5 mai 2020

Je crois me reconnaître dans le terme genderfluid. Est-ce que ma situation s'apparente plus à la transidentité ou à la non-binarité?

Bonjours,
Ça fais bientôt 1 an que je sais que j’aime les filles et j’ai fait en premier lieux mon coming-out en tant que bisexuel sauf que actuellement je me considère comme lesbienne mais je doute ( je ne l’ai dis a personne ) , mes parents on plutôt mal réagis à l’annonce de ma bisexualité. Mon père à lui fait des « blague » plutôt blessante sur mon orientation dans mon dos, et ma mère elle dit que c’était une passe et que à mon age on ne peut pas être sûr.
Enfin bref…
Je me suis déjà poser des questions sur mon genre car à certain moments sans m’en rendre compte je me genre au masculin et il y a des moments on je sens une dysphorie entre mon corps et l’image que j’ai de moi. Mais souvent ça dure un ou deux jours et ça me passe.
Depuis le début du confinement je suis sur les réseaux sociaux et j’ai vue une personne qui expliquais qu’elle se sentais genderfluide et expliquais pourquoi et je me suis reconnu dans les exemple qu’elle donnait. (J’ai aussi envie de m’acheter un blinder)
De plus j’ai souvent des idées pour un prénom masculin.
Et je n’ose pas en parler a ma mère car c’est un sujet encore plus difficile a aborder que le fait que je sois attirée par seulement les filles (je n’ai dit à personne que j’aimais que les filles )
J’ai peur qu’elle ne me prenne pas du tout au sérieux …
Surtout que si je fais mon coming-out à ma famille, je devrais le faire à mes amis aussi… Sauf que au collège les gens sont des personne assez hypocrite et de mes amies sont légèrement homophobe je sais que ne n’ai pas bien pour moi mais sinon je vais me retrouver seul et je ne veux pas rajouter la solitude à mes problèmes actuel.
Est ce que vous pourriez m’indiquer si ma situation ressemble plus à de la trans-identité ou plus a de la non-binarité.
J’espère que mon message et claire. : )
Bonne journée.
Mathilde

Séré

Bonjour Mathilde!
Merci de faire confiance à AlterHéros avec tes questions. Si je comprends bien, tu te questionnes sur ton identité de genre, et tu te demandes si tu es trans ou bien non-binaire. De plus, tu te demandes comment en parler et faire un coming-out à tes parents et à tes amis.
D’abord, parlons de coming-out. Je suis vraiment désolé de lire que tes parents n’ont pas très bien accueilli ton coming-out de bisexualité. Je veux te dire que tu n’es jamais obligé.e de faire un coming-out si tu ne te sens pas prêt.e, si tu n’en as pas envie ou si tu as peur des répercussions que cela pourrait entraîner. Ta sécurité est importante : tu n’es jamais obligé.e de dévoiler des choses sur toi si tu sens que ça pourrait te mettre en danger. Tu n’es pas moins légitime dans ton orientation sexuelle ou ton identité de genre si tu décides de ne pas faire de coming-out pour le moment. C’est une décision qui peut être difficile à prendre, je sais. Alors tu peux te laisser le temps d’y réfléchir et de voir l’option que tu préfères.
De plus, tu n’es pas nécessairement obligé.e de faire un coming-out à tout ton entourage en même temps. On parle souvent du coming-out comme étant UNE étape essentielle, mais dans les faits, un coming-out est un cheminement individuel qui n’est ni incontournable, ni unique. Tu peux décider de ne pas le faire tout de suite (ou du tout!), comme tu peux décider de le faire à certaines personnes d’abord.  Par exemple, si tu as un.e ami.e en qui tu as confiance, et que tu sais capable de garder un secret, tu peux lui en parler en premier pour tâter le terrain. Même chose du côté de tes parents, si tu as un parent de qui tu es plus proche, tu peux lui en parler en premier et voir sa réaction d’abord. De plus, s’il n’y a pas de contact entre tes ami.e.s du collège et tes parents, rien ne t’oblige à faire un coming-out partout en même temps. S’il y a un.e adulte en qui tu as confiance à l’école, comme un.e professeur.e ou un.e intervenant.e, tu peux aussi lui en parler d’abord. Peut-être que cela t’aidera pour en parler à tes parents! 
Maintenant, parlons du coming-out en tant que tel. Tu as deux options principales : en personne ou par écrit. Voici un extrait d’une réponse que j’ai récemment donnée à ce sujet :

