Est-ce qu’il y a des moyens pour calmer mon stress devant le fait que je n’ai toujours pas d’expériences sexuelles?


J’ai 22 ans et je n’ai jamais eu de relation sexuelle ni avec une fille, ni avec un garçon. J’ai fait mon coming out il y a environ 3 ans à mes parents et mes ami(e)s comme quoi j’aimais mieux les filles que les gars, mais je trouve ça difficile de passer par dessus ma gêne afin «d’entamer» une relation avec une fille, à cause du manque d’expérience. J’ai l’impression de vivre mon adolescence en retard, étant donné que je n’ai jamais eu de sentiments vraiment sincère pour une personne avant de faire mon coming out. Aussi, parce que je suis dans un moment où j’aimerais expérimenter mais tout le monde autour de moi l’est déjà beaucoup, et/ou n’a pas les mêmes intérêts amoureux que moi. Est-ce qu’il y a des moyens pour calmer cet espèce de stress existentiel là?? Je sais que ça vient avec le temps et l’expérience mais c’est dur quand on en a zéro hahaha. Merci!

Vieille fille vierge 

Salut « Vieille fille vierge » 😉 ! (ton pseudo m’a bien fait rire!) 

J’espère que tu vas bien et que tu prends soin de toi en cette étrange période! Tout d’abord, un grand merci d’accorder ta confiance à AlterHéros pour répondre à ta question. Je veux tout d’abord te dire que ton message est venu me chercher, car j’ai vécu une situation bien semblable à la tienne! Je sais donc à quel point il peut être difficile de désirer des relations amoureuses et/ou sexuelles, mais de se sentir freiné.e parce que, justement, la société véhicule cette impression qu’il faut avoir de l’expérience pour vivre des expériences… en soi, cette idée est un peu contradictoire, non? 😉

 

Je comprends de ta question que tu t’identifies comme une femme cisgenre, et que tu as fait un coming-out homosexuel il y a quelques années. Tu n’as jamais eu de relation amoureuse ou sexuelle. Tu as maintenant 22 ans, et tu trouves difficile d’aborder les femmes qui pourraient t’intéresser parce que ton « manque d’expérience » te gêne et te crée des complexes. Tu aimerais donc des conseils pour surmonter ces sentiments puisque cela te crée un certain stress. Ce portrait te semble-t-il juste?  

 

Tu mentionnes le fait que tu as l’impression de « vivre ton adolescence en retard » puisque tu n’as encore jamais ressenti de sentiments amoureux pour personne, et que tu n’as pas vécu de relations amoureuses. J’aimerais tout d’abord te rassurer : tu as déjà vécu ton adolescence, mais simplement avec ta propre trajectoire. 😊 C’est difficile puisqu’on est habitué d’entendre partout autour de nous que c’est presque toujours à l’adolescence qu’on expérimente l’amour et la sexualité pour la première fois. La culture populaire nous pousse d’ailleurs à nous imaginer qu’avoir une ou plusieurs expérience(s) sexuelle(s) ou amoureuse(s) durant l’adolescence est une norme, alors que dans les faits, il existe autant de parcours différents que d’individus sur Terre! 😉 Ainsi, tu n’as pas à te sentir gênée, complexée ou honteuse de ton parcours. Avoir de l’« expérience », ce n’est pas une compétition, ni un échelon à gravir. 

 

Parlons un peu statistiques (ce ne sera pas long, je te le promets! 😉)… Récemment, un sondage informel a été réalisé sur Instagram par l’équipe de l’organisme Sans Cri Ni Haine (qui a pour but de sensibiliser les gens à la violence dans les relations intimes chez les adolescents). Entre autres, on questionnait les followers sur l’âge moyen des premières relations sexuelles. Lorsque questionné.e.s sur l’âge auquel les followers présumaient qu’il était normal d’avoir une première relation sexuelle, 40% ont répondu «entre 14 et 15 ans », 45% ont répondu « à 16 ans », et un petit 8% a répondu « à 17 ans et + ». En contrepartie, lorsque questionné.e.s sur leurs expériences réelles (l’âge réel auquel ces gens avaient vécu leur «première fois»), 48% ont répondu « à 17 ans et + », alors que 18% ont répondu « 16 ans » et 34% ont répondu « entre 14 et 15 ans ». Ce que cela illustre bien, c’est que notre perception des premières expériences à l’adolescence est plutôt différente de la réalité. Ayant étudié en sexologie, j’ai vu plusieurs études sur le sujet, et beaucoup abondent dans le même sens : il n’y a pas d’âge « clé » pour vivre ses premières expériences amoureuses ou sexuelles. Nous sommes toustes différent.e.s, nous avons toustes un bagage qui nous appartient, et qui influence notre parcours de vie. 

 

Bon, tu te dis peut-être que c’est bien beau, les chiffres, mais que cela ne change pas le fait que tu ressentes tout de même du stress, de la gêne et de l’anticipation par rapport au fait de rencontrer des femmes. C’est normal! (même en ayant vécu tout plein d’expériences, certaines personnes ont quand même toujours ce petit stress avant d’aborder quelqu’un qui leur plaît, alors tu n’es définitivement pas la seule!). Tu mentionnes dans ton message que « [tu] aimerais expérimenter, mais tout le monde autour de [toi] l’est déjà beaucoup, et/ou n’a pas les mêmes intérêts amoureux que [toi] ». Je comprends également que ce qui te freine le plus, c’est la gêne. Comment donc remédier à cette gêne? Tu l’as toi-même nommé : « ça vient avec le temps et l’expérience ». Cependant, l’« expérience » ne veut pas nécessairement dire l’« expérience relationnelle ou sexuelle »; on peut aussi parler de l’expérience de vie, et de l’expérience sociale!

