Je suis dans le flou concernant mon orientation sexuelle et ma consommation de pornographie…


Bonjour,
J’ai 19 ans. Je suis puceau et n’ai jamais embrassé quiconque de ma vie. Je me suis toujours vu comme un hétérosexuel et senti comme tel. Mes premières excitations étaient pour des personnes du sexe opposé et leurs attributs particuliers (fesses féminines et seins). J’ai toujours été une personne très timide et solitaire. Mes rares amis sont des hommes, et le reste de mes camarades de classe le sont aussi. J’ai toujours eu du mal avec les relations sociales et encore plus lorsqu’il s agissait de filles. Si en ecole primaire leurs conversations et intérêts ne m’intéressaient pas, c’est bien l’incapacité à les voir comme autre chose que de potentielles copines ou partenaires sexuelles qui m’a réellement empêché de me lier à des filles. Seulement j’ai été longtemps amoureux de filles jusqu’à très récemment. Je m’imaginais un futur avec elles, un mariage ou des voyages voire des enfants…Je m’imaginais me blottir avec elle. Avec certaines le côté sexuelle était plus poussé parceque leurs attributs étaient plus “marqués”.
Seulement, récemment, après avoir eu cette année scolaire une attirance de la sorte envers deux filles de ma classe à des moments successifs ou superposés, l’idée que rien ne se produira entre nous dans le futur alors que nos chemins vont se séparer (nous allons aller dans différentes écoles etc) j’ai pris conscience d’une sensibilité sexuelle pour d’autres “points d’excitations” que ceux qui sont généralement la “norme” pour les adolescents hommes hétérosexuels. Cela s’est coordonné avec un désir moindre pour les attributs féminins bien que toujours présents. Cela s’est traduit par premièrement des doutes sur mon attirance pour les hommes et une potentielle découverte d’une homosexualité jusque là refoulée, chose qui me faisait peur (mélange de peur d’être homosexuel dans mon entourage dans le bouleversement que cela produirait et du bouleversement identitaire que cela produirait en moi). Puis, en en parlant avec ma mère et en y réfléchissant, cela s’est déplacé vers des fantasmes assez vrais (j’ai joui en continuant ces fantasmes) dans lesquels je prend la position du pénétré, en m’imaginant féminin. Ce qui me pénètre, je l’imagine assez peu mais assez pour imaginer un pénis mais pas réellement un homme, plus une sorte de spectre masculin qui me dominerait (plus viril, plus fort etc). Si je peux en parler avec calme, c est que l’anxiété produite par ces pensées est diminuée aujourd’hui même si elle est encore présente et gênante. Je ne pense pas être gay, donc je suis plus serein dans mon identité (conforme aux expériences ressenties et à mon comportement durant la moitié de mon existence soit la totalité de ma vie sexuelle): le porno gay ne m’excite que peu (pas assez pour me faire bander seul), je regarde principalement les femmes et leurs attributs (instinctivement dans la rue etc), je n’ai été amoureux que de femmes (et parfois amoureux à le vivre comme une malédiction tant il y avait un décalage entre mon aspiration d’être avec ces femmes et la réalité dans laquelle je suis seul). J’ai pris conscience avec ces pensées sur moi que ma sexualité est moins figée que je ne l’imaginais, mais l’angoisse de continuer à avoir ce genre de fantasmes où je suis pénétré et dans une position passive est grande, continuerai-je à aimer les femmes? Arriverai-je à prendre du plaisir avec elles? J’angoisse à l’idée de faire ma premiere fois avec une femme et de ne pas aimer ça, et alors j’angoisse sur le fait de faire l’amour à une femme. Même chose pour embrasser, je n’ai jamais embrassé quiconque et j’ai du mal à m’imaginer embrasser une femme, voire à y trouver de l’intérêt. Je manque aussi socialement beaucoup de confiance en moi et je me soupçonne d’être dans une position assez marquée sur le spectre autistique (ce qui se traduit par concrètement des difficultés à décoder les échanges sociaux etc). De cette manière je me sens assez impuissant vis a vis des autres et de comment notamment séduire des femmes jusqu’au bout (à “assurer” comme l’image qu’on se fait d’un hétéro viril). Je le vis assez mal.
J’aimerais maintenant tenter de donner des explications que je pense avoir trouver sur ces pensées et de comment j’en suis venu à cela. Elles sont au nombre de 3 globalement.
