Témoignage- Envie d’être mère


J’ai maintenant 23 ans et malheureusement, je ne suis attirée que par des femmes « mûres » avec des enfants. Beaucoup me disent que je suis cinglée et que je devrais profiter de la vie. Ma mère me dit que jamais je ne pourrai fonder une famille, et j’ai envie de lui prouver que même homo, on peut être heureuse. Je m’en veux d’être homo et par moment j’ai tellement envie d’arracher ce “cœur perdu, abandonné à la casse” comme dit Renaud et de refaire une sexualité normale.

J’ai 23 ans et je sais pertinemment que je suis homo depuis l’enfance. C’est amusant mais j’ai découvert ma sexualité après la séparation de mes parents, alors que je n’avais que 10 ans.

Il y a 1 an, je suis allée faire un stage en crèche et c’était la première fois que je voyais une ribambelle d’enfants courir autour de moi, et c’était aussi la première fois que je ressentais des sentiments de tendresse quand les enfants m’offraient des cadeaux ou même quand ils me faisaient des câlins ou des bisous autour du cou. Avant cette expérience, je détestais les enfants et il ne fallait surtout pas m’en parler. Mais j’ai découvert une nouvelle facette en moi, j’ai eu peur et j’en ai pleuré. Et pleurer, pour moi, était nouveau.

J’ai toujours été attirée par des femmes très féminines et dans le couple on m’aurait prise pour l’homme, à cause gens qui me disaient que j’avais des épaules larges, que je marchais et que je m’habillais comme un homme. À ce jour, j’ai un désir d’être féminine et je suis attirée par des femmes plus ou moins sportives car je me suis rendu compte, grâce à ce stage, que je me suis formé une coquille où personne ne pouvait m’atteindre. J’ai, à ce jour, un désir d’enfant et je ne suis qu’attirée par des femmes qui en ont déjà ou qui ont le souhait d’en avoir.

Je suis attirée par une femme, une collègue de travail, qui a 40 ans et trois enfants. Elle fait du karaté et cela me procure, quelque part en moi, des sentiments de bienfaisance, mais aussi d’impuissance face à cette femme qui est plus forte. J’en suis attirée autant que ce soit physiquement que professionnellement car le métier qu’elle exerce me rassure: infirmière. Elle me donne des ailes quand je la vois, je me laisse aller. J’ai envie d’être à ses yeux une femme, j’ai envie de me transformer et par moment ça me fait peur. Et quand j’ai appris qu’elle avait des enfants, j’ai eu envie de fonder une famille, m’investir, reconstruire ce que je n’ai pas eu, donner à ces enfants ce que mon père ne m’a pas offert et offrir aussi ce que ma mère ne m’a pas donné, car quelque part dans mon foyer, j’ai été “abandonnée” parce qu’il y’en avait que pour mon frère. J’ai évolué seule, j’ai trouvé mon identité en parcourant pas mal de psychologues.

J’ai réussi ma vie après que ma mère m’ait mise à la porte. J’ai un emploi, j’ai tout porté sur mes épaules, et aujourd’hui j’ai envie, quelque part, que l’on me porte, que l’on me soutienne, que l’on m’aime et que l’on me comprenne. J’ai envie de me détacher de cette image que les gens ont de moi et je sais que c’est avec « ma future copine » que je parviendrai à devenir « moi » sans craindre les coups ni les blessures. Une femme qui réussira à me faire sortir de ma carcasse de Cro-Magnon, qui me donnera ma chance. Pas mal d’entre elles me fuient.

Ma mère a été ignoble, je me suis tue et je ne peux pas la détester. J’ai même un projet de la mettre en psychiatrie. À ce jour, c’est moi qui m’occupe d’elle parce qu’elle en est incapable. Elle éprouve de l’amour pour moi, quand je lui rends des services et je sais que si je ne m’en échappe pas, l’amour sera difficile à trouver.


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