Je pense que se questionner sur ses désirs et son orientation sexuelle et romantique est une introspection saine, mais aidez-moi à faire disparaitre ces pensées…


Bonjour,
Depuis maintenant un an, je me demande souvent si je suis gay. Je m’appelle Luca et j’ai 23 ans depuis l’enfance, je ne ressent du désir sexuel et romantique que pour les femmes. J’aime le sentiment que j’éprouve en compagnie d’une femme que je désire et vice-versa.

Mais comme je vous l’ai dit au début de mon message, depuis le premier confinement en France, la solitude m’a emmené à faire des introspections sur plusieurs domaines de ma vie, je me suis donc posé la question “est-ce que tu es gay ?”, ma réponse était “non, j’aime les femmes et je ne ressent pas de désir pour les hommes”. Malgré ça et le fait que j’étais convaincu d’être hétérosexuel, la question revenait régulièrement, j’ai fait des “tests” en regardant des photos d’hommes nus et je n’avais aucune réaction. Quelques semaines plus tard, j’étais occupé a vivre ma vie et mes pensées à ce sujet avaient complètement disparues. A la fin de l’été j’ai rencontré une femme avec qui j’ai eu une relation amoureuse pendant quelques mois, tout se passait bien d’un point de vue sexuel ou émotionnel de mon côté mais elle a rompu. Cette rupture a été difficile, car c’était la premiere “vraie” relation amoureuse que j’avais et que j’aimais vraiment être avec elle, faire l’amour avec, etc,…

Au début de l’année 2021, mes amis m’ont demandé si j’étais homo ce qui m’a fait retomber dans l’obsession de “suis-je homosexuel ou bisexuel ?”. Nous sommes aujourd’hui en avril et mes pensées deviennent de plus insistantes et angoissantes pour moi, j’ai refait des tests en regardant des photos d’hommes, aucune réaction. J’ai regardé du porno homosexuel, aucune réaction. Alors qu’en regardant des photos de femmes ou du porno hétéro, j’ai rapidement une érection et du désir. Maintenant, je commence a imaginer avoir des relations sexuelles avec des hommes et a surveiller une quelconque réaction physique (érection). Ces pensées me pourrissent la vie et m’empêche de vivre normalement. Je trouve certains hommes beau et cela me fait ressentir une angoisse légère. Au début de mes “tests” quand j’imaginais avoir une relation sexuelle avec un homme, je ressentais beaucoup de dégout, aujourd’hui je ne ressent plus de dégout mais ça me repousse quand même. De plus, je n’ose pas en parler avec mes amis, j’en ai discuté avec la psy qui me suivait en début d’année mais elle ne m’a pas aidé.

J’ai imaginé être bisexuel mais puisque je ne ressent pas de désir ou d’attirance pour les hommes ça me parait difficile.

Je pense que se questionner sur ses désirs et son orientation sexuelle et romantique est une introspection saine mais, je pense avoir déjà traité cette question et j’en suis venu a la conclusion que j’étais hétérosexuel. Donc s’il vous plait aidez-moi a faire disparaitre ces pensées.
J’ai découvert votre site il y a peu et le fait de savoir que je n’étais pas seul dans ce problème m’a beaucoup aidé, votre bienveillance aussi.

Luca

Hello Luca,

 

Je suis ravi.e d’entendre que les réponses de notre site t’ont aidé dans ton processus. 🙂 Tu n’es définitivement pas le seul à se poser des questions sur son orientation sexuelle. Je suis bien d’accord avec toi que cela s’inscrit généralement dans un parcours d’introspection très sain, mais que parfois cela peut être difficile ou prendre plus de temps et d’énergie que prévu.

 

À tout âge, on peut vivre de nouvelles expériences qui déclenchent des questions en nous sur des aspects de notre identité que l’on croyait réglés. Le confinement est une grande période de remise en question pour beaucoup de gens. Le contexte d’être beaucoup plus souvent à la maison et de moins socialiser peut contribuer à ce que ces questions prennent beaucoup de place, voire puissent nous obséder. Tu nommes également avoir vécu ta première relation sérieuse qui culmina en ta première rupture. C’est absolument le genre d’événement douloureux qui peut venir bouleverser ta conception de toi-même.

