Je ne suis pas entièrement certain que je ressens un certain attachement à la communauté LGBTQ+ … Est-ce normal?


Merci infiniment pour ta réponse!

Je pense en effet que mes soins sont de vivre en région plutôt qu’en ville pour plusieurs raisons! Ultimement je crois que je vais m’inscrire sur des apps de rencontre puisque je crois sincèrement que c’est une excellente méthode de rencontrer des gens hors de son milieu mais également avec des intérêts diversifiés! Je suis simplement gêné un peu et c’est toujours un peu intimidant de rencontrer une personne qui justement n’a aucun lien d’attache avec ton milieu et qui sort d’un peu nulle part le temps de créer soi-même les liens!
Tu as soulevé un point concernant en quelque sorte l’identification à la communauté LGBTQ+. Euhm je ne suis pas entièrement certain que je ressens un certain attachement à une communauté du moins pas si fort que cela… Est-ce normal? Peut-être que c’est ma définition par rapport (a l’intensité) de l’attachement/identification qui erronée? Je me vois tout simplement comme un être humain qui a une préférence sexuelle et amoureuse pour les hommes un peu comme une question de goût (ne pas aimer les tomates par exemple?).
Philippe

Rebonjour Philippe,

Je suis heureux de lire que tu nous remercies pour la réponse précédente! Je comprends que cela peut être un peu intimidant de rencontrer une personne qui n’a pas de liens d’attache avec nos expériences du passé. Toutefois, n’oublie pas que ce qui vous unit dans ce genre de situation est le fait que vous partager l’expérience commune d’habiter le même territoire. 🙂 À tout moment, n’hésite pas à nous écrire si tu ressens des questionnements quant aux interactions ou à l’usage de ces applications de rencontre.

Concernant la question de l’identification à la communauté LGBTQ+ ou non, c’est d’abord et avant tout un attachement qui est très personnel et subjectif à chaque personne, indépendamment de son orientation sexuelle, orientation romantique, identité de genre ou expression de genre. Conséquemment, le fait que tu ne ressentes pas d’attachement aux communautés LGBTQ+ ou à l’acronyme désignant cette communauté est donc entièrement correct!

