Comment naviguer la transphobie de ma famille?


Bonjour,
Alors, j’ai déjà posé plusieurs questions ici et je dois avouer que j’aime bien Alterhéros pour m’aider. Je me sens moins seul. J’ai posé plusieurs questions sur mon genre et maintenant, je suis de plus en plus convaincu que je suis un garçon. Aujourd’hui, j’ai pleuré en essayant mes vêtements pour ma réunion de famille parce que c’était des vêtements de filles et je ne pouvais même pas mettre des vêtements de garçons. Chez moi, c’est très difficile. Mes parents ne comprennent pas. On me juge sur tout ce que je fais. Je n’ai plus de vie privée… Mon père contrôle ce que je fais sur Internet et mon temps. C’est difficile.
J’ai rencontré un gars comme moi sur instagram et il est devenu mon ami, mais j’ai de plus en plus de difficulté à communiquer avec lui car mon père surveille tous mes mouvements, mais j’adore lui parler. Premièrement, parce qu’il me comprend. Deuxièmement, parce qu’il me considère comme son ami. Son ami gars et ça fait un bien de fou d’être pour une fois moi! Au masculin!
Je pense que c’est grâce à ça que je survis et que je me découvre de plus en plus. Mon père me fait toujours des commentaires du genre : ” les femmes, ça des talents que les hommes ont pas et les hommes ont des talents que des femmes ont pas” ou genre “Des femmes surentrainées pour ressembler à des hommes, c’est pas beau” (en parlant d’homme trans)
En tout cas, je ne me sens pas en sécurité. Après, il me demande pourquoi je lui parle pas de ce qui se passe dans ma vie et pourquoi je suis agressif (en me parlant au féminin bien évidemment)
J’en ai parlé à ma psychologue (que mes parents m’ont pratiquement obligé à voir), mais je ne lui dis pas comment je me sens réellement parce que je suis gêné, mais aussi j’ai peur du jugement. On avait abordé tranquillement le sujet et elle m’avait dit, un jour, “en même temps, tu es trop jeune pour savoir”. Alors oui, je me sens moins en confiance, mais elle est gentille, alors je lui dit ici par là mes sentiments et comment ça se passe chez moi.
Et puis, il y a une rumeur dans mon école sur de quoi que je suis trans et je ne sais pas comment réagir. Je ne sais pas si je dois me sentir attaquer/en danger parce que le monde de mon école peut être assez rough ou content parce qu’on a remarqué que j’ai changé pour un uniforme de garçon et que je commence à plus m’affirmer tranquillement même si ça me rend mal-à-l’aise. J’ai encore de la misère à m’accepter comme trans. J’aurais voulu juste être né un garçon et traiter comme tel. Quand je me visualise, je me vois moi en garçon entouré d’ami.e.s, mais directement quand je pense à ma famille, je suis triste. Je ne veux pas leur faire vivre ma transition… Mais en même temps, ça me ferait tellement du bien… Mais ça ne va pas être bizarre pour eux? Pour moi?
Or, après tout ça, j’ai deux questions.
Premièrement, comment je peux essayer de gérer tout ça? Une transphobie intériorisée, une famille qui ne m’aide pas, constamment mégenré, un surplus d’émotions refoulés (colère, stresse, tristesse) (d’ailleurs, plusieurs fois, ça me tente de me blesser physiquement pour caché ma douleur mentale, mais j’essaye très fort de m’en empêcher et pour l’instant, ça marche). J’essaye de tout gérer ça, mais c’est difficile seul sans soutien et aide. Est-ce qu’il y a des trucs qui fonctionnement réellement pour juste m’aider à tout gérer à part la mort? (Humour, je ne veux pas mourir)
Deuxièmement, j’ai une question sur la masturbation. Je ne suis pas vraiment gêné d’en parler, je sais juste pas si c’est normal et je ne sais pas à qui en parler (parce que c’est bizarre d’en parler à mon ami). Alors, je ne me masturbe pas tant, mais quand je le fait, je m’imagine comme l’homme, mais genre complètement. Autant avec une femme ou un homme (ou même une personne non-binaire), mais dans tous les cas, j’ai un pénis. Je m’imagine avoir une éjaculation et ça me rend mal parce que je sais que j’aurais jamais ça et que ce n’est qu’un fantasme. Je n’ai pas une grande dysphorie envers mes parties génitales, mais je ne peux m’empêcher de m’imaginer avec un vrai pénis. Je sais pas si c’est normal d’avoir une sorte de fantasme comme celle-là car je sais que certains hommes trans vont se sentir confortable avec leurs génitales peut importe la situation. Mais moi, si j’avais à choisir, j’aurais une pénis. Autant pour avoir des relations sexuelles que pour aller au toilettes debout, avoir une bosse dans mes pantalons, avoir une érection, éjaculer, etc. Or, si j’ai à me regarder ou je ne sais quoi, voir mes parties génitales ou en prendre conscience, ça me fait pas tant mal. Juste une sorte de “pourquoi je ne peux pas changer ça en un claquement de doigt” (c’est pratiquement ce que je me dis à chaque fois que je me voir, en fait)
En tout cas, merci d’être là. Ça fait du bien parler (écrire) et se sentir écouté. Désolé pour ce loooong texte et mes fautes…
Mason
(J’ai déjà eu plusieurs prénoms ici, mais maintenant j’y vais par celui-ci)

