Je vis dans une famille homophobe et je n’ai personne de confiance pour en parler…


Je vis dans une famille homophobe, je n’ai personne de confiance pour en parler.
Bonjour, j’espère qu’en ce temps de pandémie, vous et vos proches allons bien. Je vis dans une famille de 5 membres, je suis l’enfant aîné. Depuis mon enfance je sais que j’aime les garçons. Je viens d’un pays homophobe et à l’âge de 11 ans, ns sommes venus habiter au Québec. Étant enfant, je ne pouvais pas expliquer mes sentiments mais avec l’âge, j’ai compris. Je ne suis pas à l’aise avec les labels, mais je sais que je fais partie de la communauté LGBTQ+ et c’est ce qui compte le + pour moi. Je n’en ai jamais parlé à aucun membre de ma famille et j’ai peur de le faire. Je n’ai pas de bonne relations avec mon père, j’ai peur de sa réaction. Avec ma mère,ça va mieux, mais tous les 2 sont extrêmement homophobes et j’entends très souvent les propos homophobes chez nous. Mes siblings sont petits et je veux pas leur en parer. Ma plus grosse peur ce n’est pas d’être battu ou renié, c’est de vivre de l’intimidation chez nous. Je ne pourrait pas cohabiter avec eux tout en étant intimidé,mais j’ai nulle part ou aller à long terme. Il y a quelques personnes qui savent qui je suis, mais je ne veux pas leur parler de mes problèmes,ils sont très bien ces personnes et je les aime, je sais juste pas pas si en cas de réelle urgence elles vont m’aider .c’est pour cela que j’écris ici. Ça fait des années que je cache ce secret à mes parents,je suis encore loin de m’accepter à 100%, je me sens un peu incomplet, comme s’il manque quelque chose à ma vie. Je règle souvent mes problèmes personnels seul et je n’aime pas demander de l’aide dans ce genre de chose, mais on ne peut pas être toujours seul. Comment faire pour se remonter le moral ?

Liam

Allô Liam,

Merci pour ta confiance et ton partage à AlterHéros. 

Si je comprends bien, tu sais que tu aimes les garçons depuis ton enfance et c’est en grandissant que tu as mieux compris tes sentiments. Sans être à l’aise avec les étiquettes, tu t’identifies à la communauté LGBTQ+. Tu dis ne pas t’affirmer entièrement, te sentir incomplet. Tu vies avec ta famille qui ont des propos homophobes. Tu as peur de leur en parler; tu anticipes leur réaction. Tu as peur d’être intimidé, car cela rendrait insupportable une cohabitation. Tu dis avoir nul part où aller à long terme. Il y a quelques personnes qui savent qui tu es, mais tu ne veux pas leur parler de tes problèmes. Tu es incertain qu’en cas d’urgences elles seront là pour toi. Finalement, tu cherches à te remonter le moral.

Je suis sincèrement désolée que tu sois dans une telle situation. En ces temps de pandémie, je sais combien les mesures d’isolement sociales sont difficiles et encore plus lorsque tu es confiné dans un environnement dans lequel tu ne peux pas te sentir toi-même. Aussi, comme tu dis avoir tendance à gérer tes problèmes seul, je tiens à souligner le courage que tu as pour demander de l’aide ici. Je sais combien il est difficile d’être vulnérable et de se laisser être soutenu. Tu n’es pas seul. Je vais essayer de t’apporter du réconfort du meilleur de mes moyens, ça va avec toi?

Tu dis ne pas être à l’aise avec les labels.  Si dans l’acronyme du LGBTQ+, ce qui compte pour toi c’est le +, c’est totalement valide! Ces étiquettes sont là uniquement s’ils nous font du bien ou s’ils nous permettent de mieux comprendre notre manière de vivre nos connexions avec les autres et comment nous habitons notre corps. C’est toi, uniquement toi, qui décide de nommer ou ne pas nommer ton expérience.

Tu dis être loin de t’accepter à 100%. Travailler à se comprendre et s’accepter, c’est le défi d’une vie! C’est une expérience partagée par plusieurs personnes de la communauté LGBTQIA2S+. On vit dans un monde qui nous apprend à être homophobe et, tranquillement, on fini par intérioriser, par exemple, que c’est mal qu’un homme aime un autre homme. On peut parler d’homophobie intériorisée. Ses apprentissages nous suivent et continuent d’influencer notre perception de nous. Alors, chercher à s’accepter, c’est tenter de déconstruire plusieurs années d’apprentissages nous disant que notre expérience n’est pas valide. S’accepter est un long processus. Pour moi, c’est le jugement que j’ai lorsque je flirte avec des personnes non-binaire ou d’autres femmes. J’ai beau travailler à m’accepter, il y a toujours une pointe de honte qui va ressortir dû à l’homophobie que je porte en moi. Alors, mon conseil d’amie: on ne se met pas de pression, okay? Si tu t’acceptes même à 75%, 20% ou 0,000000001%, c’est une réussite. Tu vies à contre courant de ce que ce monde veut de toi. Tu es magnifique d’exister. C’est correct d’hésiter. C’est correct d’avoir des bonnes comme des mauvaises journées. Ce que je souhaite, c’est simplement ne pas se faire du mal. Même s’il y a une pensée intrusive dans ta tête qui veut te faire dire le contraire, tu demeures une personne exceptionnelle. 