-Premièrement, la structure: JE suis, comme je l’ai déjà dit, assez anxieux, solitaire, timide, et limité socialement. Je ne l’ai pourtant jamais vécu comme quelque chose de condamnant mais je nourris néanmoins des complexes. C’est surtout dans cette optique que j’ai eu des relations à mon corps et à celui des autres hommes: je me sens maigre et trop petit (alors que je fais 1m90) et me sens éfféminé lorsque je suis à coté d’autres hommes “mieux” bâtis. J’ai conscience de ne pas etre du tout petit, je sais que je ne suis objectivement pas tres maigre (juste fin) mais je ne peux m’empêcher de me sentir mal à l’aise lorsque je suis à coté d’hommes plus costaud et plus grand. Cela s’est meme peut etre developpé en une déception : j’étais peu populaire, trop maigre et pas tres beau mais on me disait que je serais plus grand plus fort comme presque personne quand j’étais petit(plus grand par exemple que mon pere ce qui m aurait donné une taille de 2 m, symboliquement énorme). En constatant que la croissance s’est arretée et que j ‘étais moins costaud que ce à quoi j’aspirais je me suis vu assez complexé et cela peut peut etre expliquer que j’ai des fantasmes de ce type (me sentir effeminé et pénétré, dominé).
-Deuxiemement, la raison qui me semble la plus importante, mon comportement sexuel jusque-là : une consommation de pornographie d’une fréquence quasi quotidienne pour trouver du plaisir. De la pornographie exclusivement hétéro . J’ai l’impression que les gouts en matière de pornographie on évolué de telles sortes à ressentir toujours plus selon comment je l’imaginais à travers l’écran. Cela fait au moins 1 an alors que j’ai cette impression de m’identifier dans le plaisir aussi à la femme qui se fait pénétrer et qui semble à l’écran prendre le plus de désir. J’ai évolué vers des grossissements des attributs féminins etc et j’ai l impression d avoir au fur et à mesure de ma consommation de pornographie avoir rendu le sexe comme une drogue mécanique dans laquelle il en faut toujours plus pour que l excitation perdure à travers les jours etc. Comme si je m’étais habitué à toutes ses fesses de femmes et que la simple pénétration avait concentrée (en tant qu’acte le plus fort et ressenti à l’écran) tout le désir au point que je doive pour parvenir à un plaisir plus grand le ressentir dans la position à la fois du pénétré (essentiellement ressenti comme la pénétrée) et du pénétrant (le désir que j’éprouve toujours à l’idée de faire l’amour à un corps de femme). Ainsi, je pense que je me suis éloigné du “vrai” sexe pour ne plus vivre une sexualité que dans le fantasme mécanique composé d ‘image pornographique. Le probleme est les blocages que cela entraine dans mon epanouissement personnel: je ne sais pas embrasser de femmes et ne sais pas ressentir de plaisir pour embrasser, je me sens sali de devenir comme “soumise” même si ce n’est que dans ma tete, je doute de pouvoir ressentir un plaisir réel hétérosexuel (avec une femme) , j’ai du mal à éprouver réellement du plaisir pour les formes des femmes dans la vraie vie (je ne ressens rien pour les hommes), je doute de pouvoir avoir une relation avec une fille que j aime ce qui finit par me faire douter de mon amour pour elle. Je ne suis jamais sorti avec une femme et ces doutes sur ma masculinité et mon heterosexualité me hantent beaucoup.
-Pour finir, j’ai l’impression que la conjoncture actuelle de ma vie m’ammène à avoir ces pensées. La pandemie n a pas favorisé le rapprochement que j aurai pu esperer avec celles que j aime ou avec d autres filles, je n’ai pas pu aller nager (la natation me fait ressentir une plénitude jamais ressenti autre part et son manque me mine le mental), j avais des concours et j’ai encore des concours qui détermineront mon avenir professionnel en grande partie et j ai beaucoup d anxiété vis a vis de l incertitude de mon avenir (je ne sais pas ce que je ferai l année prochaine). Dans ce contexte, je me demande si je pourrais avoir des relations avec des filles, je suis moins sur de moi en tant qu’homme et le fait de douter sur ce genre de chose me fait me sentir encore moins homme (dans l image qu on se fait d un homme qui, bien qu infondée et démentie par mon entourage et moi meme, ne cesse de me tourmenter car j y ai fondé en réalité une partie de mon identité et de ma fierté).