Si tu veux le faire en personne, l’idéal est de le faire à un endroit où tu te sens bien et où tu as la possibilité de t’isoler ou de quitter si jamais tu en ressens le besoin. Je te conseille aussi de bien te préparer afin de répondre à leurs questions. Ce qui aide beaucoup quand on fait un coming-out trans est de nommer les choses que l’on veut changer et l’aide que tu aimerais obtenir de tes parents. Cela demande d’abord une réflexion de ta part : désires-tu changer de prénom ou de pronom? Désires-tu que tes parents t’aident à acheter des nouveaux vêtements ou t’aident à trouver un.e professionnel.le de la santé pour débuter une transition médicale? En réfléchissant à l’avance à ces éléments et en notant ceux que tu désires partager à tes parents, cela t’aidera à faire face à leurs questions et à expliquer pourquoi c’est important pour toi de leur parler de ton identité de genre. Tu peux aussi parler de ce qui ne changera pas! Souvent, lorsqu’on fait un coming-out à nos parents, iels se sentent un peu bousculé.e.s, car iels se sont fait des attentes par rapport à notre genre assigné à la naissance. Ça peut alors être utile d’insister sur le fait que tu restes la même personne que tu as toujours été, que tu restes leur enfant et que tu gardes la même personnalité et les mêmes intérêts, que de faire ce coming-out est en fait une façon de te sentir authentique avec elleux.
Si tu veux faire ton coming-out en personne, mais que tu n’y arrives pas quand tu es en face de tes parents, tu peux essayer de ne pas leur faire face : c’est beaucoup plus facile de commencer une conversation difficile quand tu es côte à côte avec une personne plutôt qu’en face d’elle. Tu pourrais par exemple faire ton coming-out pendant une marche en famille ou bien lorsque tu es assis.e à côté de tes parents à une table ou sur un divan. 
Faire un coming-out par écrit, soit en donnant une lettre à tes parents ou en leur envoyant un courriel, permet de préparer tout ce que tu veux dire à l’avance sans avoir à craindre d’être interrompu.e. Cela permet aussi de prévoir un espace pour que tes parents puissent réagir à cette nouvelle et gérer leurs sentiments par rapport à cela sans que tu aies à en être témoin. Par exemple, tu pourrais leur remettre la lettre juste avant d’aller prendre une marche. Un autre avantage de cette méthode est de permettre de leur donner des ressources. Par exemple, j’aime bien ce vidéo qui permet de faire ton coming-out non-binaire à ta place! (Voici l’équivalent pour les femmes trans, et pour les hommes trans) Tu pourrais aussi leur envoyer des articles, comme celui-ci qui donne des conseils aux parents d’ados LGBTQ+ ou celui-ci qui explique que les enfants et ados trans se sentent autant filles ou garçons que les enfants et ados cisgenres. 

 
Maintenant, tu nous demandes dans ta question si ce que tu vis semble se rapporter plus à une identité trans ou bien à une identité non-binaire. Voyons d’abord la différence entre les deux :

  • Une personne trans est une personne qui ne s’identifie pas au genre qui lui a été assigné à la naissance. 
  • Une personne non-binaire est une personne qui ne s’identifie pas exclusivement comme femme ou comme homme. 