 

Maintenant, pour ce qui est de l’orientation sexuelle. Tu l’expliques bien dans ton message : être homosexuel signifie de ressentir de l’attirance pour d’autres hommes, être hétérosexuel d’être attiré par les femmes et bisexuel par des personnes de différents genres. J’irais plus loin, en disant que les pratiques sexuelles, l’anatomie et les préférences en matière de pornographie sont indépendantes de l’orientation sexuelle. Dans tout les cas, l’homosexualité n’est définitivement pas aussi simple que de trouver des hommes beaux : il est tout à fait possible d’apprécier l’apparence et l’esthétique d’une personne sans être attiré.e par celle-ci.

 

Tu mentionnes quelques fois que tu essayes de te “tester” en regardant des images d’hommes nus ou de la pornographie gay. Je peux t’assurer que ces tests ne fonctionnent pas et ne sont pas des indices qui permettent de déterminer l’orientation sexuelle d’une personne. Premièrement, parce que les photos d’hommes nus et même les vidéos pornographiques ne permettent pas de traduire toutes les nuances et les complexités de l’intimité, de la sensualité, de la séduction, de la complicité, des relations et de la sexualité entre hommes. Oui, ces médias peuvent provoquer une érection ou une excitation sexuelle, mais cette réponse physiologique est mécanique et dépend davantage du conditionnement. Dans les bons contextes, il est possible de reproduire ces réactions complètement indépendamment de l’orientation sexuelle.

 

Je t’encouragerais donc, dans la mesure du possible, à laisser tomber ces tests, non seulement car ils ne sont pas fiables, mais aussi car ils ne semblent servir qu’à nourrir ton anxiété et à te faire du mal. Je crois qu’il est possible que ton cerveau utilise inconsciemment ces tests pour te punir ou te faire du mal. Toutefois, si l’envie te prend de diversifer ta sexualité et de consommer de la pronographie gay ou bi car tu crois que cela peut avoir un apport positif et épanouissant, vas-y! Tout est dans l’intention. Visionner du porno homo ou bisexuel n’aura pas d’impact ou d’incidence sur ton orientation sexuelle. Si un jour tu finis par choisir un autre terme qu’hétérosexuel pour décrire tes expériences, à ta guise, mais il n’y auara jamais un seul élément qui peut provoquer à lui seul cette prise de décision.

 

Une question très importante que j’aimerais te poser pour diminuer tes pensées intrusives est la suivante : pourquoi crois-tu qu’il y a quelque chose de mal à être gay? Tu dis ressentir de moins en moins de dégoût envers la mise en scène de la sexualité entre hommes, mais d’où est-ce que cela provient à l’origine? Est-ce que tu as déjà entendu des idées négatives ou des stéréotypes à propos des hommes gay et bisexuels? Sache que l’orientation d’une personne n’est pas un élément qui détermine sa personnalité, ses intérêts, son apparence ou quoi que ce soit d’autre. Est-ce que tu associes la sexualité entre hommes aux relations anales et celles-ci à l’inconfort, la douleur ou l’impropreté? La sexualité masculine est extrêmement diversifiée et elle peut être synonyme d’excitation, de plaisir, d’ivresse et d’extase. Si tu penses à d’autres raisons, il me ferait plaisir de les aborder avec toi! J’ai l’impression que de travailler à accepter graduellement que l’homosexualité/la bisexualité sont de bonnes choses pourrait te permettre de te rassurer et ce même si tu ne te reconnais pas au sein de ces identités.

 

Concernant la bisexualité, je voulais aussi simplement clarifier que l’attirance peut se faire sentir différemment selon les différents genres. Tu pourrais par exemple avoir une préférence pour les femmes, ou être attiré par les hommes uniquement dans certaines circonstances. Encore une fois, la bisexualité, au même titre que l’homosexualité, est une orientation valide, légitime et positive qui n’entraîne pas de danger ou d’inconvénients.

 

Si malgré ces suggestions tes pensées demeurent intrusives, obsessives et totalement hors de ton contrôle l’option de consulter un.e professionnel.le pourrait être pertinente. Je suis désolé.e que tu n’aies pas ressenti une écoute attentive ou une ouverture de la part de ta psy à ce niveau. Peut-être pourrais-tu trouver un.e autre professionnel.le qui se spécialise dans ces questions?

 

Écris-nous n’importe quand s’il y a quoique ce soit d’autre!

 

En espérant que tes tracas se résoudront relativement rapidement,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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