Je sens que je suis accro aux orgasmes, comment arrêter ?


J’ai des besoins d’orgasmes au moins quatre fois par jours. Je me sens comme si j’étais addicté. Comment arrêter ces besoins?
Éric

Cher Éric.

Laisse-moi débuter en te remerciant de la confiance que tu nous portes pour répondre à ta question.

Tu as donc des besoins d’orgasmes fréquents et tu te sens “accro”. Tu aimerais arrêter ces besoins.

Il faut d’abord te dire que le sujet en soi est complexe, et que j’aurais certainement besoin de beaucoup plus d’informations pour te fournir une réponse personnalisée. Quoiqu’il en soit, je vais aborder le comportement sexuel impulsif-compulsif, un syndrome décrit dans la littérature médicale, qui n’est cependant pas nécessairement ton diagnostique.

Le comportement sexuel impulsif-compulsif est un syndrome où le patient a des fantaisies, des « rages » sexuelles et/ou des comportements associés, et qui entraîne une détresse psychologique dans la vie du patient, assez importante pour perturber sa fonction sociale ou occupationnelle. En résumé, il n’y a pas de problème à se masturber ou à avoir des relations sexuelles plusieurs fois par jour, sauf bien sûr si on se sent prisonnier de ces envies et que cela nous empêche de nous réaliser dans l’un ou l’autre des domaines de notre vie. Le patient affecté par cette condition voit généralement ses besoins sexuels devenir de plus en plus importants avec le temps, ce qui amène le patient à consulter.

Le syndrome s’apparente un peu au trouble obsessif compulsif où une pensée intrusive et persistante revient sans cesse dans la tête du patient, ce qui génère pour lui de l’anxiété (par exemple, la sensation d’avoir les mains sales, la peur des germes sur ses mains). Le seul moyen de réduire cette anxiété passe par la compulsion, c’est-à-dire l’action (pas exemple, l’action de se laver les mains pour repousser les microbes). Le problème devient sérieux lorsque les pensées sont présentes au point d’affecter le cours normal d’une journée, i.e. ne plus pouvoir travailler ou voir un ami car trop préoccupé par ces idées intrusives.

Il y a plusieurs types de comportements sexuels impulsifs-compulsifs (ex : séduction compulsive ou « compulsive cruising », utilisation compulsive de pornographie ou d’internet, sexualité compulsive dans une relation, autoérotisme compulsif (masturbation), etc.) Pour te donner une idée de grandeur, les études ayant porté sur la masturbation compulsive montrent une fréquence quotidienne de l’ordre de 5-15 fois par jour avec des blessures physiques fréquentes et la cessation de la masturbation provoquée par la fatigue, des blessures ou la pression sociale plutôt que par la satisfaction ressentie. De plus, il semblerait que les patients affectés souffrent plus souvent de dépression, d’anxiété et de consommation de drogues/alcool, ce qui demande un traitement supplémentaire et une attention particulière par des professionnels de la santé.

Tu as donc bien fait de nous écrire, le premier pas vers une guérison, c’est-à-dire admettre que ces besoins sexuels te tiennent en quelque sorte prisonnier. Pour commencer, je t’inviterais à remarquer s’il y a des situations ou des facteurs dans la vie quotidienne qui provoquent ton besoin d’avoir un orgasme. Par exemple, certains patients peuvent être incapables d’aller sur Internet sans consulter un site pornographique et se soulager. Il va sans dire que l’ordinateur devient un facteur facilitant, un « trigger » qu’il faudra apprendre à gérer avec le temps pour ces patients. D’autres patients ressentent plutôt leur besoin par phase. Ils voient leur addiction surgir lorsqu’ils vivent davantage de stress à l’école ou au travail, ou lorsqu’ils sont plus malheureux ou qu’ils boivent de l’alcool. Bref, essaie de voir s’il y a un élément provocateur important pour toi dans une journée. Essaie de comprendre comment apparaissent ces envies. Une fois que tu auras mieux compris la source, demande-toi si tu peux faire quelque chose pour diminuer ou mieux contrôler les éléments provocateurs.