Tu dis que tu te sens incomplet. Puis-je souligner à comment le contexte dans lequel tu es n’est pas favorable à ce que tu sois “authentique”? Il est normal de ne pas se sentir soi-même lorsque nous sommes en questionnement sur son orientation sexuelle et que nous sommes confiner avec une famille qui tient des propos homophobes. Ce n’est pas un climat qui est positif à la libre expression de sa personne. 

Dans tous les cas, je comprends que s’accepter et se sentir soi-même est un besoin très profond. Alors, je peux te proposer quelques pistes de réflexion: Quels sont paroles ou gestes qui te sont plus difficiles à accepter? Qu’est-ce que cela vient provoquer chez toi? Quels sont les moments où c’est plus difficile d’être toi-même? Si tu pouvais changer quelque chose présentement, ce serait quoi? Okay, je sais que ce sont des grosses questions! L’idée est de cibler des points de tension sur lesquels on peut travailler! Aussi, tu peux te prêter à un exercice. Quelques fois, il est difficile d’être “soi-même” en permanence. Alors, on peut essayer de s’en donner le défi dans une plus courte durée. As-tu un espace où tu peux être seul et confortable? As-tu une chambre à toi? Peux-tu aller prendre une marche? Je te propose d’essayer d’”être toi-même” pendant une heure. Tu peux faire tout ce que tu désires!  Tu peux t’imaginer faire ce que tu veux. Tu peux aller sur Internet lire sur des sujets que tu as de la difficulté à aborder avec toi-même. Tu peux laisser tes pensées aller comme elles viennent. L’important : si jamais tu as des freins ou des jugements, dis leurs qu’ils ne sont pas les bienvenus, que tu vas y repenser mais seulement une fois ce temps terminé. Ce moment, il est pour toi.

Je suis vraiment triste d’apprendre que tes parents ont des commentaires homophobe. C’est valide d’avoir de la peine, de la colère, de la peur ou toutes les autres émotions en même temps. J’espère sincèrement que tu te laisses les vivre, que tu nommes être blessé. C’est justement en le disant qu’on peut se trouver des solutions. Tu n’as pas à vivre une situation qui t’apporte de la détresse. Il y a plein de tactiques que tu peux utiliser pour alléger ça. Je te partage ces deux réponses à d’autres personnes qui comme toi étaient confrontées à des commentaires homophobes (ici et ici). 

Si jamais, tu désires faire ton coming out, n’hésites pas à nous réécrire. Du même coup, voici des réponses composées par mes collègues à ce sujet (ici et ici). Dans tous les cas, ce n’est pas obligatoire. Tu ne dois un coming out à personne. C’est pour toi et simplement toi, si cela te fait du bien, t’apportes du bonheur. C’est quelque chose qui t’appartient. C’est selon tes limites et tes besoins. L’important est que tu te sentes respecter là-dedans.

Je te partage le témoignage de mon collègue Guillaume dans une question similaire à la tienne: 

“Pour ma part, j’ai attendu très longtemps avant de faire mon coming-out à mes parents. Je vivais ma double vie en cachette jusqu’à mes 16 ans où j’ai partagé mon orientation à mon père. Puis, à mes 20 ans, ce fut au tour de ma mère. Ce ne fut pas toujours très beau dans ma famille, mais avec le temps, mes parents sont devenu.e.s très soutenant.e.s à mes côtés. Ma mère m’a même fait un gâteau d’anniversaire aux couleurs du drapeau de la fierté LGBT il y a deux ans! Je ne précise pas cela pour invalider les émotions, dont probablement certaine colère et tristesse, que tu peux ressentir envers tes parents. C’est entièrement normal et tu as droit de ressentir cela à leur égard. On souhaite naturellement être soutenu par les personnes qui sont sensées nous aimer de façon inconditionnelle! Je tiens seulement à te dire qu’il se peut que cela se passe bien également, que les choses puissent se placer et que tu puisses dans un futur proche recevoir une compréhension de la part de tes parents. Cela viendra avec le temps, avec le respect du rythme de tout le monde.”

Je suis préoccupée pour toi lorsque tu as peur de vivre de l’intimidation dans ta famille s’il te venait de leur parler de ton orientation sexuelle. Aussi, je lis que tu n’as pas peur d’être battu. L’intimidation comme les coups sont des formes de violence et en aucun cas tu n’as à vivre de la violence. Tu n’as pas à rester dans un environnement si tu crains pour ton intégrité physique et émotionnelle. Saches que des ressources existes. Il y a toujours Interligne que tu peux appeler ou texter 24h/24h si tu en ressens le besoin. Il s’agit d’une ressource de soutien pour toutes les personnes concernées par la diversité sexuelle et de genre. Je t’invite à noter leur numéro : 1-888-505-1010. 

