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30 avril 2021

J'aimerais ouvrir le dialogue avec ma copine pour qu'elle puisse me dominer... Suis-je normal? Comment lui en parler?

Bonjour AlterHéros!

J’aimerais ouvrir le dialogue avec ma copine pour qu’elle puisse me dominer. J’ai le fantasme de soumission, d’être maltraité et dégradé…
Je ressens de la peur à l’idée de poser ma question. Mais suis-je normal?

Merci.

Guillaume Perrier

Bonjour!

Merci grandement pour la confiance que tu accordes envers l’équipe d’AlterHéros! Il n’est pas toujours évident de parler avec franchise et transparence de nos différentes préférences sexuelles et de nos fétichismes. Note qu’à nos côtés, tu es le bienvenu pour nous partager sans gêne tout ce qui te préoccupe au niveau de la sexualité. Et si jamais ça peut te mettre en confiance, je suis moi-même pratiquant de diverses pratiques BDSM, alors sois sans gêne! 🙂

Premièrement, avoir des pratiques sexuelles diversifiées ou des fantasmes de l’ordre de la domination/soumission ne fait aucunement de toi quelqu’un d’anormal! N’importe quelle pratique sexuelle pratiquée dans le consentement et le plaisir de chaque partenaire est extrêmement sain! Malheureusement, nous vivons encore dans une société qui a hérité d’un lourd héritage moral concernant la sexualité. Il y a donc un discours social prédominant définissant quel type de sexualité est morale et quelles pratiques sexuelles sont immorales. Dans ce contexte, il est possible de ressentir des sentiments de honte ou de peur devant le fait que nos pouvons ressentir une volonté de mettre en application ce genre de fantasmes ou de pratiques sexuelles. Mais rappelons-nous que nous avons entièrement l’autonomie de définir par nous-mêmes quels types de pratiques sexuelles sont bonnes pour nous et nos partenaires. Nous sommes autonomes de nos propres corps après tout. Alors mettons quelque chose au clair : tu n’es pas anormal si tu souhaites que ta copine puisse de temps en temps te dominer en fonction de vos propres paramètres de jeux tant et aussi longtemps que le consentement entre les partenaires est votre ligne directrice.

Deuxièmement, avant d’adresser plus précisément ta question à savoir comment ouvrir ce dialogue avec ta partenaire, j’aimerais t’offrir plus d’informations en ce qui concerne les jeux de domination. Pour ce faire, je vais citer plusieurs extraits de cette toute nouvelle et franchement impressionnante brochure «Tu veux explorer le kink?» créée par lo sexologue Gabriel-le Beauregard.

Dans le grand univers des pratiques kink ou BDSM (bondage, domination, soumission, masochisme), tout comme dans n’importe quelle forme d’intimité, le consentement est au coeur d’une expérience plaisante et sécuritaire! Mais comment appliquer le consentement dans un cadre de soumission envers ta copine tout en protégeant ton intégrité physique et psychologique? D’abord, la confiance envers ta partenaire est un ingrédient important afin de te sentir suffisamment confortable pour ouvrir la discussion sur vos besoins, vos limites, les paramètres du jeu, vos attentes et même pour les soins post-jeu (ou aftercare, en anglais). Voici 5 aspects concernant le consentement, tirés, paraphrasés et adaptés en fonction de ta situation via la brochure précédemment citée, que tu pourrais discuter avec ton amoureuse avant d’expérimenter une pratique BDSM :

– Précis: Qu’est-ce qu’on aimerait faire, dans les détails? Discuter en détail et sans ambiguïté des pratiques que tu as envie d’essayer, à quelle intensité et ton confort avec les marques corporelles. Ça construit un menu duquel tu peux choisir avec ta partenaire pendant la séance. Il est aussi important de discuter de vos attentes (type de dynamique, engagement, intensité) pour vous assurer qu’elles vont bien ensemble.

– Libre: Est-ce que j’en ai vraiment envie, sans pression ou crainte? T’assurer que tu participes de bon cœur et que tu ne te sens pas contraint par la dynamique établie avec l’autre. Ceci s’applique tout autant pour ton amoureuse! Elle ne doit pas se sentir obligée de te gifler, par exemple, afin d’éviter de te perdre. Il est donc important de prévoir des moments hors-jeu pour réviser les ententes périodiquement.

