J’ai le fantasme d’être soumis, mais je n’ose pas en parler à ma copine…


Bonjour tout le monde. Je viens ici pour de l’aide. Je suis actuellement en couple, et franchement tout se passe bien. Mais j’ai un fantasme.. Celui d’être soumis, frappé ( dans le cadre sexuel ), être mal traité ( dans le cadre sexuel toujours ). Par exemple, être attaché en laisse, lécher les pieds à ma copine, me faire cracher dessus, me faire frapper. Vraiment être traité comme un chien, durant toute une journée. Ne pas avoir le droit à la parole sans qu’on me le dise. Enfin bon bref, vous voyez le genre.
Mais j’ose pas en parler à ma copine. J’ai peur qu’elle me voit d’une autre manière, qu’elle prenne peur et qu’elle parte. Je sais pas comment faire. Help me please !!..
Bradley

Bonjour Bradley,
Merci d’avoir pris le temps de nous contacter.

Tu as une question très pertinente. Le monde du fantasme est très vaste mais il est souvent dans l’ombre de beaucoup de tabous qui sont parfois difficile d’outrepasser. L’ouverture à la sexualité a grandement avancé et c’est une bonne chose, mais parler ouvertement de sexualité est parfois encore bien difficile aujourd’hui. La peur du jugement est souvent présente. C’est assez compréhensible parce que de parler de nos fantasmes est aussi de révéler une part très intime et vulnérable de nous-même. Ça prend une certaine confiance et assurance pour en parler ouvertement, surtout la première fois.

Si je peux te rassurer, ton fantasme est un fantasme commun à beaucoup de gens. Oui oui! À des degrés différents, mais le fantasme de soumission ou d’humiliation est un fantasme que j’ai pu voir assez souvent. C’est très normal, voire même sain, d’avoir une diversité de fantasmes. Il n’y a aucune honte d’en avoir quels qu’ils soient – tant et aussi longtemps que cela mettent en scène des personnes majeures et consentantes -. Ces fantasmes peuvent parfois paraître loufoques, voire étranges ou extrêmes pour certain.e.s. Mais un fantasme ne veut pas nécessairement dire vouloir le mettre en action non plus.

Dans ton cas, je vois que tu aimerais mettre en action ce fantasme et c’est très correct. Maintenant, c’est de savoir comment le communiquer à ta partenaire. Pour ce faire, je t’invite à réfléchir sur votre degré d’ouverture à discuter, ensemble, de sexualité. Quelles sont vos perceptions mutuelles de la sexualité? Est-ce qu’il vous arrive de parler de sexe facilement ensemble? De ce qui vous excite? Selon toi, est-ce qu’il y a des moments ou certains mécanismes que tu peux réfléchir pour faciliter la discussion avec elle concernant la sexualité? Sinon, tu peux toujours entamer la discussion en lui posant des questions de ce type :  A-t-elle des fantasmes? Si elle avait l’occasion d’essayer n’importe quoi, qu’est-ce qu’elle aimerait tenter? Qu’est-ce qu’elle n’aimerait vraiment pas essayer? Quelles sont vos limites mutuelles? vos peurs? insécurités? Est-ce qu’il y a certaines pratiques sexuelles dont vous êtes plus curieux.ses ? Est-ce qu’elle est attirée par l’univers fétichiste/kinky? Si tu vois qu’elle a une certaine ouverture, tu pourrais lui proposer d’explorer à votre rythme. J’ai d’ailleurs quelques fiches facile d’accès que tu peux t’amuser de remplir avec elle.

C’est des fiches « yes, no, maybe » qui peuvent être assez complètes et qui permettent de voir avec chaque partenaire ce qu’on est à l’aise d’essayer selon un niveau d’intérêt, et selon notre expérience. Ça peut être une façon de tâter le terrain par rapport à votre ouverture.
-Assez complet et divisé en catégorie : http://thatotherpaper.com/files/Yes_No_Maybe.pdf
-Un plus simplet : https://www.autostraddle.com/you-need-help-here-is-a-worksheet-to-help-you-talk-to-partners-about-sex-237385/
-Celui-ci est intéressant pour le glossaire à la fin du document parce que le reste n’est pas divisé en catégorie : http://charlieglickman.com/wp-content/uploads/2010/04/yesnomaybe.doc
-Ma préférée est celle de Bad Girl’s Bible BDSM Checklist : https://fr.scribd.com/document/409442377/Bad-Girl-s-Bible-BDSM-Checklist

Celle-là, je l’ai moi-même utilisé pour savoir ce que j’avais envie d’essayer ce que j’étais à l’aise d’essayer avec chacun de mes partenaires de jeu (playpartner).

