Est-il possible d’être hétéro mais de préférer / d’être bien plus excité par les fantasmes homo?


Bonjour à toute l’équipe d’Alterheros,

J’ai aujourd’hui 17 ans et j’ai une question qui reste dans ma tête depuis pas mal de temps et je me sens totalement perdu…
Quand j’étais plus jeune, vers 10-12 ans je fantasmais sur les gars comme sur les filles. J’avais aucunes impressions d’être sali bien au contraire puisque les deux me plaisaient.
Le truc c’est que j’ai toujours su et remarqué que les fantasmes homo étaient bien plus excitant que les fantasmes hétéro… Du coup n’aillant pas d’attirance ou d’attraction sexuel envers les hommes dans la rue, je me demandais “Est-il possible d’être Hétéro mais de préférer / d’être bien plus excité par les fantasmes homo ?” Car je vous avoue que je ne sais plus trop quoi penser… Il y a 3 ans de cela quand j’ai décider de me poser la question sérieusement je suis vite tombé dans ce que ma psy appelle le Toc homo ou la peur d’être homosexuel… je me testais et me test tous les jours par “peur” d’éprouver une attirance envers les hommes (alors que je ne comprends pas trop pourquoi car il n’y a AUCUN prb à être bi / gay / lesbien… bien au contraire c’est beau toute cette diversité sexuel !) Je pense que le prb vient d’un gros manque de confiance en moi… Bref… Ce que je veux dire par là c’est que je ne pense plus trop aux filles depuis ces 3 dernières années et donc ma libido pour elle est… à plat… Disons que comme m’a dit ma psy, à force de se tester tout le temps et d’être constamment seul avec mes pensées sur l’homosexualité et l’anxiété, j’ai l’impression de ne plus avoir d’attirance pour le sexe opposé et c’est tout à fait normal… Du coup je souffre de cette impression et ça vient à renforcer la question sur les fantasmes homo… Enfin bref tout ça pour dire que je suis totalement perdu et que j’ai besoin d’une réponse pour comprendre un peu plus qui je suis et être bien dans ma peau. (Ps : j’ai une copine avec qui j’ai une belle attraction sexuel mais quand je suis seul, bien que j’ai envie d’elle et me satisfait sur elle, j’ai quand même l’impression que mes fantasmes homo sont au dessus…).
Merci pour votre aide bien à vous,
Thomas

Bonjour à toi Thomas!

 

Merci de faire confiance à nouveau. Je comprends que tu te questionnes sur tes attirances depuis quelque temps, et je peux voir que ta réflexion est avancée et que tu écoutes les conseils de gens autour de toi comme ta psy. J’ai l’impression que la plupart des morceaux sont là, ne reste qu’à les assembler ensemble!

 

Sur l’orientation sexuelle, tu te dis en questionnement, et c’est correct de ne pas savoir ou de ne pas être certain. Je ne peux pas savoir pour toi, mais il y a quand même quelques informations générales que j’aimerais te transmettre. Un mythe tenace sur la bisexualité avec lequel tu es peut-être familier est qu’être bisexuel·le signifie avoir tout le temps exactement la même proportion et la même intensité d’attirance pour les gars et les filles. Ce n’est pas exactement le cas de tout le monde, ça peut fluctuer et c’est possible d’être bi et d’avoir une certaine préférence ou un plus grand intérêt pour les garçons à un moment de ta vie. Un autre préjugé est que les gens bisexuel·les sont attirés par tout le monde. C’est correct d’avoir d’autres critères ou d’autres standards. Ça pourrait être pour ça que tu n’as pas vraiment rencontré d’homme qui t’attire dans la rue, on ne rencontre pas l’homme de ses rêves, ni même des hommes attirants, tous les jours en public. Ça serait trop facile sinon. 🙂

 

Un autre truc est que tu peux être en couple avec une fille que tu aimes et trouves attirante tout en ayant tes propres fantasmes, qui peuvent l’impliquer ou non. Ton imaginaire érotique est privé et il t’appartient. Si tu penses plus aux garçons et/ou que tu regardes plus de porno gay ces temps-ci c’est vraiment okay.

 

Sur les TOCs homos, le fait de ressentir le besoin de se tester tout le temps ou d’avoir des fantasmes homos en étant hétéro, je ne veux pas prétendre être psychologue, je ne suis pas expert·e en santé mentale ou en neurodiversité. Ce n’est pas impossible que certains troubles neurologiques ou psychologiques s’attachent aux fantasmes ou la sexualité et que cela soit différent de l’orientation sexuelle à proprement parler. En théorie, ça serait possible que les pensées irrationnelles et envahissantes s’orientent autour de l’homosexualité et entrainent détresse, souffrance et impact sur le fonctionnement. Chaque cerveau est différent. Mais je trouve intéressant que tu mentionnes ne pas avoir d’inconfort avec la communauté LGBTQIA+ et même  apprécier et célébrer la diversité sexuelle et de genre. Même en ayant cette belle ouverture, la société conserve ses normes (l’hétéronormativité) et ses systèmes d’oppression (l’hétérosexisme et l’homophobie) qui, de différentes façons, sous-entendent que la sexualité et l’intimité être hommes est honteuse, ridicule ou dangereuse. Je crois qu’il est possible (par manque de confiance, par peur d’être jugé comme différent ou peut-être à cause d’un TOC) que ton cerveau reprenne des arguments auxquels tu ne crois pas nécessairement et des tests symboliques et inexactes pour te faire du mal ou te dévaloriser.

 

Dans un tourbillon d’anxiété, de doutes, de questionnements et de pensées négatives ou intrusives c’est plutôt normal de ne pas avoir autant d’énergie ou d’intérêt pour la sexualité. Ce ne veut pas dire que tes doutes “ont raison” ou que tu as plus de chance d’être une orientation en particulier. C’est seulement qu’on a toutes nos capacités et nos limites et gérer toutes ces pensées et ces émotions t’en demande déjà beaucoup.

 

Qu’est-ce que tu peux faire avec tout ça? Ta psy t’a sûrement déjà fait quelques suggestions, peut-être que mes idées pourront les compléter. 

 

Pour le manque de confiance, c’est quelque chose qui se construit brique par brique, c’est un travail à longue haleine mais qui est aussi extrêmement gratifiant et valorisant.  Par exemple, que tu te surprends à avoir des pensées négatives et objectivement fausses, tu peux essayer de les reconnaître, de les laisser partir et de les remplacer par quelque chose de plus gentil/bienveillant ou de plus réaliste/rationnel. Tu pourrais trouver des exemples plus précis à partir de ton expérience et te pratiquer jusqu’à ce que ça devienne une habitude. 

 

Encore une fois, il n’y a pas de test ou de technique pour savoir avec certitude son orientation sexuelle. Je ne crois pas non plus qu’une certitude inébranlable et inchangeable soit nécessaire ou même utile pour être heureux dans la vie (et au lit). 

 

Je t’encouragerais donc à essayer de rester dans le moment présent, et à miser sur ton bonheur et sur la communication avec ta copine. Tu pourrais aussi continuer d’entretenir de bonnes relations avec la communauté LGBTQIA+, par exemple en écoutant des films ou des séries avec des persos de la diversité ou en rencontrant et en discutant avec des personnes qui font partie de la communauté.

 

Je n’ai pas de solution miracle, mais j’ai énormément d’espoir et de confiance que les choses vont s’améliorer pour toi. 🙂

 

Prends soin de toi,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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