Alors, j’aimerais te partager les mots de ma collègue Marie-Édith à propos du concept de famille choisie (chosen family) :  
“Une famille choisie, c’est un groupe de personnes que l’on choisi pour partager le support et l’amour que nous avons tou.te.s besoin. C’est un groupe d’individus qui se choisissent l’un et l’autre afin de jouer des rôles significatifs dans la vie des autres. En d’autres mots, il s’agit de personnes envers qui nous sommes émotionnellement très proches et sur qui nous pouvons compter, de personnes envers qui nous nous autorisons à être 100% nous-mêmes, à être authentique, à être présent dans les moments difficiles et les moments heureux. Bref, notre famille choisie, ce n’est pas nécessairement les personnes avec qui nous avons un lien de sang ou un lien légal. Notre famille choisi , c’est nos ami.e.s avec qui l’on peut être épanoui, sur qui nous pouvons compter, ceux et celles qui nous donnent envie de célébrer qui nous sommes. Malheureusement, pour plusieurs personnes LGBTQ+, la famille biologique ou légale n’est pas notre principale source de soutien. Or, ce soutien, il est toutefois possible de le trouver ailleurs et de valoriser ces liens d’amitié.”

Tu n’as pas à vivre cette situation seul. Tu nommes avoir des personnes que tu aimes qui sont au courant. Pouraient-illes t’apporter du soutien? Qu’est-ce qui te freine à leur parler? J’ai longtemps gardé mes questionnements et mes peurs pour moi. Je me disais que mes ami.e.s avaient d’autres choses à faire ou qu’illes vivaient aussi des situations difficiles. Je ne voulais pas les préoccuper, les déranger. J’ai inversé les rôles dans ma tête : si c’était mon ami.e qui vivait cette même situation, est-ce que j’aimerais être là pour ellui? La réponse était automatiquement oui.  Est-ce quelque chose qui te parle? 

À tout moment, tu peux nous ré-écrire. Tu peux aussi téléphoner à Interligne. Si tu as envie de discuter virtuellement avec d’autres jeunes vivant possiblement une situation similaire à la tienne, je t’invite à demeuré alerte des activités de Projet 10 qui organise des groupe virtuels pour les jeunes LGBTQ+ (14 à 25 ans) chaque jeudi dès 14h. Tu dois les contacter pour avoir le code d’accès pour te connecter via la plateforme zoom : questions@p10.qc.ca. Dans les cas, nous serons toujours là pour toi. 
Tu terminais en te demandais comment faire pour se remonter le moral. Il y a mille et une façons!
Ça peut être des activités qui nous font décrocher; qui nous valorisent ou nous font ressentir de la fierté; qui laissent toute la place à nos émotions; qui nous procurent un bien-être physique et mental; qui nous stimulent intellectuellement ou artistiquement. 

Voici une liste non-exhaustive d’activité qui me font du bien: 

  • Faire de l’écriture automatique dans mon carnet noir;
  • Représenter mes émotions en trouvant des Gifs sur Giphy;
  • Danser toute seule dans ma chambre;
  • Préparer une recette de biscuits au chocolat simplement pour manger la pâte à la cuillère;
  • Pleurer devant Grey’s anatomy;
  • Boire une quantité incroyable d’eau; 
  • Apprendre à faire de la photo;
  • Cueillir des lilas et en mettre partout dans mon appartement;
  • Aller dans le bois et crier pendant 2 minutes;
  • Prendre un bain en écoutant un podcast;
  • Faire mon lit à tous les jours.

Et toi, qu’est-ce qui te fait du bien? Serais-tu en mesure de faire une telle liste? Ça serait un bon outil auquel tu pourrais revenir en cas de besoin.  

Alors, j’espère sincèrement t’avoir apporter quelques pistes de réflexions et beaucoup de validation. Je sais combien présentement est une situation difficile pour toi. Toutefois, j’ai confiance en toi! Tu t’es ouvert ici, du semble sensible à ton bien-être et tu nommes avec précision ce qui te traverse. Tu as là des forces incroyables qui te permettront tranquillement de mieux te comprendre et de t’accepter.  Les beaux jours viendront, je te promets. D’ici là, nous sommes toujours là s’il y a quoique ce soit. 

Avec beaucoup d’affection,
Gabrielle


About gabrielle0mr

Collectionneuse de passions, Gabrielle passe ses semaines à étudier en enseignement, compléter son stage à AlterHéros, intervenir auprès de personnes âgées et créer des relations saines. Elle a un talent pour trouver des trèfles à quatre feuilles, faire des mauvais jeux de mots et ouvrir trop d’onglets sur son ordinateur.

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