Les listes sont en anglais par contre mais il y a moyen de chercher les termes pour trouver ce que ça signifie via Google. Qui sait, ça pourrait vous inspirer pour d’autres choses à essayer. Une fois que vous aurez fait chacun votre liste, vous pouvez comparer et voir vos terrains d’ententes. Voyez cela comme un jeu, comme de la découverte. Il n’y a pas de performances, amusez-vous, explorez, riez, amusez-vous du fait que ce vous avez essayé est ridicule, ou réjouissez-vous du fait que vous avez vraiment apprécié une certaine activité. Restez à l’écoute de vos limites, donnez-vous des signes et des codes pour communiquer la fin d’une activité, pour prendre une pause, pour communiquer que finalement, ce n’est pas vraiment mon truc. Laissez-vous aller dans un brin de folie à deux. Donnez-vous une chance de découvrir de nouvelles choses et expérimenter. Amenez cette exploration par le jeu peut parfois faciliter à laisser tomber des barrières et des tabous. Une bonne dose de communication en tout temps. Parlez de vos limites. À force, ce sera plus facile d’en parler.
Sinon, tu peux peut-être lui proposer de visiter un sex shop et discuter des différents trucs que vous y voyez. Encore dans le but de voir si elle est réceptive.

Si malgré tout, tu es incertain qu’elle soit réceptive ou s’il y a hésitation alors que tu lui parles de ce à quoi tu fantasmes, il t’est possible de te poser ces questions.  Qu’est-ce qui t’attire dans ce fantasme? Qu’est-ce que tu aimerais en retirer? Quelles sensations ou émotions est-ce que tu espères y trouver? Savoir répondre à ces questions, ou du moins prendre le temps d’en faire la réflexion, pourrait te permettre de trouver des arguments pour mieux l’expliquer à ta partenaire.

Un exemple que je pourrais te donner est de mon propre vécu. J’ai eu comme fantasme de me faire attacher et d’être soumis à quelqu’un d’autre. (Là-dessus on se rejoint un peu 😉 ) la raison derrière était plutôt psychologique. Je vivais un moment de ma vie où je tentais désespérément de garder le contrôle sur des situations qui étaient justement hors de mon contrôle. J’étais paniqué de voir s’écrouler les choses autours de moi et je voulais trouver par tous les moyens de d’empêcher que tout s’écroule. Mais je savais au fond de moi que je devais lâcher prise parce que c’était moi qui allait s’écrouler. Je ne pouvais pas contrôler ce qui est en dehors de mon contrôle. J’ai voulu me tourner vers le BDSM pour canaliser tout ça. L’idée de me faire attacher pour que je sois dans l’obligation de lâcher prise a donc fait son chemin chez moi. Le besoin de laisser aller. De laisser quelqu’un d’autre prendre le contrôle sur la situation (le temps du jeu, donc le temps de « la scène » (le terme pour parler de la séance BDSM)) et sur moi. Apprendre à prendre plaisir de la situation et juste profiter que quelqu’un d’autre prenne les choses en mains. Ça avait donc quelque chose de très thérapeutique comme raison. J’en conviens que ce n’est pas toujours aussi sophistiqué comme raison! Mais ça me permettait de comprendre les motifs et ça me permet aujourd’hui d’arriver à en parler ouvertement. Ça m’a également ouvert des portes à vouloir pousser ma curiosité plus loin. La liste de Bad Girl’s Bible BDSM Checklist m’a ouvert les portes de tout un univers que je ne connaissais pas. Je me suis renseigné sur ce qui pouvait m’allumer et sur ce qui ne m’allume tout simplement pas.

Il peut être magnifique d’explorer cet univers : à coup d’essais et d’erreurs, on arrive à cerner ce qui correspond davantage à nos besoins. Le monde de l’humiliation et de la soumission est très vaste aussi. Il y a possiblement quelque chose qui puisse intéresser ta partenaire si jamais elle était réticente à une partie de ce que tu aimerais.

Peut-être que tu peux lui amener un élément à la fois aussi. Commencer par l’idée de : « j’aimerais essayer de me faire attacher, qu’en penses-tu? » et amener un élément de plus à chaque fois.

Dans tous les cas, la communication sera toujours la clé no 1. Communiquer est très sexy. C’est important de parler de vos envies, vos limites, vos craintes. C’est important de répéter que c’est correct de dire non, de changer d’avis à n’importe quel moment. De ne pas juger, d’être compréhensif. De donner des critiques constructives, mais aussi d’accepter les critiques constructives. Communiquer est toujours votre meilleur atout.

Ah oui! Je pourrais ajouter que dans la manière d’amener ça serait de proposer et démontrer ton intérêt pour l’avis de l’autre plutôt que de donner l’impression d’imposer. Du genre : « Il y a des choses que j’aimerais essayer et je veux savoir ce que tu en penses et si tu es intéressée à essayer avec moi » au lieu de dire « Je veux faire X fantasme, veux-tu? ».

J’espère avoir réussi à t’amener quelques pistes pour te faciliter à aborder le sujet.
Je te souhaite bonne chance.

N’hésite pas à revenir nous voir si tu veux d’autres conseils ou nous dire comment ça a été.

Shinri, bénévole pour AlterHéros


About Shinri

Shinri, 32 ans, homme trans polysexuel, panromantique, et polyamoureux. Je suis maintenant étudiant en sexologie à l'UQAM. Je suis le fondateur et administrateur du forum DuAG (d'un autre genre) pour la communauté trans francophone du Québec. (http://dunautregenre.xooit.com)