Voilà merci de m’avoir lu, pourriez-vous m’éclairer sur mes doutes ou au moins sur la plausibilité des explications que j’ai avancé? Je suis dans le flou et si j’ai compris que c est bien normal chez beaucoup d’humains sur ces questions là au moins, pourriez vous me dire si mon cas est rare ou non, si ce genre de fantasmes disparaissent une fois la premiere fois faites, si la pornographie à un rôle dans tout ça( qui a été pour moi l’entièreté de ma vie sexuelle…).
Jack

Hello Jack,

 

Merci bien de nous écrire, tu es au bon endroit! De par ma formation en sexologie et mes connaissances personnelles je crois être en mesure de t’éclairer sur les fantasmes que tu as commencé à avoir ces derniers temps. Je vais commencer avec quelques informations puis je vais me pencher sur tes théories.

 

Je pense que j’aimerais commencer par détacher certains concepts que tu sembles avoir lié (consciemment ou pas) dans ton discours. Il existe une multitude de définitions et de compréhensions de la masculinité et de la féminité, c’est des concepts à la fois collectifs et individuels, mais une chose est certaine : cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Par exemple, il est possible d’être un homme extrêmement masculin et homosexuel, ou d’être plus tradionnellement féminin et attiré par les femmes. La plupart du temps par contre les gens ne sont pas des extrêmes et se situent quelque part  vers le milieu. L’homme parfaitement stéréotypement masculin, musclé, soigné, riche et hétéro est plutôt rare, malgré sa sureprésentation dans les films, les revues et la porno. Il n’y a rien de mal avec tout ce qui est associé avec la féminité, tant dans les rôles, l’apparence ou les intérêts. Il n’y rien de mal à vivre un fantasme à l’idée d’être ou de paraître plus féminin, d’adopter un rôle de soumission et/ou de se faire pénétrer, il ne s’agit pas d’un signe de faiblesse ou d’infériorité (bien au contraire!).  Tu notes t’intéresser aux corps des femmes et à leur potentiel en tant que partenaires sexuelles et romantiques, mais pas tant à leurs intérêts et sujets de conversation et que tu n’en as pas beaucoup dans ton cercle d’amis. Chaque personne est unique. Je crois que parler à des femmes dans divers contextes pourrait t’aider à t’habituer et à développer tes compétences sociales, mais je suis conscient que ce n’est pas toujours très facile. Je comprends aussi que tes futures premières fois (baiser, sexualité) t’inquiètent et cette anxiété est présente pour beaucoup de gens, cela ne veut pas dire que cela va mal se passer.

 

Ensuite, l’orientation sexuelle et les préférences en matière de pratiques sexuelles et d’anatomie ne sont pas intrinsèquement imbriquées non plus. C’est-à-dire qu’un homme peut se définir comme hétéro, fantasmer sur d’autres hommes à l’ocasion, avoir un intérêt pour la pénétration anale et regarder de la pronograhie qui met cela en scène. Avec les bons outils, n’importe qui peut être en mesure de pénétrer n’importe qui. Par ailleurs, il est possible de s’imaginer un fantasme très excitant pendant un acte sexuel sans pour autant désirer le réaliser dans la vraie vie. Tous les corps ont leurs zones érogènes pouvant créer de l’excitation sexuelle avec une stimulation adéquate. Le pénis et le clitoris en font partie, mais on peut aussi penser entre autres au cou, aux cuisses, aux mamelons, aux oreilles, aux fesses et à l’anus. La prostate est une glande à l’intérieur de l’anus qui peut être stimulée et procurer un plaisir intense sans égard à l’orientation sexuelle, seul.e ou avec un.e partenaire, par des pénis, des doigts, des langues, des jouets sexuels. Ce type de pratique est plus répandue que tu ne pourrais le croire et aucunement dangereux, troublant ni même surprenant. Tu me suis toujours jusqu’ici?

 

Maintenant je pourrais revenir sur tes théorisations. Je tiens à souligner que tes capacités d’analyse et d’introspection m’impressionnent, et je suis sûr.e que ces habiletés te seront utiles pour la suite.

 

Théorie #1 : Tes fantasmes seraient causés par ton tempérament, ta personnalité, une insatisfaction avec ton corps ou ton apparence et/ou des relations passées avec d’autres hommes

 

Je crois que ces différents aspects font simultanément partie de toi et de ton vécu, mais je ne crois pas qu’il n’y ait de lien de causalité ici. Même s’il est vrai que la société et nos expériences personnelles peuvent avoir un impact sur nos pensées, nos désirs et notre relation avec notre corps et ceux des autres, il serait faux de dire que les préférences sexuelles seraient uniquement le résultat d’influences externes. Une personne peut développer des fantasmes de domination et de pénétration indépendamment des variables que tu nommes. Qui plus est, je ne pense pas qu’il soit particulièrement utile de passer trop de temps sur les origines des fantasmes, cela est impossible à prouver et ne t’aide pas dans l’immédiat. (En passant, 1’90 est presque 20 cm de plus que la moyenne des hommes français, comme tu dis, il est possible que ta vision de la norme soit idéalisée et erronée!)

