En tant qu’homme bisexuel, j’ai l’impression de réprimer une partie de moi par peur d’être étiqueté comme gay…


En tant que bisexuel homme Je me suis longtemps présenté comme plus masculin, mais j’aime bien cette partie de moi plus sensible, plus féminin, plus “gay” que que j’exprime à l’occasion mais que j’ai tendance à réprimer par peur d’être étiqueté gay et ne plus être attirant pour des femmes par manque de virilité. Cette peur est telle justifiée ou je m’en fais pour rien ? Merci =)

Frederik

Bonjour Frederik,

Merci de faire confiance à AlterHéros pour ta question!

 

Si je comprends bien, tu t’identifies en tant qu’homme bisexuel et tu aimerais mettre en lumière des aspects de ta personnalité qui sortent un peu ou beaucoup du modèle masculin hétérosexuel traditionnel. Tu t’inquiètes des conséquences possibles de ce choix. Est-ce que tu seras encore attirant pour les femmes? Est-ce que tout le monde va simplement présumer que tu es gay?

 

Étant moi-même bisexuelle/pansexuelle, je me suis tout de suite sentie interpellée par tes questionnements. Mon expérience ne correspondra évidemment pas tout à fait à la tienne, mais il demeure que plusieurs personnes bisexuelles partagent des réalités similaires.

 

Avant de me lancer dans des explications plus détaillées, je veux quand même te rassurer : OUI, des femmes vont continuer de te trouver attirant, beau et désirable. Je te confirme par expérience que plusieurs femmes sont attirées par des hommes qui dégagent une énergie plus douce, plus sensible, plus féminine, etc. Plusieurs femmes trouvent même les garçons bisexuels encore plus attirants, puisque ceux-ci sont parfois plus ouverts d’esprit, plus respectueux envers les femmes et même moins macho.

 

En même temps, il y a bien des raisons pour lesquelles toi et beaucoup d’autres personnes bisexuelles avez à vous poser la question en premier lieu. Nous vivons dans une société qui est encore très largement gouvernée par des idées patriarcales. Le patriarcat, c’est un « système économique, politique et socioculturel mondial fondé sur la suprématie (supériorité et autorité) des hommes comme classe de sexe dominante [et sur] l’appropriation du corps et de la force de travail des femmes comme groupe social dominé. » (Surprenant, 2015 : p. 49). Concrètement, nous vivons dans une société qui dit que les hommes doivent être forts et puissants tandis que les femmes doivent être douces et serviables. Déjà, cela nous indique ce qui est « attirant » ou non en fonction de notre catégorie de genre. Cependant, on peut critiquer ces idées et les remettre en question! À toi de définir par toi-même ce que représente le fait d’être un homme bisexuel et de critiquer -si tu le souhaites- les différents standards associés à la masculinité/féminité autour de nous.

 

Nous devons ensuite parfois lutter contre l’homophobie et l’hétéronormativité, c’est-à-dire que nous faisons encore face à des jugements dès que nous affichons une orientation sexuelle différente de l’hétérosexualité traditionnelle, qui est d’ailleurs perçue automatiquement comme la seule option. Parfois, ces biais négatifs sont intériorisés en nous sans qu’on en soit véritablement concient.e.s. C’est alors tout un défi de s’en départir!

 

Et enfin, pour nous les personnes bisexuelles, nous devons en plus ajouter le concept de biphobie à notre analyse! Ce qui veut dire que nous sommes victimes de préjugés ou de violence en raison de notre orientation sexuelle. Selon le Bisexuality Report (lien en anglais), la biphobie se présente notamment sous les formes suivantes : refus de croire que la bisexualité existe, assumer que quelqu’un est forcément gay ou hétéro, avoir une vision négative des personnes bisexuelles, etc.

 

Donc, c’est possible qu’il y ait encore des personnes (peu importe leur propre orientation sexuelle) qui assument que tu es gay dès que tu affiches une attirance pour les hommes ou que tu dévies un tant soit peu du modèle masculin traditionnel. C’est un préjugé qui revient souvent à propos des hommes bisexuels, mais je suis convaincue que les témoignages comme celui du comédien François Arnaud vont aider à changer la perception des gens. Je le cite : « Le silence a comme effet pervers de perpétuer ces stéréotypes, rendant les hommes bisexuels invisibles et poussant les gens à douter de notre existence. Pas surprenant que ce soit encore toute une corvée de reconnaître la bisexualité sans devoir entrer dans de longues explications ».

 

De plus, on parle souvent du coming out comme d’un seul moment où une personne révèle son orientation sexuelle, mais on peut aussi le voir comme un processus graduel de révélation de soi aux autres. Est-ce qu’il y a déjà des personnes dans ton entourage qui sont généralement plus ouvertes à la diversité et la différence? Est-ce que tu aimerais montrer ces aspects de ta personne dans ta vie en général ou dans certains contextes seulement? Dans tous les cas, on se sent souvent bien plus libre quand on peut être authentique et qu’on a plus à se soucier de ne pas « éveiller les soupçons » ou de provoquer des questionnements sur notre orientation sexuelle.

 

Je te souhaite de pouvoir faire rayonner qui tu es avec fierté! On ne le répétera jamais assez : la bisexualité est une orientation sexuelle valide et les hommes bisexuels n’ont rien à envier aux autres. Je te laisse une petite infographie concernant la bisexualité. Plusieurs personnes croient à tord qu’être bisexuel.le est d’être un tel % homo et un tel % hétéro, mais c’est tout faux. Être bisexuel.le, c’est être 100% bisexuel.le. C’est notre orientation sexuelle, peu importe comment se traduit nos désirs, nos attirances ou nos comportements en fonction de notre bisexualité. 🙂

 

N’hésite surtout pas à nous réécrire si tu as d’autres questions, pour nous donner de tes nouvelles ou pour approfondir des questionnements concernant la bisexualité. 🙂

Rose Dorian Ramirez, technicienne en travail social pour AlterHéros
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Référence :

SURPRENANT, Marie-Ève. Manuel de résistance féministe, Laval, Éditions du remue-ménage, 2015, 186 p.


About Rose Dorian Ramirez

Rose Dorian est une jeune femme autiste pansexuelle, queer et non binaire diplômée en techniques de travail social depuis 2016. Elle intervient principalement auprès des victimes d'agression sexuelle et de leurs proches, auprès des jeunes LGBTQ+ et auprès des personnes neurodiverses.

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