 

Par exemple, tu mentionnes que ton cercle social n’est peut-être pas le bon lieu pour développer ton aisance à aborder des femmes qui te plaisent. Par contre, il existe des endroits comme des organismes communautaires LGBTQ+ friendly ou des associations étudiantes (si tu es présentement aux études) qui organisent des évènements auxquels tu peux participer si tu en as envie, et qui te permettraient de faire des rencontres hors de ton cercle social. Tu peux aussi sortir dans des établissements (bars, cafés, etc.) de ta région qui sont LGBTQ friendly. À certaines époques de l’année, notamment en été, il y a aussi beaucoup d’évènements organisés par et pour la communauté LGBTQ+, comme par exemple les activités en lien avec la Pride. Assister à de tels évènements pourrait être une manière d’entrer en contact avec des individus à qui tu ne craindrais pas, par exemple, de dévoiler ton orientation sexuelle. De façon générale, une bonne manière de briser l’isolement et de rencontrer des gens est de s’impliquer dans des activités qui nous plaisent déjà – ainsi, tu y trouves des gens qui partagent un ou plusieurs intérêt.s avec toi, ce qui a des chances de t’aider à te sentir plus à l’aise. 😊 

 

Mis à part ces quelques trucs, il y a également des options telles que les applications de rencontre (ne lève pas tout de suite les yeux au ciel! Lis-moi jusqu’à la fin 😉). Comme je te disais plus tôt dans mon message, j’ai vécu une situation semblable à la tienne – à 22 ans, je n’avais toujours pas eu de relations amoureuses, et pour moi, rencontrer des gens en face à face me causait du stress; j’avais de la difficulté à seulement m’imaginer le faire. Puis, un soir, avec une amie, je me suis créé un profil sur une application populaire, comme ça, juste pour voir… et le simple fait de discuter avec les gens m’a aidé à cheminer, et à surmonter certains aspects de ma gêne qui m’empêchaient de faire des rencontres. Personnellement, ça m’a pris environ un an avant d’aller à un rendez-vous (et pas nécessairement avec quelqu’un que j’avais rencontré sur l’appli!)… mais déjà, je me sentais plus en confiance. Les applications et les sites de rencontres ont leur mauvais côté, certes, mais elles ont aussi l’avantage de te pousser hors de ton cercle social. De plus, de par leur définition, elles permettent un certain anonymat, ce qui peut aider à te mettre en confiance. Que ce soit pour tester tes ‘’pick-up lines’’ ou pour échanger avec d’autres individus et ainsi travailler ton aisance, des applis comme ‘’HER’’ (ciblée spécifiquement pour la communauté LGBT+), ‘’HINGE’’ ou même BUMBLE / BUMBLE BFF (pour les gens qui recherchent à lier des amitiés plutôt que des rencontres amoureuses ou sexuelles), pour n’en nommer que quelques-unes, peuvent être une option intéressante – surtout en temps de pandémie! – si ton cercle social te semble limité. 

 

Bien sûr, je ne peux pas te parler des applications de rencontre sans faire une petite parenthèse sur la prudence – parce que si des gens bien intentionnés comme toi et moi les utilisent, elles regroupent aussi leur lot d’individus… disons, moins sympathiques. Les quelques conseils énumérés sur ce site web me semblent pertinents! De plus, pour citer un collègue chez AlterHéros : « Mon petit truc personnel si tu t’apprêtes à utiliser les applications de rencontre à des fins de rencontre intime, amoureuse ou sexuelle… fais confiance à ton instinct! Si ton petit doigt te dit que ta sécurité ne semble pas 100% assurée, alors fais-toi confiance. ». 

 

Alors voilà! J’espère que ma réponse t’aura apporté quelques pistes de réflexion! Souviens-toi qu’il n’y a pas d’âge pour vivre de nouvelles expériences, et ce, même pour une première fois! Il y a beaucoup plus d’individus que l’on pourrait le croire qui ont atteint l’âge adulte lorsqu’ielles expérimentent l’amour et la sexualité pour la première fois, alors tu n’es en aucun cas « anormale » ! Il est important de se respecter, et d’apprendre à se connaître. Mon meilleur conseil : tu n’as pas besoin de te mettre de la pression en raison de ton âge. Je comprends l’envie et le désir de vivre des expériences amoureuses et sexuelles – et il n’y a absolument aucun problème avec cela ! 😉 Cependant, tu as le droit de prendre ton temps, et de sortir de ta zone de confort à ton propre rythme (que ce rythme soit rapide ou non!). 

 

Si tu as d’autres questions, ou si j’ai oublié un élément dans ma réponse, n’hésites pas à nous réécrire – notre porte est toujours ouverte! 😊 

 

Claude, 

Baccalauréat en sexologie, UQAM 


About Claude

Claude est une étudiante qui terminera sous peu un baccalauréat en sexologie à l’UQAM. Elle espère ardemment pouvoir s’impliquer dans l’intervention et la mise en place de projets venant en aide aux communautés LGBTQ+ une fois son diplôme en poche, et c’est ce qui la motive à s’impliquer chez AlterHéros. Dans ses temps libres, elle travaille dans une garderie pour chiens, s’intéresse à la photographie amateure et boit beaucoup trop de café.

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