Suis-je simplement une fille cisgenre “zèbre” qui s’inquiète de son genre et de sa perception propre , ou un homme trans “zèbre” qui doute d’un fait établi?


Bonjour . Je suis déjà venu ici pour poser des questions , et depuis, j’ai eu beaucoup de nouvelles expériences , de nouvelle connaissances , etc …
Voilà maintenant deux ans que je me pense être homme transgenre . J’ai eu des “signes” de transidentitées durant mon enfance , des “preuves” irréfutables à mes yeux que j’était bel et bien trans (dysphorie , euphorie , etc…)Mais , malgré tout , mes doutes m’assaillent sans cesse, me torture l’esprit , me font revenir en arrière …
J’ai l’impression d’étouffer , d’être bloqué , mais je n’arrive pas à stopper mes doutes : Ils viennent de mon subconscient tout comme de mon conscient , je ne peux pas les faire taire , c’est affreux . Il y à peu de temps , mon psychologue m’à appris qu’après étude de mon cas , il me pensait être ce que l’on appelle dans leur jargon de psychanalystes , un “zèbre” . Il m’à expliquer pour résumer que mon haut potentiel intellectuel pouvait tantôt se révéler être une force , tantôt une faiblesse , car je suis incapable de stopper mon raisonnement, et suis toujours en doute sur moi même de par cela . Je me suis naturellement demandé si c’était donc pour cela que je doutais autant, et en ai tirer ma propre conclusion : C’est fort probable . Mais alors, suis-je simplement une fille cisgenre “zèbre” qui s’inquiète de son genre et de sa perception propre , ou un homme trans “zèbre” qui doute d’un fait établi ? J’ai essayé encore une fois de faire taire mes doutes , mais cela m’est impossible . J’ai véritablement besoin de savoir , avant que ma tête n’explose ou que mes poumons éclatent …Oui je me sens bien en homme , oui j’aime les pronoms masculins , oui j’aime être vu comme un homme , oui j’ai de la dysphorie , oui j’ai de l’euphorie , mais je doute , j’ai peur , je ne suis jamais satisfaits d’aucune conclusions , jamais repu d’aucun questionnement , et ça me dévore totalement . J’ai besoin de savoir pour vivre en tant que moi même et pouvoir faire taire ce brouhaha incessant qui me pollue l’esprit .
Je suis au lycée , en ce moment , mon esprit devrait vagabonder entre diverses pensées mineures , mais au lieu de cela , je m’enfonce, j’aimerais avancer, mais chaque pas en avant me donne l’impression de faire marche arrière . J’aimerais simplement être heureux et pouvoir relâcher du lest .
Je sais que vous ne pouvez pas savoir pour moi , que je ne suis pas la seule personne à douter , que je dois prendre mon temps , je veux simplement votre avis, je veux simplement des mots qui pourraient me venir en aide , que ce sois ( dans le meilleur des cas) une piste pour trouver mon genre , ou bien un moyen de faire taire ou d’amenuir mes profonds et puissants doutes et peurs pour qu’enfin j’ai la paix temporairement avec moi même …
Merci d’avance ,
-Colin .
 
Salut Colin !
 
