L’état de mon frère ne s’améliore pas. Est-ce que des émotions négatives peuvent nous rendre malades physiquement ?


Bonjour,
Je vous ai déjà écrit un petit peu à propos de ma situation familiale (mon petit frère est un ado trans, il a passé par plusieurs étapes difficiles, ma demi-soeur a fait un coming out de lesbienne et ca a mal été reçu dans la famille, donc c’était compliqué).
Je vous écris à nouveau aujourd’hui parce que je me sens très inquiet. Est-ce que vous pensez que c’est possible que des émotions négatives rendent quelqu’un physiquement malade? La rentrée est arrivée et je pense que ca va trop vite et que c’est trop en même temps pour mon frère. Il est passé de tendu à complètement mal physiquement. Il est tout faible et blême, nauséeux, fiévreux. Ca pourrait être un hasard? Plus la rentrée approchait et plus il était anxieux et malade. Je ne sais pas quoi faire parce qu’il ne sait pas quoi faire. Il n’a pas l’air prêt d’être out à l’école et dans la famille mais en même temps il souffre beaucoup quand il est traité au féminin. Je me sens mal aussi parce qu’avec l’uni qui commence, je vais moins avoir de temps pour être avec lui ou pour être à la maison. Son nouveau meilleur ami n’est pas à la même école. Personne ne sait à son école. Il aura un prof que j’avais eu et je sais qu’il est vraiment bien comme humain, il pourrait sûrement être appui si mon frère lui parle. Mais pour le moment parler ce n’est pas possible. S. a essayé de parler de son identité avec d’autres amis qui vont à la même école que lui, mais toutes les fois, c’était trop tôt et c’est comme si son corps le bloquait. Tout d’un coup il était affolé et respirait en scillant, il avait l’air de manquer d’air et d’être dans un autre univers tout à coup. C’était vraiment terrible de le voir comme ça. Ça lui a refait à chaque fois qu’il a voulu en parler. Il a l’air épuisé et ça fait aussi qu’il s’isole plus parce qu’il arrive pas à parler à ses amis et qu’il est mal quand ses amis le traitent en fille. On a l’air d’arriver à une impasse. Je sais que j’exagère, mais j’ai limite peur qu’il meurt de panique et de stress, ou en tout cas qu’il devienne physiquement très malade pour très longtemps. Je ne sais pas quoi faire.
Émile

Salut Émile,
merci de nous écrire à nouveau.
Je comprends que la situation ne s’est pas améliorée pour ton frère et que tu es très inquiet pour sa santé. C’est une période difficile pour lui et pour toi. Je veux te dire en débutant que toutes les émotions que tu vis sont valides – tu as le droit d’avoir de la peine, d’être inquiet, fâché… Même si c’est ton frère qui prend le plus de place dans tes pensées en ce moment, j’espère que tu prends du temps pour toi, pour parler de tes propres émotions et craintes ou de les évacuer d’une autre manière. J’espère que nous écrire te fait au moins un peu de bien. Je te remercie pour ta confiance, d’ailleurs.
Je crois que ta rentrée à l’université te fera du bien. Tu auras effectivement moins de temps et d’énergie pour ton frère et je comprends que ça te cause du stress et de la culpabilité. Toutefois, comme on dit souvent en relation d’aide, pour aider les autres, il faut d’abord s’aider soi-même. C’est vraiment sain que tu aies l’occasion de découvrir un nouvel environnement, de nouvelles personnes, de nouvelles activités… Non seulement ça risque d’améliorer ta propre santé mentale, ça te permettra, paradoxalement, d’être plus présent pour ton frère même si c’est d’une manière moins régulière. Qu’en penses-tu?
Maintenant, ta question. Est-ce que des émotions qu’on considère comme négatives peuvent nous rendre malades? La réponse est oui. Est-ce que c’est une situation permanente? Non. Je ne crois pas que ce soit un hasard, l’arrivée de la rentrée qui coïncide avec des symptômes plus importants et envahissants. Ton frère vit beaucoup d’anxiété actuellement et ces moments où il a manqué d’air me semblent être des crises de panique. La mauvaise nouvelle? Ce sont effectivement des moments très désagréables à vivre et aussi à voir. La bonne nouvelle? Personne ne meurt d’une crise de panique.
Tranche de vie: je connais bien la bête qu’est la crise de panique, j’en ai fait plusieurs au cours des dernières années, jusqu’à plusieurs par jour avant d’avoir un diagnostic en santé mentale en 2014. Comme ton frère, je traversais une crise importante et j’avais besoin d’aide – mon corps m’envoyait des signaux pour me dire que le stress que je combattais m’épuisait de l’intérieur et qu’il fallait que je fasse quelque chose. Depuis, je prends de la médication, je consulte une psychologue et ma situation s’est améliorée énormément. Comme tu peux voir, je ne suis pas morte d’une crise de panique même si j’en ai fait des dizaines… et maintenant, je n’en fais plus du tout.
Le centre d’aide en ligne de l’Université Laval consacre une longue page d’information aux crises d’angoisse (ou attaques / crises de panique). On y explique l’origine du phénomène, des manières de rendre ces crises moins pénibles et surtout des explications concernant les différents symptômes qui peuvent nous faire penser qu’on va mourir (ce n’est pas le cas!). Tu peux le lire si ça t’intéresse et partager ces infos avec ton frère si le cœur t’en dit. Je ne sais pas si c’est l’université que tu fréquenteras, mais je t’invite à consulter leur offre de services en santé des étudiant.e.s puisque tu pourrais en bénéficier. Dans les universités, les services d’aide et d’accompagnement pour les étudiant.e.s sont généralement gratuits ou offerts à bas prix. Jette-y un coup d’oeil !
Je suis contente de savoir que ton frère a un ami avec qui il est out (je présume). Ça lui fait un allié important de plus. Crois-tu que ce serait une possibilité pour lui d’aller chercher de l’aide avec cet ami? À mon avis, le plus important, pour l’instant, est que ton frère reçoive de l’aide professionnelle. Je vous recommande de contacter l’organisme DiverGenres directement ou de nous demander de les contacter (oui oui, on peut faire ça aussi, on les connaît bien!), si ton frère accepte de consulter. C’est une équipe de personnes trans et non-binaires qui connaissent bien les services offerts dans la capitale. Tu savais qu’iels pouvaient aussi aider les personnes trans a faire leur coming-out auprès de leur entourage? Ça pourrait être une option pour ton frère, même pour parler à ce prof que tu connais et qui a le potentiel d’être un allié aussi.
Tu es un frère bienveillant, aidant, généreux et je veux te remercier pour le soutien que tu apportes à ton frère. Toutefois, tu n’est pas thérapeute et tu as aussi tes propres limites. C’est normal et c’est sain. C’est pourquoi je te suggère d’encourager ton frère à consulter – ça lui fera le plus grand bien, et à toi aussi, à l’aube de cette rentrée scolaire très importante pour vous deux.
Tu me diras ce que tu en penses si tu en as envie.
N’hésite surtout pas à nous réécrire, quoi qu’il en soit.
On est là pour toi et pour ton frère. Bon courage.
Marie-Édith, B.A. sexologie, pour AlterHéros

About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

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