Je pense vraiment être polyamoureuse, comment en parler à ma blonde et à mon entourage?


Allo!
Je suis une fille queer (je trouve que c’est le label le plus vaste, aucune étiquette ne m’a jamais rendu confortable).
Je suis en couple depuis près de deux ans. Quand j’ai commencé notre relation, ma blonde s’identifiait encore comme un gars, mais depuis février elle a entamé sa transition pour devenir la femme qu’elle est.

Depuis le début, le sujet du couple ouvert avait toujours été sur la table, mais on avait jamais exploré ça (par manque de communication de sa part). Ça ne me dérangeait pas, je n’étais d’ailleurs pas extrêmement prête à concrétiser l’idée.
Cependant, depuis qu’elle a commencé les hormones, sa libido et sa capacité à avoir des érections ont vraiment diminué, et son live language a changé. Nous avons donc commencé à reparler du couple ouvert et j’ai eu ma première expérience avec un bon ami de longue date. De son côté, elle souhaitait expérimenter avec des gars mais n’a pas encore eu l’occasion.

Mon inquiétude, c’est que mes questionnements des dernières années (5-6 ans) semblent se concrétiser et je pense vraiment être polyamoureuse…. Ça me fait vraiment peur. En fréquentant mon ami, je me suis rendu compte à quel point une relation avec un homme est différente qu’une relation avec une fille, et j’adore les deux.
Si c’était juste de moi, j’aurais encore ma blonde, et un chum. Mais j’ai vraiment peur d’en parler, je sais pas comment l’amener à ma blonde, j’ai peur qu’elle le perçoive comme si je la « trouvais pas assez » et que j’essayais de combler un manque… mais ce n’est pas le cas. Ça serait injuste de ma part de demander à une seule personne de combler 100% de mes attentes et envies. Je ne veux pas la remplacer, je veux aimer deux personnes, différemment mais également.
J’ai aussi peur pour l’autre garçon. J’ai peur de faire toutes les démarches avec ma blonde, et que lui ne soit pas partant pour ça.
Bref, j’ai juste peur d’être déçue, et je m’attend à devoir vivre un « deuil » et d’avoir l’impression que je passe à côté de quelque chose.
Je ne sais pas quoi faire.
Je ne voudrais pas non plus avoir a l’expliquer a ma famille, voir le jugement autour de moi. J’ai peur.
Comment je devrais aborder le sujet avec ma blonde, le gars et/ou mon entourage? Quelles réflexions je devrais avoir par rapport à moi? Comment dealer avec mes émotions?

Merci

Une fille vraiment mêlée

Ps: je suis diagnostiquée avec un trouble de la personnalité dépendante et les troubles de la personnalité du groupe b (antisociale, narcissique, histrionique et borderline), et je pense que ça affecte beaucoup la façon selon laquelle je réfléchis au problème et la façon que je le ressent

Bonjour,

Merci d’écrire ta question à AlterHéros et de nous faire confiance!

Tu nous écris parce que tu te questionnes sur la non-monogamie éthique et la façon dont tes caractéristiques individuelles peuvent influencer ton vécu. Je veux vraiment souligner à quel point tu as su faire preuve d’ouverture et de bienveillance envers toi-même et ta blonde pour accueillir vos désirs et vos besoins respectifs. Quelle belle communication de votre part à toutes les deux!

Tout d’abord, tu nommes que ta partenaire a commencé une hormonothérapie féminisante et que cela a amené des changements sur plusieurs plans dans votre intimité sexuelle. C’est vrai que ce nouveau régime hormonal peut avoir des effets sur la capacité à maintenir une érection ou diminuer la fréquence des érections spontanées par exemple. Le fait de cheminer dans sa transition peut aussi permettre à une personne trans d’explorer son corps et (ré)apprendre ses préférences sexuelles, tout comme cela permet d’explorer d’autres facettes de sa vie et de son identité à la lumière cette découverte de soi. À noter que, si jamais ta blonde souhaitait diminuer les effets de l’hormonothérapie sur ses érections – ce qui est un choix très personnel – c’est possible d’aborder la question avec un·e professionnel·le de la santé. Dans le même ordre d’idées, si le fait de donner ou recevoir une pénétration est toujours un désir partagé, les strap on et autres jouets sexuels peuvent être une option à considérer si ce n’est déjà fait. Le fait d’utiliser des jouets plus funky et moins réalistes peut aussi diminuer la dysphorie de genre parfois associée à la pénétration. Le désir sexuel peut aussi fluctuer au fur et à mesure de la transition.

Je reviens à ta question! Je comprends que tu ressentes beaucoup d’inquiétudes en ce moment. C’est normal d’avoir des craintes par rapport à notre futur en tant que personne polyamoureuse et je m’inclus là-dedans. Nous vivons dans une société mononormative qui place le couple monogame comme le seul modèle à suivre en invisibilisant toutes les autres configurations relationnelles possibles. En plus, notre société est aussi cishétéronormative, donc on se retrouve avec cette espèce d’idéalisation de la famille formée d’une femme et d’un homme, tous deux cisgenres et hétéros. C’est encore pire quand on subit les violences du racisme systémique et des autres formes d’oppression. Bref, c’est normal d’avoir peur. Ça m’arrive aussi, tu n’es pas seule.