– Informé: Est-ce que j’en connais assez pour pratiquer de façon sécuritaire? Il est important que tu en saches assez pour savoir dans quoi tu t’embarques et quels signes observer pour ton bien-être. Il est donc pertinent de discuter de tes propres limites et de celles de ton amoureuse pour qu’elles soient explicites: As-tu des enjeux de santé physique ou mentale qui devraient être pris en considération? Une blessure qui pourrait limiter les pratiques possibles de façon sécuritaire? Des mauvais souvenirs qui pourraient refaire surface si certains mots ou pratiques sont utilisés? As-tu consommé de l’alcool ou des drogues (prescrites ou non) avant de jouer? Quels impacts ces substances peuvent-elles avoir sur ton jeu? Est-ce que toi et/ou ta partenaire avez suffisamment d’expérience ou de connaissances par rapport aux pratiques que vous voulez faire? Êtes-vous en mesure de vous entraider dans l’exploration ou de vous faire soutenir?

– Enthousiaste: Est-ce que je préfèrerais faire autre chose? Assure-toi que ton intention, dans la séance, demeure positive (il ne s’agit pas de se défouler d’une frustration sur l’autre ni d’essayer de te prouver ou faire valoir). 

– Réversible: Qu’est-ce que je fais pour signifier que je veux arrêter? Détermine des moyens (safe word, signal physique, etc.) pour pouvoir ralentir ou arrêter la séance ou la pratique en cours et assure-toi d’avoir suffisamment confiance en ta partenaire pour te sentir à l’aise de les utiliser et d’être respecté. Il est par exemple possible de déterminer un safe word, c’est-à-dire un mot préalablement discuté avec ta partenaire, où l’activité sexuelle prend fin lorsqu’il est prononcé. Il est aussi possible d’établir un code de couleur. Par exemple : vert (continue, tu peux aller plus fort!), jaune (tu peux ralentir un peu?) et rouge (ouf, j’ai besoin d’une pause! On arrête?).» Pour avoir l’expérience la plus positive possible, il est aussi important de discuter de tes besoins après la scène, c’est-à-dire l’aftercare. Est-ce que tes besoins et ceux de ta partenaire correspondent? Si non, comment et avec qui pouvez-vous vous assurer qu’ils soient remplis?

 

Troisièmement, j’ai pu comprendre à travers tes quelques mots que c’est le fait d’être dominé qui t’interpelle particulièrement (je te comprends!). À ce sujet, pour citer encore une fois les mots de Gabriel-le Beauregard, les jeux psychologiques de domination/soumission impliquent de «modifier temporairement notre rapport à nous-même et notre rapport à l’autre». Cela peut être super émancipateur, parfois même un exutoire incroyable, et même une façon d’apprendre à mieux se connaître, tant soi-même que notre partenaire! Les jeux d’impact incluent, pour leur part, toutes les activités qui impliquent de frapper l’autre ou d’être frappé‧e. En ce sens, «avant de commencer une séance, il est important de discuter des possibles marques corporelles (ecchymoses, grafignes) qui pourraient résulter de ces pratiques et de mentionner si tu souhaites en avoir ou pas, et si oui, où sur ton corps, ainsi qu’à quelle intensité». En ce qui concerne la fessée, «pratique impliquant de délivrer des impacts à mains nues sur différentes parties du corps. Le jeu se construit en variant l’intensité des coups, leur rythme et leur emplacement sur le corps de la personne qui reçoit. Attention: pratiquer la fessée sur un os (coude, os iliaque, etc.) est aussi douloureux et déplaisant pour la personne qui reçoit (bottom) que pour celle qui donne (top)»

 

Quatrièmement… comment en parler avec ta partenaire? En règle générale, comme définirais-tu votre aisance ou même capacité à discuter ensemble de sexualité? Avez-vous l’habitude de discuter de certaines pratiques ou positions sexuelles que vous avez préférez plutôt qu’une autre? D’éléments que vous aimerez expérimenter ensemble? De certains fantasmes ou désirs? Ce qui peut vous exciter? Dans ces moments, est-ce qu’il y a certains mécanismes ou contextes que tu as repérés où la discussion se faisait de façon bienveillante? Mon collègue Shinri donne une foule d’astuces et de pistes de réflexion dans cette réponse (J’ai le fantasme d’être soumis, mais je n’ose pas en parler à ma copine…) ! Bien que je te propose de lire sa réponse au complet, il propose en autre que : «tu peux toujours entamer la discussion en lui posant des questions de ce type :  A-t-elle des fantasmes? Si elle avait l’occasion d’essayer n’importe quoi, qu’est-ce qu’elle aimerait tenter? Qu’est-ce qu’elle n’aimerait vraiment pas essayer? Quelles sont vos limites mutuelles? vos peurs? insécurités? Est-ce qu’il y a certaines pratiques sexuelles dont vous êtes plus curieux‧ses? Est-ce qu’elle est attirée par l’univers fétichiste/kinky? Si tu vois qu’elle a une certaine ouverture, tu pourrais lui proposer d’explorer à votre rythme.»

