Comment naviguer nos relations intimes lorsqu’on vit avec l’herpès génital?


Salut AlterHéros !
Merci pour votre travail, je sais toujours vers qui me tourner si j’ai des questions à propos de la sexualité.
Une personne que je connais m’a demandé si j’avais des trucs pour l’aider à mieux vivre avec un diagnostic d’herpès génital – surtout parce qu’un de ses partenaires a eu super peur et est devenu plate avec elle quand elle lui ai dit, après un rapport sexuel protégé, qu’elle était porteuse. Je lui ai donné des infos pertinentes sur sujet qu’elle peut partager avec son partenaire et lui ai suggéré de suivre des comptes Instagram comme _i_have_herpes_ et my_boyfriend_has_herpes .
Je pense que j’ai fait un bon boulot côté information, mais elle dit qu’elle a l’impression que sa vie sexuelle sera toujours compliquée, pis je trouve ça plate, parce que bon, l’herpès c’est désagréable mais ça devrait empêcher personne d’avoir du fun. Avez-vous des recommandations de choses à lui dire pour mieux vivre avec son diagnostic pis peut-être voir ça d’une manière plus douce (dans la mesure du possible) ? En passant, elle n’a pas eu de lésions depuis plusieurs années, mais elle est assez nice pour vouloir en parler avec ses partenaires quand même !
Bonne quarantaine à tout le monde, prenez soin de votre santé, on a besoin de vous.
Marie

Salut Marie !
 
Merci pour la confiance que tu portes envers AlterHéros. Je suis heureux de lire que tu sais que tu peux te tourner vers AlterHéros pour n’importe quelle question concernant la sexualité. 🙂
 
Si je comprends bien ta situation, tu aimerais soutenir une personne de ton entourage qui a un diagnostic positif d’herpès génital dont un de ses partenaires a eu une réaction désagréable à ses côtés après que celle-ci lui ait partagé son statut lié à l’herpès génital. Tu aimerais avoir des conseils à partager à cette personne afin de la soutenir dans le fait de vivre avec un diagnostic positif à l’herpès génital et l’inviter à percevoir sa situation d’une manière plus douce.
 
Tout d’abord, qu’est-ce que l’herpès? Son réel nom est l’herpès simplex, ce dernier appartient à la famille des herpesviridae, tout comme les virus de la varicelle ou du zona! Cette infection transmissible sexuellement est caractérisée par des épisodes symptomatiques récidivants, que l’on appelle aussi récurrences, éruptions ou poussées. Il existe deux types d’herpès transmissibles sexuellement:
• Le Type 1 (VHS-1) se manifeste principalement au niveau du visage et de la bouche (feu sauvage) et peut parfois se transmettre aux organes génitaux.
• Le Type 2 (VHS-2) se manifeste dans la région anale et génitale et très rarement au niveau de la bouche.
 
Pour citer cette magnifique page du projet Info Herpès du Portail VIH/Sida du Québec : «Selon l’Organisation mondiale de la Santé (2017), 67 % de la population de moins de 50 ans serait porteuse de l’herpès de type 1. L’herpès de type 2 se retrouve essentiellement au niveau ano-génital et se transmet très difficilement au niveau buccal. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 11 % de la population âgée en bas de 50 ans serait porteuse de l’herpès de type 2.» Puis, au niveau canadien, on estime qu’environ 40 à 70% de la population vivrait avec l’herpès de type 1 et environ 20% avec l’herpès de type 2. Il s’agit donc, sans aucun doute, de l’infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSS) la plus répandues au sein de la population canadienne! Or, selon le site de la Clinique médicale l’Actuel, «la majorité des personnes infectées par l’herpès génital ignorent qu’elles le sont. En effet, la majorité des personnes infectées peuvent ne pas développer de symptômes, ou avoir des symptômes atypiques ou mineurs, ignorant ainsi qu’elles sont infectées.»
 
Or, même s’il s’agit de l’ITSS la plus répandue dans nos communautés, il s’agit aussi d’une des ITSS avec la plus grande désinformation et la plus grande stigmatisation sociale. Dans ce contexte, un diagnostic d’herpès peut avoir un impact sur nos émotions et notre estime personnelle. C’est pourquoi il peut être intéressant de rencontrer un.e sexologue afin de discuter, sans jugement, de notre diagnostic. De plus, s’informer est le principale manière pouvant normaliser ce virus et nous inviter à adopter des mesures préventives afin de prévenir la transmission à d’autres partenaires. Enfin, il est important de se rappeler que l’herpès touche la majorité de la population! Nous ne sommes pas seul.e.s! (oui oui, je m’inclue car moi aussi je vis avec l’herpès!). De plus, les différents médicaments antirétroviraux, comme Valtrex et compagnie, servant à réduire la charge virale de l’herpès et limiter les symptômes, sont parmi les médicaments les plus prescrits au Canada, juste après les antidépresseurs. Comme quoi que… nous ne sommes pas seul.e.s! 🙂
 
Maintenant, que pouvons-nous dire à cette personne que tu connais qui vit avec l’herpès de type 2? D’abord, tenter de relativiser. L’herpès ne définit pas qui ont est. Nous ne somme pas le virus. L’herpès ne change absolument rien en notre personnalité ou nos aspirations. De plus, une personne vivant avec l’herpès peut vivre une vie heureuse avec une sexualité épanouie. : les relations sexuelles peuvent avoir lieu et être satisfaisantes. Pour citer cette question de la page du Portail VIH/Sida du Québec : Comment est-ce que je peux éviter de le transmettre à mon partenaire ?, plusieurs méthodes peuvent permettre de réduire les risques de le transmettre à son, sa ou ses partenaire(s). Combinées ensemble, elles sont d’autant plus efficaces :