On peut donc voir que les deux définitions s’entrecoupent. En effet, puisque dans la plupart des sociétés, on assigne aux bébés le genre féminin ou le genre masculin, il s’ensuit qu’une personne non-binaire ne s’identifie généralement pas au genre qui lui a été assigné à la naissance. Donc, si une personne est non-binaire, elle peut aussi s’identifier comme trans! 
Moi par exemple, je m’identifie à la fois comme non-binaire et comme trans. On m’a assigné le genre féminin à la naissance et je ne m’identifie pas du tout comme une femme! Donc, je suis trans. De plus, je ne me sens pas vraiment comme un homme non plus, alors je suis non-binaire. Tu comprends?
Par ailleurs, c’est vraiment important de comprendre qu’être trans est une question d’identité et non de parcours. Ce que je veux dire par là, c’est que tu peux t’identifier comme trans sans avoir l’intention de faire une transition médicale, sociale ou légale. Le seul prérequis, c’est de ne pas t’identifier au genre qui t’a été assigné à la naissance, donc dans ton cas, de ne pas t’identifier comme fille. 
C’est la même chose pour être non-binaire. Tu n’as pas besoin de faire un coming-out, d’utiliser des pronoms non-binaires ou quoi que ce soit pour être non-binaire. Le seul prérequis c’est de ne pas t’identifier à 100 % et tout le temps comme un garçon ou une fille.
Tu es la seule personne qui peut déterminer si tu es trans, non-binaire ou les deux, car comme je viens de le dire, c’est quelque chose qui est très personnel. Je peux cependant t’offrir des pistes de réflexion.
Tu dis que tu as entendu une personne parler de son identité genderfluid et que tu t’es reconnu.e là-dedans, entre autres parce que tu as envie de t’acheter un binder. Tu dis aussi que tu ressens parfois de la dysphorie, qui est le fait de ressentir de l’inconfort par rapport à son genre assigné à la naissance, à son corps ou à la façon dont on est perçu.e. 
Bien que la dysphorie soit pour certaines personnes un bon indicateur pour déterminer qu’elles sont trans, il y a un autre concept que je trouve plus utile personnellement, soit le concept d’euphorie de genre
L’euphorie de genre, c’est le contraire de la dysphorie de genre. C’est un sentiment de confort, de joie ou de bien-être par rapport à son genre. Ça peut être vraiment plus révélateur de notre identité de genre, car c’est un sentiment qui nous oriente vers une solution au lieu de se concentrer sur le problème. .
Tu dis que tu te genre parfois au masculin et que tu as des idées de prénoms masculins. Comment te sens-tu quand ça t’arrive? Si tu parles de toi au masculin, est-ce que tu te sens mieux que si tu parles de toi au féminin? Si tu t’imagines te présenter avec un prénom masculin, est-ce que ça provoque des émotions positives ou négatives?  Aurais-tu envie d’essayer des pronoms non-binaires et de voir comment tu te sens si tu t’imagines te présenter avec un prénom mixte?
Si tu te sens bien en imaginant un de ces scénarios, c’est que ça vaut probablement la peine de l’explorer! Tu sais, c’est normal de ne pas savoir tout de suite quel est ton genre et comment tu souhaites te présenter. Beaucoup de personnes non-binaires ont besoin d’essayer différentes étiquettes pour décrire leur identité de genre, et d’explorer leur expression de genre avant de trouver ce qui leur convient le mieux. Si tu essaies quelque chose et que ça ne fonctionne pas pour toi, ça ne veut pas nécessairement dire que tu t’es trompé et que tu es cisgenre, cela veut simplement dire que tu as besoin d’explorer davantage. Il n’y a pas une seule façon d’être trans ou non-binaire et tu dois te donner le temps de trouver la tienne!
Ce qui m’a beaucoup aidé à avancer dans mes questionnements, c’est de discuter avec d’autres personnes non-binaires et de m’exposer à des œuvres de fiction avec des personnages trans. J’ai ainsi pu découvrir plusieurs facettes des réalités trans et non-binaires, ce qui m’a donné des outils et des repères pour construire mon identité. Ces outils, je ne les aurais jamais acquis si je ne les avais pas activement recherchés, car malheureusement, il y a encore très peu de représentations de nos identités dans les médias. 
Je t’invite donc à consulter la site de la Fédération trans et intersexe de France afin de trouver des ressources près de chez toi. De plus, si tu veux découvrir des œuvres de fictions et des artistes trans, je te suggère de jeter un coup d’œil à Assignée Garçon, une bande dessinée en ligne créée par Sophie Labelle, une auteure trans. Elle a aussi écrit deux romans jeunesse dont les personnages principaux sont deux ados trans, Ciel. Si tu t’intéresses à la musique, je te conseille de suivre Mrs Yéyé, une chanteuse et compositrice française et trans!
J’espère que ma réponse t’éclaire un peu par rapport à tes questionnements. Surtout, n’hésite pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin.
Je t’envoie tout plein de courage,
 
Séré, intervenant pour AlterHéros

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