Il existe également plusieurs exemples sur internet de liste yes / no / maybe. Est-ce que tu connais ce concept?  Celles-ci sont utilisées pour faciliter une communication claire des désirs et envie de chacune des personnes impliquées. Un exemple de liste se trouve sur ce site internet. Pour reciter mon collègue Shinri :

C’est des fiches yes / no / maybe qui peuvent être assez complètes et qui permettent de voir avec chaque partenaire ce qu’on est à l’aise d’essayer selon un niveau d’intérêt, et selon notre expérience. Ça peut être une façon de tâter le terrain par rapport à votre ouverture. […] Une fois que vous aurez fait chacun votre liste, vous pouvez comparer et voir vos terrains d’ententes. Voyez cela comme un jeu, comme de la découverte. Il n’y a pas de performances, amusez-vous, explorez, riez, amusez-vous du fait que ce vous avez essayé est ridicule, ou réjouissez-vous du fait que vous avez vraiment apprécié une certaine activité. Restez à l’écoute de vos limites, donnez-vous des signes et des codes pour communiquer la fin d’une activité, pour prendre une pause, pour communiquer que finalement, ce n’est pas vraiment mon truc. Laissez-vous aller dans un brin de folie à deux. Donnez-vous une chance de découvrir de nouvelles choses et expérimenter. Amenez cette exploration par le jeu peut parfois faciliter à laisser tomber des barrières et des tabous. Une bonne dose de communication en tout temps. Parlez de vos limites. À force, ce sera plus facile d’en parler.

Sinon, tu peux peut-être lui proposer de visiter un sex shop et discuter des différents trucs que vous y voyez. Encore dans le but de voir si elle est réceptive.

Si malgré tout, tu es incertain qu’elle soit réceptive ou s’il y a hésitation alors que tu lui parles de ce à quoi tu fantasmes, il t’est possible de te poser ces questions. Qu’est-ce qui t’attire dans ce fantasme? Qu’est-ce que tu aimerais en retirer? Quelles sensations ou émotions est-ce que tu espères y trouver? Savoir répondre à ces questions, ou du moins prendre le temps d’en faire la réflexion, pourrait te permettre de trouver des arguments pour mieux l’expliquer à ta partenaire.

Finalement, ton fétichisme est valide! Les clés d’une sexualité agréable, épanouie et positive sont surtout la communication et le consentement! De plus, ton fétichisme ne définit pas qui tu es et ne définit pas votre relation de couple. Ce n’est pas parce que tu aimes, dans certains contextes de jeu préalablement définis, être soumis que cela constitue un signe de personnalité particulier, un indicateur de santé mentale ou autre. Il s’agit d’une pratique érotique aussi valide que toutes les autres pratiques intimes que vous pratiquez possiblement déjà! Au moment d’en parler avec ta copine, il est possible de formuler tes phrases du genre : « Il y a des choses que j’aimerais essayer et je veux savoir ce que tu en penses et si tu es intéressée à essayer avec moi » au lieu de dire « Je veux faire X fantasme, veux-tu? ». Le dialogue est toujours plus facile dans ce genre de dynamique de communication. 🙂 Si jamais ta copine est réceptive à essayer ce fétichisme à tes côtés, vous pouvez commencer tranquillement. Et faire des mises au point (check-in) pour s’assurer que vous vous êtes tous‧tes senti‧es bien avant, pendant et après le jeu.

Bref, ce sera à vous de voir de quelle(s) manière(s) elle serait confortable, et si elle l’est! Il se peut aussi qu’à travers ces diverses communications sur les désirs et intérêts en termes de sexualité, qu’elle puisse te partager certaines envies personnelles! C’est une magnifique façon d’apprendre à mieux se connaître!

Pour des pratiques BDSM plus sécuritaires, il y a deux guides qui abordent la santé sexuelle:

BDSM Jouez Safe : Fais-moi mal mais fais le bien.

BDSM : jeux kinky plus sécuritaires

Il y a aussi ces autres questions et réponses disponibles sur notre site internet :

N’hésite surtout pas à nous écrire à nouveau au besoin. Et n’oublie pas : si jamais ta copine n’est pas intéressée à jouer, sexuellement, avec ses propres pieds, il est important de l’écouter. C’est une question de consentement, tout simplement !

J’espère que tu as pu trouver le tout utile! N’hésite pas à revenir nous voir si tu veux d’autres conseils ou nous dire comment ça a été! Et je te souhaite un bon jeu!

Chaleureusement,

Guillaume (il/he), pour AlterHéros

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