Après avoir dû détransitionner deux fois j’aimerais vraiment affirmer mon genre, mais je suis complètement démotivée…


Bonjour, je suis mtf j’ai 27 ans et je suis en pleine période de doute.

J’ai entamé une transition en 2018 qui a été interrompu suite à une hospitalisation en psychiatrie pour toxicomanie. A la suite de cet évènement je me suis tournée vers une association lgbt de ma ville. Une femme trans m’a aidé à reprendre la transition j’étais à 1 an et demi d’hormones et j’étais à 2 doigts d’avoir une augmentation mammaire sauf que j’ai eu peur et j’ai détransitionner à nouveau. Au fond de moi je sais que je suis une femme trans mais je vis dans le déni. Je ne m’accepte pas et je suis en souffrance. J’ai vécu bcp de chose compliqué et je suis suivi par une psychiatre qui m’a donné son feu vert pour recommencer les hormones. Ce serait un nouveau début de transition. Je suis complètement démotivée et je ne sais plus comment faire pour me sentir à l’aise. J’ai coupé mes cheveux courts et jai l’impression d’avoir fait un bon dans le passé. Je déteste ma pilosité, mon sexe et je perds espoir. Je déteste qu’on m’appelle monsieur mais je n’ai plus de passing. J’aimerais vraiment faire cette transition mais je ne sais plus où j’en suis. Je suis en conflit permanent avec moi-même et je ressens bcp d’émotions négatives. Je regrette un peu d’avoir arrêté ma transition j’étais bien partie. Pour le moment je fais du laser pour la barbe et ça n’en finit plus…

Help! Que pensez vous de ma situation je me sens piégée.

Cordialement

Bonjour,

 

Merci de nous avoir partagé ce qui t’arrive! Je pense que, pour moi, ce qui ressort surtout de ton histoire de vie c’est à quel point elle est trop commune. Même si les parcours de chaque personne sont uniques, je me reconnais dans plusieurs des points de ton histoire, et j’aimerais essayer de t’offrir un brin de conseils et de sagesse.

 

Il est plutôt rare qu’une transition se déroule en tout point de A à Z selon nos plans sans aucun accroc, difficulté ou accident. Notamment, ça peut arriver que l’on ne soit pas sur·e·s, que l’on hésite à entreprendre certaines étapes ou que l’on décide d’en reverser certaines. C’est tout à fait normal et sain d’explorer, d’expérimenter et de finir par découvrir ce que l’on veut vraiment et ce que l’on ne veut pas. Il n’y a absolument aucune honte à changer d’idée! Par contre, le hic c’est qu’à travers nos tentatives et nos démarches on peut se faire exclure, invalider, insulter ou pire, par des proches, des étrangers, des professionnel·les ou autre. Nos décisions ne sont donc pas que le résultat de facteurs internes (réflexions, doutes, peurs, joies, désirs, besoins) mais aussi de facteurs externes (circonstances de vie, contexte, société, accès aux soins, moyens financiers, etc.) souvent hors de notre contrôle. Tu dis très bien savoir qui tu es, une femme trans, mais devoir vivre dans le déni et le conflit avec toi-même. C’est pas toujours facile de retrouver un sens de contrôle ou de pouvoir sur sa vie quand notre transition se voit interrompue pour des raisons qui nous échappent, mais je pense que c’est possible 🙂

 

Si je peux te parler un peu de ma propre expérience, je n’ai à ce jour encore jamais entamé de transition médicale, et différents aspects de mon apparence sont encore compris comme “masculins” par la plupart des gens de la société. Je me fais constamment appeler “monsieur” au travail et ça me fâche au plus haut point. D’un côté, je crois ne pas avoir commencé de démarches car le temps d’attente et les coûts (financiers et émotionnels) semblent très importants. Surtout que mon sentiment de féminité fluctue et n’est pas tous les jours au même niveau. Mais j’ai aussi cette crainte, de ne pas être exactement comme les autres personnes trans que je connais, que j’aurais beaucoup plus de travail et d’efforts à faire pour arriver à passer au féminin, si ça fait du sens? Je crois qu’en tant que personnes trans on a tendance à porter beaucoup plus d’attention à ses propres “défauts” et “imperfections” qu’à celles des autres. Et, d’un autre côté, j’aime bien certains de mes attributs. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des femmes cis qui ont de la pilosité, des muscles, de petites poitrines ou des cheveux courts. Il y a toute sorte de femmes cis et trans à travers le monde 🙂

