Ma seule erreur


J’ai récemment annoncé mon homosexualité à une amie très catholique. J’appréhendais énormément sa réaction, mais je ne m’attendais pas à celle que j’ai eue. Elle est restée impassible et m’a dit que « dans l’absolu cela ne changeait rien », et quelques minutes plus tard, nous parlions de la pluie et du beau temps. Ma surprise fut immense : je pensais recevoir une réaction négative avec un dialogue qui aurait permis de clarifier les choses, mais je n’ai pas eu droit à quelconque conversation. Voici ce que j’aurais aimé lui dire :

Ma seule erreur a été de tomber amoureuse de la personne la plus gentille qui soit. Mon seul regret est qu’il ne se soit rien passé.

J’ai fait des tas de choses dans l’espoir de me convaincre que j’étais normale. Si je n’y suis pas parvenu, c’est lié au fait que je représente une autre forme de normalité. Il n’est pas plus anormal d’être gaucher que droitier, pourtant les gauchers font toujours office d’événement.

Au début, pas une seule seconde je n’ai pensé à autre chose que mourir pour faire disparaître ce que je ressentais, je n’ai pas arrêté de me demander pourquoi moi et de chercher à changer les choses. Je me suis fait souffrir inutilement pour tenter d’oublier. S’il y avait eu une pilule magique pour être comme les autres, alors je l’aurai prise.

Encore aujourd’hui, j’ai parfois du mal à m’accepter, mais je ne pourrai plus prendre cette pilule. C’est comme si j’aimais le plastique, ça n’a rien de très lyrique, mais je n’ai pas pu trouver autre chose qui caractérise mieux ce que je ressens. Imaginons que tu aimes manger du plastique : tout le monde te regarde bizarrement en disant que tu es folle, que tu as une maladie, qu’il faut te faire soigner. En réalité, tu aimes juste un aliment que peu de gens apprécient et pour toi, ce plastique a le goût raffiné du chocolat.

Malgré les regards désobligeants des gens à la cantine, dans les restaurants, au cinéma et partout où tu en manges, tu fais avec, sans plastique. Tu ne pourras jamais être toi-même, tu ne seras jamais rassasiée et tu es condamné à être malheureuse. Alors, tu fais le seul choix possible, t’accepter telle que tu es, même si c’est dur et même si les gens ne te comprennent pas toujours.

Heureusement, tout le monde ne te regarde pas méchamment et tu découvres des gens qui considèrent qu’avoir des goûts différents n’est ni effrayant, ni anormal. Tu peux alors reprendre goût à la vie à ce moment là.

Et si j’ai un peu de chance, je rencontrerais quelqu’un comme moi qui aime aussi le plastique…

Maintenant, je me demande si j’ai bien fait de lui dire, puisque nous faisons comme si je n’avais rien dit. J’en suis encore plus malheureuse qu’avant et je ne sens pas vraiment soulagée. Je ne cache plus mon homosexualité, mais je fais comme si elle n’existait pas avec cette amie.

Je me dis que lorsque quelqu’un de ma génération (j’ai 20 ans) n’intègre même pas l’idée d’homosexualité, le chemin avant la reconnaissance de cette sexualité au même titre que l’hétérosexualité est encore long.


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