 
Salut Mason,
 
Merci de nous faire confiance et d’avoir contacté AlterHéros.
Il est très compréhensible que tu ne saches plus comment réagir face à ton père, ta psychologue et les autres personnes de ton école. Il est vraiment difficile de ne pas avoir le support de son entourage lorsqu’on affirme notre identité. Je suis désolée que tu traverses ça en ce moment. Sache que toute l’équipe d’AlterHéros et moi-même croyons en toi et te souhaitons que ton parcours soit plus facile. <3 Je suis très touchée de savoir que nous t’offrons du réconfort!
 
Je comprends que ton père ne te laisse pas de vie privée et ne te soutient pas dans ton identité. Malheureusement, les parents ne sont pas toujours des allié.es et peuvent blesser profondément. Si ton père semble ouvert à se renseigner sur le sujet, je te suggère quelques pistes. D’abord, sur le site d’AlterHéros, tu peux retrouver des centaines autres témoignages de jeunes trans. Tu peux en faire lire quelques-uns qui t’interpellent à ton père. S’il comprend bien l’anglais, je te suggère ce livre en PDF : A Guide to Gender par Sam Killermann et de lui proposer de lire la note Cisgender Privilege qui commence à la page 41 et le chapitre 19 How To Diagnose Someone as Transgender (le titre est ironique, ne t’inquiète pas)… Finalement, cette vidéo explique bien la transphobie et le cisexisme à quelqu’un qui pourrait les perpétrer. Si tu as la possibilité de partager ce court vidéo à tes parents : Mon enfant est transgenre, je fais quoi?. Il s’agit d’un vidéo où les témoignages des enfants et des parents sont entendus. Cela peut possiblement répondre à certains questionnements de tes parents d’entendre d’autres parents s’exprimer sur ce sujet. 
 
Tu dis que tes parents ont du mal à accepter ton identité de genre. Ils t’obligent à t’exprimer d’une façon qui ne correspond pas du tout à qui tu es. Lorsque tu essaies de leur parler de tes ressentis par rapport à ton genre, est-ce que vous êtes capables de communiquer d’une façon calme? Est-ce que tu te crois assez fort pour répondre à certaines de leurs questions, de pouvoir leur proposer d’appeler eux-mêmes certains organismes en soutien aux parents dont leur enfant est trans, non-binaire ou en questionnement? Je fais référence principalement à Enfants transgenre Canada qui est un organisme par et pour les parents dont leur enfant vit une situation similaire à ce que tu vis présentement. Ces groupes de support existent pour que les parents puissent partager leurs questionnements, partager leur expérience et apprendre sur les transidentité. Il est possible pour tes parents d’écrire directement à Antoine pour être mis en contact avec d’autres familles de ta ville à : coordo@enfantstransgenres.ca
 
Tu es inquiet de faire vivre une transition à ta famille. La transition t’appartient, et tu n’es jamais un fardeau pour les autres. Oui ça pourrait être bizarre pour eux, mais ce sentiment est passager et minime. Je crois que tu mérites d’être bien avec toi-même aux dépens de leur inconfort. Je reconnais qu’il peut être très difficile, voire épeurant, de transitionner devant les autres, particulièrement dans une école où certains jeunes semblent moins compréhensifs.
 
Aussi, j’entends que tu ne te sens pas en sécurité avec ton père. En as-tu parlé à un adulte de confiance, c’est-à-dire un.e autre membre de ta famille, un.e enseignant.e, un.e intervenant.e de ton école ou d’une maison de jeune, d’un organisme? Si tu es mineur, dans l’occasion où tu sens que ton bien-être ou ta sécurité sont compromis par ta situation familiale, un.e adulte de confiance ou même toi-même peux recourir au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) pour te protéger.
 
Je suis très interpellée par le commentaire de ta psychologue. Un.e professionnel.le de la santé bien informé.e sait qu’il n’y a pas d’âge pour ressentir son genre. Particulièrement aujourd’hui, il y a énormément de publications scientifiques (même du Québec!) qui informent aux professionnel.les des meilleures pratiques d’interventions auprès jeunes trans, qui montrent que les meilleures pratiques sont d’accompagner et de soutenir les jeunes. Il existe plusieurs autres réseaux de soutien qui seraient là pour toi tout en te considérant respectueusement. Je pense à TRANS-Mauricie/Centre-du-Québec  qui organise des discussions de groupe, à Divergens qui eux, offrent des rencontres individuelles. Aussi, tu peux chercher des sexologues et des psychologues qui s’affichent comme allié.es LGBTQ+ qui sauront te soutenir pour que tu puisses t’épanouir. D’ailleurs, en tant qu’adolescent de 14 ans et plus, tu as droit d’accès à des soins de santé en toute confidentialité. Autrement dit, tu pourrais rencontrer un.e intervenant.e, infirmier.ère, médecin, psychologue, sexologue sans que tes parents aient à le savoir. 
 