 

Bref, être trans n’est pas toujours un long fleuve tranquille! Les obstacles, les retards, les retours en arrière et les bonds en avant, les bonnes et les moins bonnes surprises,ça fait souvent partie du chemin. Certaines personnes arrêtent ou retardent leur transition, par manque de soutien ou en raison d’un contexte oppressif, pour la reprendre plus tard. Et parfois cet aller-retour se reproduit plus d’une fois. À chaque tentative on est plus fort·e·s et mieux préparé·e·s pour affronter les embûches et les détours de la vie. J’ai un ami qui entame sa nouvelle transition après avoir détransitionné, et voici ce qu’il aimerait te dire :

 

C’est difficile de recommencer à faire les étapes de transition qu’on a fait dans le passé je suis d’accord, il y a beaucoup de regrets souvent associés au fait de ne pas avoir continué sur le chemin qu’on avait commencé à tracer ; mais le progrès n’est pas linéaire, pendant la période où j’étais en détransition j’ai appris des choses à propos de moi-même qui sont quand même très importantes au processus même sans y penser activement. Le processus la deuxième fois (et celles d’après) peut sembler plus difficile ou décourageant, mais il faut se dire que ce n’est plus vraiment une surprise pour l’entourage lorsqu’on fait un deuxième coming out lorsqu’on l’a déjà fait alors c’est plus facile de gérer la situation avec la maturité qu’on a gagnée avec le temps. Quand on arrive à ce moment-là où on remet tout en perspective, toutes les étapes peuvent paraître comme une énorme corvée . Si tu es en sécurité, et que tu te sens bien, les chances sont que cette fois tout sera plus facile . On a tendance à avoir peur de refaire les premières étapes quand la première fois n’était pas idéale, mais ça vaut tellement la peine d’être plus confortable avec soi-même, surtout quand on a plus d’outils pour gérer toutes les émotions qu’une transition apporte.

 

Dans ton message tu dis que tu aimerais vraiment faire ta transition, et que tu perçois cette opportunité comme un nouveau départ. Je pense que c’est exactement ça, un nouveau départ, mais cette fois avec toute la résilience, les forces, les compétences et les aptitudes que tu as pu développer dans les dernières années. Le fait que tu aies déjà un suivi psychologique, que tu fréquentes une association LGBT+ et que tu connaisses au moins une autre femme trans qui sait t’aider sont des ressources qui vont contribuer à rendre cette expérience plus facile aussi à mon avis!

Peut-être que tu pourrais commencer à tranquillement planifier les prochaines étapes d’affirmation de genre, en priorisant celles qui te semblent les plus importantes. Parfois, cela peut faire du bien d’attendre et d’avoir hâte à quelque chose. À travers cette attente je t’encourage aussi à faire preuve de patience et de bienveillance dans la mesure du possible. Essaye de faire des activités qui te font du bien, qu’elles soient en lien avec ta féminité ou pas spécifiquement. N’oublie pas non plus de souligner et de célébrer les victoires et les réussites, les petites comme les grandes. Entretenir un sentiment de gratitude et de reconnaissance aide à être mieux dans sa peau et dans sa vie.

 

Une chose semble certaine, tu sais qui tu es, il ne te reste qu’à te réaliser. Je comprends que tu te sens enfermée dans une cage de doutes et que tu vis présentement des émotions difficiles. C’est bien normal alors que tu entres dans un nouveau chapitre. À 27 ans à peine, tu es encore au début de ton histoire, il te reste encore des décennies pour écrire et découvrir la vie de tes rêves. D’ailleurs, parlant de lecture, as-tu eu la chance de lire le roman “Detransition, Baby!” ? Voir ses expériences reflétées dans des histoires et des personnages fictifs peut aussi aider à normaliser et à accepter son propre vécu.

 

Oki, je pense que ça fait pas mal le tour des principales choses que je voulais te dire. J’espère que c’est un peu aidant? Tu peux toujours nous écrire si tu as besoin de soutien ou d’information en lien avec ta transition! Ou juste pour nous donner de tes nouvelles, ça fait toujours plaisir.

 

Fais attention à toi,

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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