Merci pour ta question. Si je comprends bien, cela fait deux ans que tu t’identifies comme homme trans, mais tu es taraudé par les doutes et te demandes, considérant ces doutes qui t’assaillent, si tu es vraiment un homme trans. Ton psychologue t’a dit qu’il pensait que tu étais un « zèbre », et tu te demandes si tes doutes ne viendraient pas en partie de là.
Je voudrais revenir sur le terme « zèbre » que ton psychologue utilise. Je n’aime personnellement pas beaucoup ce terme, car il renvoie à l’idée qu’une personne ayant un haut potentiel intellectuel, ou HPI (pour utiliser le terme privilégié par les scientifiques) serait fondamentalement différente des autres. Or, s’il existe des différences (notamment le fait d’obtenir plus de 130 au test de Wechsler par exemple, qui fonde la définition même de ce qu’est une personne HPI) cette altérisation voire exotisation des personnes HPI ne correspond pas nécessairement à ce qu’on retrouve dans les études scientifiques. Il y a beaucoup de mythes concernant les personnes à haut potentiel intellectuel, malheureusement assez répandus dans la société. Si cela t’intéresse de creuser davantage au sujet des spécificités des personnes à haut potentiel intellectuel, je te conseille ce livre passionnant et très bien fait de Nicolas Gauvrit qui s’intitule Les surdoués ordinaires. Il pourrait peut-être t’aider à comprendre quelques-uns de tes fonctionnements, et le tout est étayé de références scientifiques sérieuses. Quoi qu’il en soit, que tu sois HPI ou non, ça ne change rien à tes doutes et à ta volonté dévorante d’acquérir des savoirs et des certitudes sur toi-même. Que tes doutes viennent d’une plus grande propension au doute en général que tu aurais du fait d’un haut potentiel intellectuel ou non, ça ne change rien au fait que tes ressentis sont légitimes, quels qu’en soient leur cause. Au-delà de tes doutes, j’ai l’impression que tu as quand même quelques certitudes, ou du moins quelques préférences, par rapport à ton identité. Tu parles de signes, de preuves, concernant ton identité trans. Tu sembles analyser beaucoup les choses, dans une démarche quasi scientifique, et je trouve très intéressante ta façon de raisonner.
Tu sais que tu aimes les pronoms masculins, que tu te sens bien d’être perçu comme un homme. Que tu puisses par moments douter de ces sentiments, ou de ton identité en général, ne vient pas pour autant nécessairement invalider ces sentiments ou ton identité trans. En fait, je pense que c’est très correct d’avoir des doutes. C’est ce qui nous pousse à nous remettre en question, à expérimenter, pour trouver les choses qui nous font sentir le mieux. Quand j’ai commencé à utiliser le prénom Morgan (qui n’est pas mon prénom de naissance), je n’avais aucune certitude concernant si je voulais transitionner, si je m’identifiais davantage comme homme trans ou personne non-binaire. En fait, je n’avais même pas la certitude que je voulais qu’on m’appelle par ce prénom ! Puis je me suis dit que je n’avais rien à perdre à tenter l’expérience, et aujourd’hui, un an et demi après, même si je peux encore avoir quelques doutes parfois, j’apprécie ce prénom et me sens confortable d’utiliser le terme de non-binarité pour parler de mon identité. Ce que je veux dire par là, c’est que le doute n’est pas forcément un paralysant qui vient nier ce qu’on croit savoir. Il peut aussi être l’occasion de s’autoriser à faire des expériences, des essais. Il permet de s’autoriser la fluidité, le changement. Je n’ai pas de réponse toute faite à t’apporter concernant ton identité de genre, comme tu t’y attendais. Mais je comprends ce que tu vis, et je t’encourage à faire confiance à tes jugements, à tes sensations et émotions. Être capable d’identifier quelques trucs qui nous font sentir bien, voire euphorique (comme les pronoms masculins, le fait d’être perçu comme homme) est le premier pas, et à mon sens le plus important. Les interprétations que tu en tires viennent ensuite. Les choses qui nous font sentir bien, comme les interprétations que nous en avons, peuvent toutes deux changer au fil du temps. S’autoriser à avoir quelques incertitudes, quelques expériences, est à mon sens une bonne chose, dans la mesure où, il est vrai, les doutes ne nous envahissent pas complètement. à
J’ai remarqué que tu avais un talent pour l’écriture, notamment dans la description de tes émotions. Peut-être que tenir un journal te permettrait de jeter tes doutes à l’écrit et de suivre le cours de tes pensées à ce sujet. J’espère t’avoir aidé à trouver quelques pistes de réflexion. L’identité, aussi bien de genre qu’en général, est un sujet complexe, difficile à appréhender et à saisir. Remettre en doute les catégories identitaires et les étiquettes qui sont construites par la société comme fixes et immuables est, je pense, une bonne chose. Ce n’est pas facile d’accepter une part de doute, mais s’il est pensé comme outil d’expérimentation, il peut parfois se révéler très fécond.
Si tu as d’autres questions, n’hésite pas à nous réécrire !
Morgan


About morgymcfly

Morgan étudie actuellement la sociologie à l'UQàM. Iel s'identifie en tant que personne non-binaire, asexuelle, panromantique et anarchiste relationnelle. Ses passions sont les tartines au pesto, son chat, le cinéma, et les longues promenades sous le soleil ou sous la pluie.

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