Si je peux me permettre un petit point éditorial, je crois qu’il est bien difficile de comparer une préférence sexuelle à une préférence pour les tomates. Je m’explique. Est-ce que les personnes qui n’aiment pas les tomates peuvent vivre des rejets familiaux, de la discrimination, des formes d’oppression ou sentiment de peur ou même de honte en fonction du fait qu’elles n’aiment pas les tomates? Est-ce que ces mêmes personnes ont une histoire militante riche et toujours active aujourd’hui pour défendre les droits et la visibilité des minorités qui n’aiment pas les tomates? Est-ce que les lois, l’accès à certains services gouvernementaux, l’accessibilité à des soins de santé ou le contenu des cursus pédagogiques à l’école sont dans l’ensemble inclusifs et respectueux des personnes qui n’aiment pas les tomates? Est-ce qu’une personne qui n’aime pas les tomates peut ressentir une pression sociale à déménager dans un milieu urbain pour la simple et unique raison qu’elles n’aiment pas les tomates? Quels sont les défis particuliers que vivent les personnes qui n’aiment pas les tomates? Quels sont les préjugés et stéréotypes associés aux personnes qui n’aiment pas les tomates? 😉 Évidemment, je comprends que formulé ainsi cela peut sembler un peu farfelu. Mais dans les faits, quand on analyse ces composantes, il n’est pas étonnant que les personnes LGBTQ+ se soient créer des communautés LGBTQ+, que celles-ci soient physiques ou virtuelles, afin de se rassembler, de se sentir moins seul.e.s, de se sentir valides et se sentir être humain à part entière, d’échanger sur les expériences précises qui les unies, de revendiquer des droits, de combattre les préjugés et de se bâtir des services parallèles de soutien. Les communautés LGBTQ+ se sont consolidées afin de transformer ce sentiment de honte, inhérent à la conscience d’appartenir à une minorité sexuelle ou de genre, en sentiment de fierté et de solidarité.
D’un point de vue personnel, je trouve complexe de réduire les expériences et trajectoires de vie des personnes LGBTQ+ à une simple question de préférence (bien sûr, ce n’est pas l’avis de tout le monde!), puisque ce qui unit l’ensemble de ces personnes, c’est l’expérience particulière et commune de vivre une oppression basée sur leur sexualité ou leur genre. Peu de personnes hétérosexuelles peuvent comprendre ce que signifie grandir en tant qu’adolescent.e dans un environnement où les termes tapette et fif sont utilisés à des fins d’insulte, grandir avec peu de représentations positives de leur sexualité ou identité de genre, grandir en devant naviguer le stress du coming-out ou le simple fait de réaliser que l’on appartient à une minorité. Quand une majorité dicte ce qui est valide ou pas, moral ou immoral, il est compréhensible que cette minorité visée s’allie à d’autres minorités expérimentant des violences similaires : d’où la raison de nos communautés LGBTQ+ plurielles et diversifiées d’aujourd’hui!
Je suis très conscient que mon discours n’est pas nuancé à ce sujet – le tout découle de mes implications militantes en défense de droits des travailleur.se.s du sexe, des personnes vivant avec le VIH, sur l’accessibilité aux soins de santé pour les hommes qui baisent avec des hommes et sur les droits des jeunes trans et non-binaires au Québec. Mon expérience est certes singulière, mais c’est aussi cette implication associative et mes études qui m’ont amené à réfléchir sur le concept de communauté et de quelle façon cette communauté, par définition plurielle et diversifiée, peut constituer un environnement sécuritaire et inclusif pour l’émancipation de l’ensemble des personnes qui ne se sentent pas correspondre au modèle hétérosexuel dominant.
Il est également vrai que plusieurs personnes non-hétérosexuelles ne désirent pas revendiquer une appartenance à la communauté LGBTQ+. C’est certes valide et c’est à chaque personne de déterminer envers qui ou envers quel(s) groupe(s) elles souhaitent définir un sentiment d’appartenance. Je me permets néanmoins de pousser un peu plus loin la réflexion. Est-il possible que certaines de ces personnes ne souhaitent pas revendiquer cette appartenance par crainte de vivre de la stigmatisation par leur entourage? Les communautés LGBTQ+ étant encore mal perçues d’un point de vue social et médiatique, certaines personnes peuvent prendre la décision de se distancer de ce mouvement social pour éviter les réactions négatives de leur entourage. Par exemple, j’ai moi aussi eu des discours péjoratifs envers les personnes LGBTQ+ quand j’étais adolescent. Bien qu’ouvertement homosexuel, j’avais beaucoup d’homophobie intériorisée envers les garçons efféminés, envers ceux impliqués dans le défilé de la Fierté. En d’autres mots, j’appliquais mots pour mots le concept selon lequel c’est correct d’être gai, seulement si ça ne paraît pas. Ce leitmotiv guide malheureusement grand nombre de personnes, LGBTQ+ ou non.
Je crois qu’il est possible de souligner et célébrer le fait qu’il existe de moins en moins d’obstacles chez les lesbiennes et les gais. En effet, en 2020, au Québec, il peut être possible pour plusieurs d’entre nous d’avoir un quotidien relativement doux sans expérimenter des formes importantes de discriminations. Par exemple, je pourrais me marier avec mon amoureux, adopter un enfant et même lui tenir la main sur la voix publique sans me faire violenter. Ceci est possible après plusieurs décennies de lutte et d’éducation populaire sur le sujet. Néanmoins, est-ce le cas de tout le monde dans nos communautés? Est-ce que les personnes trans et non-binaires vivent cette même simplicité au quotidien? Est-ce que nos frères et soeurs LGBTQ+ des communautés autochtones, noires ou racisées vivent sans discrimination au sein même de nos communautés LGBTQ+? Est-ce que les expériences des personnes asexuelles sont aujourd’hui écoutées à leur juste valeur? Quels sont les préjugés qui persistent à l’égard de la bisexualité? Pourquoi les chirurgies d’assignation sexuelle sur les corps des enfants intersexes ne sont pas encore illégales au Canada?
L’appartenance aux communautés LGBTQ+ désigne aussi une volonté de vouloir éliminer entièrement les inégalités sociales à l’égard de l’ensemble des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Bien que la situation s’est améliorée pour plusieurs femmes lesbiennes ou hommes homosexuels, c’est loin d’être le cas pour une grande partie de nos frères et soeurs. C’est pourquoi notre objectif à AlterHéros, en tant qu’organisme communautaire LGBTQ+, est de faciliter l’épanouissement de l’ensemble des jeunes en travaillant fort pour abolir toute forme de discrimination basée sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou la morphologie corporelle.

En conclusion, oui, c’est entièrement correct de ne pas sentir d’appartenance particulière envers cette communauté! Ce n’est aucunement une obligation ni une étape obligatoire dans nos parcours. Tu n’as pas besoin de carte de membre pour être un homme qui aime sexuellement et romantiquement les hommes. 😉 Je me suis néanmoins permis de contextualiser le tout selon des dimensions historiques, sociales et politiques. Je t’invite à me partager tes réflexions à ce sujet si tu le souhaites et, à tout moment, nous poser de nouvelles questions! 🙂

Je te souhaite une excellente journée,

Solidairement,

Guillaume pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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