Je veux faire mon coming-out bisexuelle, ne pas le faire m’empêche de dormir…


Bonjour je m’appelle Laurie et j’ai 12 ans. Je sais que je suis jeune mais je me suis posé beaucoup de question à propos de mon orientation sexuel et j’ai finalement compris que j’étais bisexuelle. Je n’ai pas honte d’être comme ça mais j’ai peur des paroles des autres. Je veux faire mon coming out, ne pas le faire m’empêche de dormir. Pourriez vous me donner des conseils sur comment je pourrais commencer mon coming out? Merci d’avance

Laurie

Salut Laurie ! Merci beaucoup d’avoir écrit à AlterHéros.

Tu es prête à faire ton coming-out et le fait de ne pas le faire t’empêche de dormir. Tu expliques que tu as peur des paroles des autres et tu nous demandes des conseils pour commencer ta sortie du placard.
Je comprends que tu as vraiment hâte de révéler ta bisexualité au monde qui t’entoure – ça presse ! Je suis déjà passée par là. Pour certaines personnes, c’est important de parler à nos proches de cette partie importante de notre identité. Ça peut arriver à 10 ans, 12 ans, 25 ans, 50 ans ou 78 ans – tu n’es pas trop jeune.
Aussi, je dois te dire que le coming-out n’est pas un passage obligatoire. Parfois, les médias présentent le coming-out comme une véritable libération ou un chemin à suivre, alors que ce n’est pas le cas pour tout le monde et que personne n’est obligé de parler de son orientation sexuelle. On ne choisit pas envers qui on est attiré.e, mais on peut choisir d’en parler aux gens qui nous entourent ou non.

Il faut aussi être conscient.e que la sortie du placard n’est pas toujours aussi grandiose que ce qu’on peut imaginer. Des fois, ça peut être une grande annonce faite à toute sa famille élargie dans le salon à l’heure du souper, des fois, ça peut juste être de dire quelque chose comme : “Je suis allée à Québec avec ma blonde en fin de semaine” à des ami.e.s pendant une pause à l’école.

En tant que femme lesbienne, j’ai fait plusieurs coming-out et j’en ferai encore beaucoup, et j’ai seulement 31 ans. Le premier, c’était à mes parents, dans leur cuisine, en leur disant que j’étais amoureuse de ma meilleure amie. Le deuxième, c’était avec mon groupe de 5 meilleures amies au Cégep, juste dans une discussion où on se demandait c’était qui la plus belle personne de l’école (pour moi, c’était une fille, pour les autres, c’était des gars). Ensuite, j’ai fait mon coming-out à d’autres personnes à travers l’art (la poésie, la chanson, surtout, dans des spectacles – ça, c’est plus grandiose, je dois l’admettre !). Quand j’ai eu ma première blonde, le fait de la tenir par la main et de l’embrasser en public, c’était une forme de coming-out. Dans mon travail actuellement, je fais des formations pour que les cégeps respectent mieux les droits des étudiant.e.s queer et je me présente toujours comme une femme lesbienne et queer, parce que ça permet aux gens de comprendre que je suis directement concernée par certaines mesures que je propose et ils se sentent plus à l’aise de me poser des questions. Tout ça pour te dire qu’il y a plusieurs façon de faire son coming-out et qu’on fait plusieurs coming-out au cours d’une vie.
Revenons à ton projet de coming-out maintenant ! 😉
La première piste que je veux te donner est la suivante : est-ce que tu es en sécurité pour faire ton coming-out actuellement ?
Penses-tu que les gens avec qui tu habites vont t’apporter du soutien si tu leur fais ton coming-out ou, au contraire, te rendront-ils la vie plus difficile ? Par exemple, si tu habites avec un ou des parents ou tuteur/tutrices qui font des commentaires méchants sur les personnes homosexuelles ou bisexuelles lorsqu’ils en voient à la télé, c’est possiblement une mauvaise idée de leur parler de ton orientation sexuelle directement. Par contre, si tu as eu la chance de grandir dans un milieu accueillant de la diversité sexuelle, par exemple si, dans ta maison, tu as entendu parler de plusieurs orientations sexuelles de manière positive ou si une personne de ta famille a déjà fait un coming-out et que cette personne a vécu une bonne expérience, ça peut être un beau feu vert pour toi !
Ça m’amène sur ma seconde piste : À qui veux-tu faire ton coming-out ?
Les personnes qui sont le plus chères pour toi sont probablement celles à qui tu as le plus envie de dire que tu es bisexuelle. Selon toi, quelle personne accueillerait le mieux cette nouvelle et pourrait t’accompagner si jamais d’autres personnes avaient une réponse moins agréable ? Y a-t-il une personne dans ton entourage en qui tu as particulièrement confiance et qui a toujours été là pour toi ?
De plus, c’est toujours une bonne idée de tâter le terrain avant de parler de ton orientation sexuelle. Par exemple, tu peux parler avec tes proches d’une personnalité connue qui a fait un coming-out bisexuel, pansexuel ou queer (Frank Ocean, Demi Lovato, François Arnaud, Jameela Jamil ou Katherine Levac) et de l’orientation sexuelle de cette personne. Tu pourrais voir de cette façon si les gens à qui tu t’adresses sont des bonnes personnes à qui faire ton coming-out.
Enfin, une troisième piste : Comment veux-tu faire ton coming-out ? Il y a plusieurs façons de faire. Si tu veux parler de vive voix à tes proches, je te propose de te pratiquer. Tu peux aussi leur écrire une lettre. Je te propose de choisir un moment plus tranquille dans la journée (par exemple, en fin de journée, lorsque tout le monde vaque à ses petites occupations) pour entamer la discussion ou pour remettre la lettre en question.
En bref, mes suggestions sont les suivantes: t’assurer que tu es en sécurité avant de faire ton coming-out, choisir les personnes à qui tu veux dévoiler ton orientation sexuelle et choisir la manière dont tu le feras. Si jamais tu décides de faire ton coming-out à ton / tes parent(s) ou tuteurices, tu peux leur proposer de lire cet article : 10 conseils pour les parents d’ados LGBT.
Je te laisse aussi des questions proposées par Interligne :
  • Est-ce que tu es confortable avec [ton orientation sexuelle]?

     

  • Pour quelles raisons souhaites-tu partager cette information à ta famille?

  • Est-ce que tu es généralement à l’aise pour parler de trucs personnels avec ta famille?

  • Est-ce que tu as des ami.e.s ou frère/soeur/un.e meilleur.e ami.e qui pourrait t’aider dans cette démarche?

  • Comment est-ce que tu anticipes la réaction de ta famille? Est-ce que tu as déjà entendu certains commentaires de leur part à l’égard des personnes LGBTQ+? Est-ce que c’était des commentaires positifs, neutres ou négatifs? As-tu déjà partagé une nouvelle de l’actualité LGBTQ+ ou une information sur une vedette LGBTQ+ pour analyser la réaction de ta famille?

  • Est-ce que tu te sens confortable de répondre à leurs questions concernant [la diversité sexuelle] et, le cas échéant, de défaire les fausses conceptions de leur part?» 

Enfin, si tu veux lire d’autres questions-réponses sur le sujet, voici mes suggestions qui regorgent de ressources externes super intéressantes :

Je te souhaite d’être heureuse, Laurie ! N’hésite pas à nous écrire si jamais tu as d’autres questions.
Marie-Édith, B.A. sexologie, pour AlterHéros

About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

Leave a comment