MAIS, un instant, il n’y a pas que ça! Il y a surtout beaucoup d’espoir, d’amour et de résilience à partager dans nos communautés. Nos luttes portent fruit, que ce soit dans le récent jugement pour la reconnaissance des droits des personnes trans et non-binaires ou le fait que les enjeux liés à la non-monogamie éthique soient de plus en plus visibles comme c’est le cas dans cet article en lien avec le polyamour en temps de pandémie. Il y a du progrès social et les perceptions des gens évoluent. Même s’il reste beaucoup de grandes luttes à faire – encore plus urgemment pour les personnes racisées, migrantes, intersexes et mineures – il y a beaucoup de raisons de se réjouir et d’entrevoir l’avenir avec confiance.

Pour savoir comment aborder le polyamour avec ta blonde, je te suggère fortement de lire la réponse de mon collègue Guillaume à Je voudrais savoir si je suis bisexuelle et polyamoureuse… et de consulter les liens qui s’y trouvent! Je constate que vous avez déjà eu l’occasion d’aborder la non-monogamie éthique dans un premier temps et que cela a eu des répercussions positives, donc j’ai confiance que vous pouvez poursuivre la discussion sur vos attentes respectives à travers cette nouvelle réalité.

C’est très attentionné de ta part de te soucier que ta blonde ne se sente pas mise de côté ou « inadéquate », ce qui peut en effet arriver quand on fait ses premiers pas dans le polyamour. Et encore! C’est quelque chose qui peut arriver à tout moment dans une relation quand il y a des changements. C’est peut-être un bon moment justement pour lui faire part des raisons pour lesquelles tu veux être avec elle spécifiquement et de ce qui rend votre relation unique ou spéciale par exemple. Ça fait toujours du bien à entendre dans tous les cas!

Je te suggère de prendre le temps d’explorer avec tes partenaires quelles sont leurs attentes respectives et leur vision de la (non-)monogamie éthique et du polyamour. Par exemple, une personne pourrait être intéressée à maintenant des éléments sexuels dans une relation amicale de façon plus casual sans nécessairement vouloir s’engager dans une relation amoureuse, tout comme une autre pourrait vouloir avoir un style de relations plus anarchique ou au contraire très hiérarchiqueCette carte de la non-monogamie est une des représentations possibles de ces différentes réalités qui se recoupent entre elles et peut peut-être t’inspirer des pistes de réflexion.

Le fait de clarifier rapidement les attentes des personnes concernées (incluant les tiennes!) permet de rester moins longtemps dans le flou et l’incertitude. Cela ne veut pas dire que vous aurez toutes les réponses, c’est correct de prendre son temps ou de changer d’idée en chemin, mais c’est une bonne façon de diminuer les déceptions et les frustrations au long cours.

Pour ce qui est de l’impact des diagnostics que tu as reçu, cela dépend vraiment de ton vécu et de ton ressenti. Après tout, ce sont des étiquettes qui demeurent bien imparfaites bien qu’elles puissent permettre de nommer sa réalité, de trouver des ressources aidantes et trouver le soutien de ses pair·e·s. Tu te connais certainement mieux que moi, donc j’aurais tendance à te retourner la question. Quelles sont tes plus grandes forces et quelles sont tes plus grandes difficultés ?

Par exemple, quand on a tendance à être une personne plus facilement dépendante, impulsive ou intense, les nouvelles relations peuvent amener un torrent d’émotions, déjà que l’énergie des nouvelles relations (NRE en anglais) et le pic d’hormones associé est souvent un moment de grande excitation pour toustes. J’aime bien dire que lorsqu’on est sous l’effet d’une substance psychoactive qui altère notre jugement, ce n’est probablement pas le meilleur moment pour prendre des décisions importantes. C’est encore plus vrai si on a des fragilités personnes à ce niveau-là. Le high qui vient avec une nouvelle relation ou un nouveau crush peut vraiment altérer notre perception des choses (c’est neurologique), donc il peut être judicieux de (tenter de) prendre un pas de recul et d’accueillir les conseils des personnes qui nous entourent et ne sont pas affectées par ce boost physiologique.

Il existe des groupes de soutien pour personnes polyamoureuses et je t’encourage à les chercher, mais c’est possible que ta queerness te fasse sentir un peu à part. Tant mieux si ce n’est pas le cas d’ailleurs! Ainsi, si tu ressens le besoin d’échanger avec des pair·e·s, je te recommande en premier des groupes 2SLGBTQIA2+ comme Neuro/Diversités (poly friendly!) ou Polyam Queer Montreal. Les communautés se partagent aussi les bonnes adresses de personnes ou d’organismes à consulter pour avoir du soutien individuel ou en couple (ce qui peut faciliter beaucoup les discussions!), donc tu peux demander des références au besoin.

J’espère que tout cela te rassure un peu! N’hésite vraiment pas si tu veux nous réécrire ou nous donner des nouvelles, c’est toujours apprécié!

Prends soin de toi,

Rose Dorian, intervenant·e social·e & bénévole pour AlterHéros


About Rose Dorian

Rose Dorian est une personne autiste, queer, trans et non binaire diplômée en techniques de travail social depuis 2016. Iel intervient principalement avec des personnes survivantes/victimes d'agression sexuelle et de violences ainsi que leurs proches et avec des personnes neuroatypiques.

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