Comment être sûr de mon identité sexuelle ?


Bonjour Robin,

Je te remercie pour ta lettre et j'espère que tu as déjà pu trouver quelques réponses à tes questions dans cette section du site. Je remarque que ton texte parle principalement de ton corps et de la relation que tu as avec lui. Ce que tu vis correspond à ce que la plupart des personnes trans ressentent. Toutefois, la transsexualité ne se limite pas du tout à l'aspect physique. C'est aussi l'identité sociale de la personne qui est en cause. Car la transsexualité, c'est une discordance entre le genre qui nous a été assigné à la naissance et celui auquel on s'identifie intérieurement. Cette discordance cause un mal-être constant, comme celui que tu dis vivre.

Certaines personnes trans savent dès leur jeune enfance que leur identité ne correspond pas à leur corps physique. Mais pour d'autres, cette réalisation se fait plus tard, à l'adolescence ou à l'âge adulte, après avoir vécu les expériences nécessaires à la construction de leur identité. Certaines personnes vont réaliser qu'elles ne sont pas trans, mais simplement des hommes ou des femmes ayant quelques caractéristiques de l'autre sexe.

Alors la question que tu dois te poser, ce n'est pas seulement de savoir quel corps tu aimerais avoir, mais aussi comment tu voudrais que les gens te perçoivent, parmi ta famille, tes amis et ton milieu scolaire. Comme un gars, comme un fille, ou comme une personne au-delà du genre (transgenre)? C'est à toi de le déterminer. Pour t'aider, tu pourrais consulter un(e) spécialiste en identité de genre (psychologue, sexologue, intervenant(e) communautaire). Ces personnes, qui travaillent régulièrement avec une clientèle trans, pourraient te guider et de conseiller dans ta réflexion. Tu pourrais également aller à la rencontre de jeunes personnes trans afin de partager ton vécu et entendre le leur. En France, tu peux contacter l'organisme MAG-Paris (http://www.mag-paris.fr/) qui travaille auprès des personnes transsexuelles. En plus de te permettre de t'informer ce que tu vis, cet organisme pourrait t'orienter vers les bonnes ressources en cas de besoin.

Tu accordes beaucoup d'importance à la chirurgie dans ta question, et c'est légitime car c'est une étape que plusieurs personnes transsexuelles décident de traverser. Mais par contre, avant d'en arriver là, une personne transsexuelle traverse un cheminement qu'on appelle la transition. C'est le processus par lequel elle change son identité sociale et légale ainsi que son apparence extérieure pour qu'elle s'accorde avec ce qu'elle est en dedans. C'est seulement une fois la transition sociale complétée qu'une personne est autorisée à recevoir une correction génitale. Pour ce qui est des points précis que tu soulèves par rapport à la chirurgie :

– Oui, elle est irréversible. Mais rien ne t'oblige à la subir tant que n'est pas prêt(e). Tu peux vivre une vie de femme à temps plein sans aucune opération, et d'ailleurs c'est ce que de nombreuses femmes transsexuelles font par choix.

– Oui, les lois françaises ne simplifient pas la tâche, surtout si on désire passer par le système public. Mais la pression de l'union européenne force de plus en plus le gouvernement français à assouplir ses positions, les choses sont appelées à beaucoup changer dans les prochaines années.

– Les résultats peuvent être médiocres, comme dans toute chirurgie plastique. Toutefois, les avancées dans le domaine permettent aujourd'hui de créer une vulve, un vagin et un clitoris d'apparence tout à fait normale et permettant d'atteindre l'orgasme. Il faut bien sûr s'assurer de choisir un chirurgien réputé et de connaître tous les risques et périls.

Pour conclure, j'aimerais te dire que rien ne justifie que tu aies à vivre avec un mal-être constant. Tu as le droit de vivre ta vie comme tu veux, librement et sans honte. Tu as aussi le droit de recevoir toute l'aide psychologique et médicale dont tu as besoin, et ce même si tu es mineur(e). N'hésite pas à aller la chercher!

Élyse


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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