Une fois que tu ressens le besoin et « que tu as ça dans l’idée » comme on dit, l’important est d’apprendre à gérer cette pensée sans succomber à la masturbation. Tu dois te sentir de nouveau en contrôle. Prends une grande respiration. Apprends à chasser ses pensées et à les remplacer par d’autres plus positives pour toi, concentre-toi sur ta respiration au besoin, ou à un voyage que tu feras bientôt, à une scène drôle d’un film, à ce que tu mangeras ce midi, peu importe ! L’exemple est peut-être mal choisi, mais ça me fait penser à une piqûre de moustique : lorsque ça pique, il n’y a rien de mieux pour le soulagement immédiat que de se gratter. Puis, on connaît la chanson : plus on se gratte, plus ça pique, et bientôt, on ne pense plus qu’à ça. Bref, il faut prendre son mal en patience et tolérer l’inconfort de la piqûre, jusqu’à ce que l’envie de se gratter passe. Il n’y a pas un seul remède, mais trouve le tien. Défonce-toi dans le sport. Fais des push-up, du jogging ou frappe dans un oreiller lorsque tes envies viennent jusqu’à ce que ça passe. Non seulement tu penseras à autre chose, mais en plus tu auras une récompense à long terme (i.e. des pectoraux en fer !). Redécouvre le plaisir lié à la sexualité, lorsqu’on en est maître. Ne perds pas contrôle, mais récompense-toi à l’occasion, fais-le seulement lorsque tes devoirs sont terminés, ou les jours de paye ! L’important est de gérer les pensées intrusives, d’être heureux, de jouir d’une vie sociale et amoureuse saine. Il n’y a pas de limites aux orgasmes, si on reste libre de ses besoins.

Je ne sais évidemment pas comment se passe ta vie au quotidien, ton moral, tes inquiétudes, ton anxiété par rapport à tout ça. C’est donc pour cela que je te conseillerais d’aller chercher de l’aide en dehors d’AlterHéros. Un psychologue ou un sexologue (peut-être à ton école ou à ton travail) pourrait t’aider à contrôler tes besoins, mais mieux encore : ils pourraient t’éclairer à rechercher la cause, ce qui a créé en premier lieu cette dépendance. Je crois vraiment que tu serais gagnant, et ça vaut la peine d’essayer au moins pour une visite, question d’avoir l’avis d’un vrai professionnel. Si tu as besoin d’en discuter avec des gens qui vivent des problèmes similaires, je te réfère à Internet où plusieurs organismes s’affichent. Ces organismes offrent des programmes dans plusieurs pays en 12 étapes (similaires aux alcooliques anonymes). En voici donc quelques-uns : Sexaholics Anonymous, Sex Addicts Anonymous, Sex and Love Addicts Anonymous, Sexual Recovery Anonymous, Co-dependents of sex addicts, S-Anon International Family Groups, Sexual Compulsives Anonymous…

J’espère t’avoir mis sur des pistes de solution. Merci encore une fois pour ta question.

Frédéric Picotte


About Frédéric Picotte

Frédéric est médecin de famille pratiquant dans la région de Shawinigan. Il a complété en mai 2008 mon doctorat en médecine à l’Université McGill et deux ans plus tard sa spécialité en médecine familiale via l’Université de Montréal. C’est l'une de ses amies, étudiante en psychiatrie, qui lui a présenté AlterHéros en 2008. Elle cherchait alors un bénévole qui répondrait de manière plus spécifique aux questions à thème « médical », ce qui a constitué la majeure partie de sa contribution jusqu’à maintenant.

J’aime m'impliquer à AlterHéros car on peut rejoindre et rassurer beaucoup de gens, peu importe l’âge, l’orientation sexuelle ou la culture. Je trouve intéressant que la majorité de nos visiteurs soient de jeunes internautes et qu’on puisse donc leur fournir une information de qualité et un espace pour poser des questions qu’ils auraient du mal à obtenir autrement.

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