilatoire que tu as récemment utilisée.

 

En premier lieu, je voulais te féliciter d’avoir pris en charge les différents risques associés à avoir une relation sexuelle non-protégée. C’est tout à ton honneur d’avoir fait les démarches rapidement pour obtenir la pilule du lendemain! J’espère que, somme tout, ce rapport sexuel a été plaisant pour toi. Je n’aborderai pas les questions liés aux différents outils de prévention des grossesses dans cette réponse, mais n’hésite surtout pas à nous contacter si tu as des questions spécifiques ou à consulter ce site internet.

 

En deuxième lieu, il est possible que tes rougeurs soient une réaction allergique à la crème dépilatoire, car dépendant de la sensibilité de ta peau, il est vrai que cette dernière peut te brûler et former des cloques qui peuvent ressembler à l’herpès. D’abord, la crème dépilatoire contient généralement de l’acide thioglycolique permettant de dissoudre la kératine (principal constituant des poils) et permettant ainsi d’éliminer les poils. Ce type de crème doit être utilisée avec beaucoup de précaution (temps de réaction, zone où déposer la crème, etc), car les risques de brûlures ou de réactions allergiques sont très fréquentes. Conséquemment, si les lèvres de ta vulve ont été en contact avec cette crème, il est possible que ces boutons soient liés à l’application de la crème dépilatoire. Il faut noter que l’épilation pubienne irrite et entraîne une inflammation des follicules pileux (la cavité dans laquelle le poil prend naissance) et peut favoriser l’apparition de poils incarnés. Cette irritation peut effectivement prendre la forme de petits boutons. D’ailleurs, le choix de raser, couper, épiler ou non tes poils pubiens est d’abord et avant tout un choix personnel. Il s’agit de ton corps et c’est une décision qui te revient entièrement. Je désirais simplement te nommer qu’il ne s’agit aucunement d’une obligation esthétique. Contrairement à la croyance populaire, il est moins hygiénique de s’épiler le pubis que de conserver ses poils. Pourquoi? Car en s’épilant le pubis (avec un rasoir, une crème épilatoire ou à la cire), on crée des microtraumatismes au niveau de la peau. Mélange cette irritation de la peau à un environnement naturel humide dans nos sous-vêtements… et hop! On crée un environnement propice pour n’importe quelle bactérie. De plus, un pubis irrité par l’épilation régulière est plus propice à contracter et transmettre différentes formes d’infections transmissibles sexuellement, comme les condylomes ou l’herpès. 

 

En troisième lieu, c’est un excellent réflexe de se poser des questions sur notre santé sexuelle et de faire les démarches nécessaires pour y trouver réponse! Je tiens à préciser que je ne suis pas médecin et que seul.e un.e professionnel.le de la santé pourra, avec certitude, te partager l’origine de ces boutons sur la vulve. Toutefois, Lin, il est toujours recommandé d’aller faire un test d’ITSS ( infections transmissible sexuellement et/ou par le sang), car c’est le moyen le plus efficace de savoir avec certitude l’origine de ces rougeurs. Généralement, pour détecter l’herpès génital lors d’un test de dépistage, il est nécessaire d’avoir des symptômes (des boutons/lésions, dans ce cas), afin de permettre un prélèvement à des fins d’analyse. L’herpès n’est pas systématiquement dépisté dans la population lors d’un test de dépistage, il faut généralement en faire la demande à son professionnel.le de la santé. Pourquoi? En fait, parce que l’herpès est probablement l’ITSS la plus répandue… mais également la plus méconnue et stigmatisée! En effet, pour citer mon collègue Guillaume dans cet article sur l’herpès : «au niveau canadien, on estime qu’environ 40 à 70% de la population vivrait avec l’herpès de type 1 et environ 20% avec l’herpès de type 2. Il s’agit donc, sans aucun doute, de l’infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSS) la plus répandues au sein de la population canadienne! Or, selon le site de la Clinique médicale l’Actuel, ”la majorité des personnes infectées par l’herpès génital ignorent qu’elles le sont. En effet, la majorité des personnes infectées peuvent ne pas développer de symptômes, ou avoir des symptômes atypiques ou mineurs, ignorant ainsi qu’elles sont infectées.”» Bref, dans l’éventualité que l’hypothèse de l’herpès se confirme, je voulais surtout te rassurer : c’est beaucoup plus commun de ce que l’on peut penser!