 

Théorie #2 : Une consomation excessive de pornographie axée sur la pénétration aurait transformé tes habitudes de masturbation en un processus mécanique et rigique que tu n’arrivera pas à reproduire en personne.

 

Cette théorie me semble plus intéressante et plausible, mais j’aimerais y apporter certaines nuances. Il est vrai que la porno hétérosexuelle mainstream se centre souvent sur la pénétration pénis-vagin et exagère plusieurs aspects pour rejoindre le plus grand auditoire possible. En consommer régulièrement peut avoir un impact sur nos attentes avec le temps, surtout si l’on a peu ou pas d’expériences «terrain». Par contre, regarder du porno et se masturber presque tous les jours n’est pas nécessairement trop, c’est assez commun pour ton âge. Cela ne constitue pas une sexualité moins “vraie” et ne veut pas dire que tu seras incapable de performer lorsque le moment viendra. Si tu as tout de même l’impression que cela prend trop de place dans tes pratiques érotiques, tu peux essayer de diversifier tes techniques : des catégories de porno dont tu n’as pas l’habitude mais qui t’intéressent, des lectures ou des podcasts érotiques, seulement ton imagination, différentes pièces, moments de la journée ou positions, le contrôle de l’orgasme (edging), l’expérimentations d’autres zones érogènes et peut-être même la stimulation interne ou externe de la prostate si tu en as envie. Plus tu essayeras de choses et mieux tu comprendras ton corps, tes préférences et tes limites. Enfin, il est tout à fait sain et bénéfique de t’imaginer comme faisant partie des scènes que tu vois ou imagines, la seule chose que ça prouve c’est que tu as de l’imagination et de l’empathie. Comme je disais plus tôt, les rôles de soumission et de féminité ne sont pas sales. Bien que cela puisse sembler contradictoire, je te dirais qu’accepter et apprécier la partie féminine en toi risque de t’aider grandement à rassurer tes doutes sur ta masculinité.

 

Théorie #3 : La pandémie, l’impossibilité de faire des activités physiques relaxantes et l’anxiété d’arriver à un point tournant dans ta carrière te créent de l’anxiété ce qui a un impact significatif sur tes relations et ton identité.

 

Cette dernière théorie est très logique selon moi. Nous vivons des temps très éprouvants et épuisants à différents niveaux, tu as en plus des enjeux professionnels à affronter, et ce contexte n’est pas idéal pour s’intéresser à la sexualité et aux relations. Il est très difficile de rencontrer et de séduire des gens pendant une pandémie. Ce qui est encourageant est que ces facteurs sont temporaires et que le tout devrait finir par rentrer dans l’ordre. Tu dis que ressentir des doutes et de l’hésitation en lien avec la sexualité te fait sentir moins homme car cela ne correspond pas à cette image que tu as de la masculinité. Les incertitudes font partie de la vie, je pense que vouloir remettre certaines choses en question et mieux te comprendre font de toi un bien meilleur homme.

 

Après tout cela, j’aimerais te demander ce qui te pose réellement problème avec ton fantasme? Tu avais nommé une angoisse liée au fait d’avoir douté de ton identité hétérosexuelle, mais que cela avait fini par se stabiliser. Tu as certaines craintes normales par rapport à tes premières relations et ton manque d’expérience. Là-dessus je te dirais que le plaisir est un processus de découverte et d’exploration, d’apprentissage et de pratique. Il s’agit de trouver ce que tu aimes, ce que tu n’aimes pas et ce que tu aimerais essayer. Il faut donc apprendre à se connaître et échanger avec d’autres personnes pour trouver un compromis plaisant. Il est possible que tes désirs changent au fil du temps et de tes expériences, il est tout aussi possible qu’ils perdurent, il n’y a pas vraiment de façon de prévoir. 

 

Ça serait pas mal ma théorie en tout cas. J’espère que cela répond à tes inquiétudes, n’hésite pas à nous répondre si tu aimerais clarifier certains points.

 

Je te laisse avec quelques dernières lectures qui pourrait t’intéresser :

 

Passe une bonne fin de journée,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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