– L’utilisation d’un condom interne ou externe est une bonne méthode puisqu’il diminue le risque de transmission de l’herpès ET des autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Un des avantages du condom interne est qu’il recouvre les lèvres du vagin, ce qui offre une protection supérieure. Cependant, il est important de prendre en considération que le condom ne protège pas toutes les régions pouvant être affectées par l’herpès (cuisses, pubis, fesses, etc.).
– La digue dentaire (carré de latex utilisé pour le sexe oral, soit les cunnilingus et les annulingus) peut être une méthode de protection efficace pour éviter la transmission lors des rapports buccaux-génitaux (cunnilingus et anulingus).
– L’utilisation d’un lubrifiant peut également être conseillée puisqu’il diminue la friction, donc les microlésions, qui sont des portes d’entrée au virus.
– La prise du traitement en mode suppressif (une fois par jour) agirait sur le nombre de récurrences et le risque de transmission en le réduisant à 1,1 % sur un an et ce, avec ou sans condom.
– Rester à l’affût des prodromes d’une récurrence puisque c’est un signe que le virus est actif.
– L’abstinence ou la modification des pratiques sexuelles durant les récurrences et quelques jours après la guérison sont recommandées afin de limiter les risques de transmission. Cela veut simplement dire qu’on doit éviter qu’il y ait un contact direct avec la région affectée lors de cette période, mais cela ne veut pas dire d’oublier toute sexualité. C’est le moment d’explorer d’autres pratiques sexuelles et d’autres sphères de la sexualité, telles que la sensualité, les massages érotiques, la masturbation mutuelle, etc.
– La divulgation rapide aux partenaires est conseillée puisqu’elle permet de mieux négocier le port du condom et d’établir des stratégies pour prendre soin de la santé sexuelle des deux partenaires, réduisant ainsi les risques de transmission (Money et al., 2008). Bref, il est important de se questionner pour identifier quelles méthodes vous conviennent le mieux et celles que vous êtes le plus à l’aise d’utiliser.

 
J’ai cru comprendre que cette personne dont tu fais référence est asymptômatique depuis plusieurs années et prend tout de même la décision d’avertir ses partenaires de son statut. Le fait qu’elle soit asymptômatique diminue considérablement les possibilités de transmission, bien qu’elles ne soient pas nulles. En effet, le virus peut être en quantité suffisante au niveau de la peau pour être infectieux, mais pas assez pour créer des lésions (symptômes). Ces périodes asymptomatiques sont impossibles à prédire et surviendraient en moyenne 3% du temps la première année et 1% les deux années suivantes. Un traitement suppressif d’antiviraux peut diminuer les excrétions asymptomatiques s’il est pris assidûment, soit plus de 95% du temps. Si la personne dont tu fais référence dans ton message ressent un stress continu à l’idée de se dévoiler ou de possiblement infecter d’autres personnes, la prise de ce traitement suppressif d’antiviraux peut diminuer considérablement son stress. Il est possible d’en parler avec son ou sa médecin de famille si cette option peut lui être intéressante.
 
De plus, la décision de communiquer son diagnostic d’herpès avec ses partenaires est tout à son honneur, bien que pas obligatoire. À ce sujet, j’aimerais citer un extrait de la page du Portail VIH/Sida du Québec concernant le projet Info-Herpès qui aborde la question du dévoilement du statut d’herpès à nos partenaires : Est-ce que je suis obligé de le dire à mon/ma/mes partenaire(s) ? Comment est-ce que je fais ?

Il n’y a pas d’obligation de dévoiler l’herpès à un.e partenaire. Il s’agit d’un choix personnel. Dans le cas où vous décidez de faire un dévoilement, sachez qu’il y a différentes manières de le faire. Ce qu’une personne est à l’aise de faire, une autre ne l’est peut-être pas. Voici donc quelques pistes de réflexion pour faciliter le dévoilement. (Clique ici pour le reste de l’article)

D’ailleurs, un B.A. en sexologie, Danick Roussel, a composé une série de quatre articles intéressant s’adressant aux personnes qui, comme lui, vivent avec l’herpès génital : Herpès : j’ai un « nouveau locataire » dans ma p’tite culotte !

Finalement, afin d’obtenir davantage d’informations ou du soutien téléphonique, il est possible de contacter le projet Info-Herpès, un projet commun entre le Portail VIH/sida du Québec et du Centre Associatif Polyvalent d’Aide Hépatite C (CAPAHC) :
– via leur ligne d’écoute au 1-844-847-4242 (lundi et mercredi, de 9h à 17h)
– par courriel au info@infoherpes.org
Le projet Info-Herpès organise également un groupe de soutien une fois par mois (rendez-vous sur leur page Actualités ou inscrivez-vous à l’Infolettre pour ne pas manquer les futurs événements). Il s’agit de rencontres mensuelles par et pour les personnes vivant avec l’herpès! C’est un endroit sécuritaire qui permet à tout le monde de s’exprimer sans jugement, de sortir de l’isolement et d’améliorer sa confiance en soi. 
 
J’espère que tout cela a pu t’éclairer et mieux t’outiller pour répondre aux différents besoins de cette personne que tu connais. N’hésite pas à nous écrire de nouveau si tu en ressens le besoin. AlterHéros demeure là pour toi, même en période de distanciation sociale. 🙂
 
Pour toutes questions générales sur la COVID-19, tels que les lieux de dépistages ou les bonnes pratiques pour éviter la propagation, veuillez contacter, sans frais, le 1-877-644-4545.
Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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