 

Revenons à la question de la rencontre avec un.e médecin dans le cadre d’un test de dépistage si tu me le permets! Je sais qu’aller voir un.e médecin en général peut être une expérience assez stressante et encore plus lorsqu’on doit passer un test et répondre à des questions concernant notre santé sexuelle, on peut avoir peur de se sentir jugé.e. Un truc qui peut t’aider à être plus confortable dans ce genre de rendez-vous, c’est de te rappeler que le.la spécialiste de la santé est là pour t’assister, iels voient une large variété de patient.e.s et de cas par jour, donc leur but n’est pas de te juger mais de t’offrir le soutien et l’information nécessaire pour ton bien-être. Rappelle-toi aussi que le rendez-vous médical t’appartient. En d’autres mots, n’hésite pas à poser le plus de questions possibles pour t’assurer que tu sors du rendez-vous ayant bien compris toute l’information qui t’aura été donnée . 

 

En attendant d’aller voir un.e spécialiste de la santé, il y a plusieurs autres symptômes qui pourraient t’aider à savoir si tu as potentiellement l’herpès ou du moins des symptômes s’y apparentent. Tel que mentionnés sur le site de l’organisme Catie, il est important de savoir que de nombreuses personnes qui sont porteuses de l’herpès ne savent pas qu’iels le sont, car iels n’éprouvent aucun symptôme ou encore confondent leurs symptômes avec autre chose. Lorsque des symptômes se produisent, ils peuvent mettre entre 2 et 12 jours à se manifester. Les symptômes courants peuvent inclure les suivants :

  • apparition de cloques (lésions), soit individuellement ou en grappes, n’importe où dans la région des organes génitaux ou de l’anus; les cloques s’en croûtent et guérissent après une ou deux semaines
  • démangeaisons, picotements, sensation de brûlure ou douleur de la peau dans les zones infectées
  • douleur dans les jambes ou les fesses
  • enflure des ganglions lymphatiques de l’aine
  • écoulement aqueux du vagin
  • fièvre, maux de tête, douleurs musculaires
  • fatigue

Il est aussi important de savoir que l’herpès n’est pas une infection qui se guérit, une fois que nous avons le virus, celui-ci reste dans notre système à vie. Mais ne t’inquiètes pas, il y a des traitements pour arriver à gérer les apparitions. Aussi, l’herpès comme tout autre ITSS n’est pas la fin d’une vie sexuelle pleine et complète. Peu importe le diagnostic que tu recevras après ta visite chez un.e spécialiste de la santé, que ce soit des boutons liés à la crème épilatoire, l’herpès ou une autre ITSS, il sera toujours possible pour toi d’avoir une vie sexuelle qui te procure autant de plaisir que tu le souhaites. Il sera juste important, comme d’habitude, d’avoir une bonne communication avec tes partenaires sexuel.le.s et t’assurer d’utiliser une protection adéquate autant que possible.

 

Voici une autre question sur notre site web qui pourrait t’aider. Tu y trouveras tout plein de renseignement sur l’herpès, mais également plein d’astuces concernant la vie sexuelle & herpès! : Comment naviguer nos relations intimes lorsqu’on vit avec l’herpès génital?

 

J’espère t’avoir fourni une réponse complète et rassurante. N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions ou simplement pour nous donner de tes nouvelles.

 

Misanka, intervenante à AlterHéros


About Misanka

Misanka a récemment gradué en études féministes à l’Université Concordia. Elle est passionnée par l’études des pratiques sexuelles basées sur le plaisir et par l’étude de la race en corrélation avec la sexualité. En parallèle avec son poste à AlterHéros, elle est aussi coordonatrice du projet Sens, un programme d’éducation à la sexualité dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal (https://headandhands.ca/programs-services/sense-project/)

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