Pour citer cette réponse d’une collègue : «L’adoption récente de la Loi visant à renforcer la lutte contre la transphobie et à améliorer notamment la situation des mineurs transgenres facilite aussi l’accès aux procédures de changement de la mention de sexe sur les documents légaux. Voici le lien du document pour demander une modification de la mention de sexe à l’État civil pour les jeunes de 14 à 17 ans qui présentent cette demande par soi-même, donc sans l’appui des parents ou tuteurs légaux : Demande de changement de la mention du sexe d’une
personne de 14 à 17 ans présentée par elle−même. Paradoxalement, contrairement à la modification de la mention de sexe, l’État demande toujours le consentement des parents pour faire une modification de prénom… Pour de plus amples informations concernant les demandes de changements de sexe ou de prénoms sur les documents officiels, je te propose de jeter un coup d’oeil à ce guide concernant la transition légale. » 

 
Concernant l’école, je dois noter qu’il est fréquent que des jeunes trans reçoivent davantage de soutien de la part de l’école que de la famille. Est-ce qu’il y a un.e adulte de confiance à ton école avec qui tu te sentirais confortable de partager ta situation et de lui communiquer que tu souhaites être identifié avec le prénom Mason et les pronoms masculins? Je te propose de lire ce guide : Mesures d’ouverture et de soutien envers les jeunes trans et les jeunes non-binaires à l’attention des établissements d’enseignement au Québec. Dans ce guide, il y a les recommandations sur les façons dont les écoles doivent s’adapter et offrir un soutien aux jeunes étudiant.e.s trans de leur établissement. En 2016, la loi au Québec a été changé pour statuer qu’il est illégal de discriminer des personnes en fonction de leur identité de genre. Maintenant que c’est écrit dans la Charte québécoise des droits et liberté de la personneton école a l’obligation de te donner des mesures de soutien. L’école a aussi le devoir de respecter ton désir d’anonymat et de respecter ton désir de confidentialité à l’égard de tes parents. L’école a aussi la possibilité de mettre un mécanisme interne afin que ta carte étudiante reflète ta réelle identité de genre même si tes papiers légaux ne sont pas modifiés. Cela signifie que l’école peut te donner une carte étudiante avec le prénom -Mason- sans pour autant que tes parents consentent, sans pour autant que tu aies modifié quelconques documents au niveau du gouvernement. En rencontrant quelqu’un.e de confiance à ton école, que ce soit la travailleuse sociale ou le psychologue, un professeur de confiance, etc, tu peux donner le Guide sur les mesures d’ouverture et de soutien que j’ai préalablement cité. Ce guide permettra à l’adulte que tu rencontreras de mieux comprendre ta situation et tes besoins qui sont, disons-le, urgents. N’hésite pas à proposer à cet.te adulte de confiance de rentrer en communication avec AlterHéros ou Enfants transgenre Canada pour toute question. Il est important de se rappeler que depuis 2016, les écoles ont l’obligation légale d’offrir un soutien aux élèves trans.
 
Tu me dis que tu ne sais pas comment gérer la transphobie intériorisée et tes émotions douloureuses. Je comprends qu’il est très difficile de passer à travers une telle expérience sans aide et soutien. Pour faire du pouce sur ce que je disais plus tôt, il existe bien des gens allié.es de qui tu peux t’entourer. Je t’ai déjà mentionné TRANS-Mauricie/Centre-du-Québec et Divergens, où au-delà des intervenant.es, tu peux rencontrer d’autres personnes avec des parcours trans qui peuvent avoir une expérience similaire à la tienne. Tu peux aussi regarder quelle est la maison des jeunes de ton quartier, ou n’importe quel autre organisme LGBTQ+ friendly. Prends soin de toi, ne t’isole pas. Nous sommes beaucoup ici à croire en toi!
 
Tu me parles de masturbation, des situations qui sont dysphoriques, et d’autres qui ne le sont pas. J’insiste sur le fait que oui tes fantasmes sont très normaux. C’est très normal qu’en tant que garçon, tu te perçois comme garçon cisgenre dans une relation sexuelle. Je te partage cette magnifique réponse qui explique plusieurs façons d’alléger la dysphorie : J’ai l’impression d’être un homme piegé dans un corps féminin. Dans cette réponse, on y aborde notamment la question de certains accessoires d’affirmation de genre, dont les packers qui permettent d’avoir l’apparence d’un pénis à travers les sous-vêtements et dont quelques-uns te permettent également de pouvoir uriner debout. Il est important que tu te rappelles que tes sentiments sont valides et que tu te donnes le droit d’explorer! 
 
N’hésite pas à nous reécrire si tu as d’autres questions. J’espère t’avoir répondu de façon satisfaisante!
 
Fanny Girard-De Serres, pour Alterhéros. 
 
 
 


About Fanny

Fanny est étudiante au Baccalauréat en Sexologie de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM). Elle rêve d'égalité, d'une sexualité épanouie pour toutes et tous et de la gratuité du Nutella.

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