Pourquoi la culture gaie encourage-t-elle des dynamiques toxiques de flirt? Qu’est-ce que la loi dit concernant la consentement sexuel?


Allô Guillaume et Marie-Édth vous allez bien j’espère. C’est correcte de mettre le messages sur votre site. Je me demande encore des choses par contre que je ne comprend pas.
Je ne suis pas sur de la différrence entre vous qui disez une sous-culture vs les hommes trop vieux de montréal qu’eux disaient “culture gay” et de “get used to it” que c’est normal d’etre dans des habitudes différente de séduire / traiter le physique.
Je ne veut pas dire qqch homophobic. j’essaye de garder des bonnes valeurs mais sa fait aussi que je me sens judgy par rapport à des “préférances” des fois. Si n’importes qui d’autre de n’importe quelle contexte mettrait ses 1st critères de “préférance” de rencontre d’être épilé/aucun poils + avoir de l’air jeune + pas gros ou pure et naïf… automatiquement on trouverait ca vain, douche, macho, superficielle ou “mononque”… Pk entre gars ca serait correcte d’encourager? je voudrais que mon bro soye traité correcte par des gars correctes. Pas comme de la viande neuve pas encore touché. qu’il aille des personnes meaningful qu’il s’entend bien avec et qu’ils veulent le connaître pour vrai et pas juste son allure. C’est sure que c’est une partie importante la connection physique mais c’est pas tout. Il me semble que presque 2020 c’est assez tard pour qu’on se demande des questions sur comment on approche les gens? je trouve sa comme vieux comme façon de pensé. On dirait comme des vieilles idées sexistes mais tourné vers de gars donc on trouve ca acceptable? je ne sais pas si il y a un mot pour ca mais de l’extérieure ca ressemble pas mal à du sexisme /des filles-objets, mais pas de fille… donc des gars-objets. je ne comprends pas ce ue je ne comprends pas… pourquoi ca serais une culture ou sous culture qui est défendu au point que ca devient normal et courant de focusser pis d’approcher juste avec le physique. c’est creep de faire ca a des filles. Encore plus pour des pas mal plus jeunes? pourquoi c’est pas creep de le faire à des gars. Ou votre exemple, je ne vois pas comment ca pourrais etre pas raciste, un blanc qui veut pas un chum asiatique juste parce qu’il est asiatique. il me semble que c’est vraiment plus des préjugés que une préférance innoffensif? est ce que je pense homopobic? Je trouve que ca a l’air mauvais pcq ca me fait penser aux gars qui commentent l’allure des filles qui ont rien demandé? ou est ce que c’est ca le problème? de comparer mon ami gars qui recoit bcp de commentaires a des filles qui ont beaucoup de commentaires?

je me demande aussi sur un autre sujet: c’est 16 ans minimum pour le consentement sexuel… je me demande 1. ca veut dire quoi pour des gens qui ont du sexe ensemble avec quelqu’un qui a pas encore 16 ans? 2. si 15-24 ans c’est automatiquement sans consentement sexuel, à partir de quoi c’est interdit? c’est acceptable du gars s’il fait de la séduction subtillement? ouvertement? si ils s’embrassent? qu’est ce que c’est le seuil pour dire “à partir d’ici c’est sexuel donc c’est clairement pas correcte”?
Enfin je me demande si il y a des exceptions que des fois ca serait correcte de dire que quelqu’un est gay? je pense entre autre au fait que je trouve ca weird par rapport à ma copine de pas lui dire aux complets la vérité. Les raisons pourquoi je passe plus de temps avec mon ami qui vivait un bout plus fragile et que j’ai laisser passer des bouts qu’il était plus plate sans vraiment lui en vouloir.
Anton
 
Salut Anton ! C’est toujours un plaisir de pouvoir discuter avec toi.
 
D’abord, j’aimerais souligner que si toutes les personnes hétérosexuelles avaient ton sens critique et ton désir d’être un allié des communautés LGBTQ+, le monde se porterait tellement mieux! Sans blague, tes mots sont rafraîchissants et rassurants. Tu fais partie d’une génération de jeunes grandement ouverte et critique sur les enjeux liés au sexisme, à l’homophobie et au racisme. C’est tout à ton honneur. En ce sens, je tiens à te dire un immense merci.
 
Tu me vois surement venir, tu as entièrement raison d’être critique du comportement de séduction -souvent banalisé- parmi les hommes gais et bisexuels. Les discours concernant les violences à caractère sexuel sont souvent étayées d’un point de vue hétérosexuel, invisibilisant du coup les violences possibles entre hommes ou entre femmes. Tu as entièrement raison de considérer inacceptable ces idées sexistes, cela demeure autant inacceptable entre un garçon et une fille ou entre deux garçons. À titre d’exemple, Rézo, un organisme communautaire visant le bien-être des hommes ayant du sexe avec d’autres hommes, ont récemment lancé une grande campagne de sensibilisation au sujet du consentement entre hommes. Cet organisme dénonce, tout comme toi et moi, que ces comportement sont souvent banalisés ou ignorés entre hommes.
 
Le flirt doit être consensuel, toujours et tout le temps, peu importe le genre des personnes qui sont dans cette dynamique de séduction.
 
Tu affirmes ne pas comprendre la différence entre nous qui parlons de sous-culture et de ces hommes âgés rencontrés à Montréal qui parlaient de culture gaie. Je vais donc tenter d’être plus clair tout en demeurant nuancé. Mais d’abord, tu as entièrement raison, en aucun cas il est acceptable de traiter le physique ou de séduire de façon irrespectueuse, peu importe si nous sommes hétéro ou homo. 
 
Les communauté LGBTQ+ ont longtemps vécu un jugement social négatif concernant leur propre sexualité de la part de la société majoritairement hétérosexuelle. Longtemps, cette société s’est permise de dicter aux personnes LGBTQ+ la façon acceptable d’avoir une sexualité. Ces personnes LGBTQ+, en réaction, se sont également permises une certaine exploration de la sexualité en tentant de déconstruire la vision dominante associée à la sexualité. Ceci a entraîné une forme d’éclatement des différentes façons de pouvoir vivre une sexualité de façon consentante entre nous et nos partenaires. C’est pourquoi il est plus fréquent, dans les milieux LGBTQ+, de retrouver certaines façons de vivre la sexualité qui ne correspondent pas aux attentes sociales dominantes. Que l’on parle de couples ouverts, de certains fétichismes liés au BDSM, de façons de s’habiller pour communiquer nos préférences d’activités sexuelles, ce sont tous des exemples démontrant la diversité des formes de sexualités possibles. Lorsque je parle de sous-culture, je fais référence à ces différentes formes de sous-culture basées sur le partage d’une sexualité similaire présentes dans les communautés LGBTQ+. De plus, en déconstruisant certaines idées populaires concernant le modèle dominant hétérosexuel, certaines personnes ont également réfléchi à la possibilité d’avoir des rapports sexuels entre des personnes dont la différence d’âge est plus importante – tant et aussi longtemps que ces rapports sexuels ne s’inscrivent pas dans une dynamique de pouvoir ou d’autorité et que le consentement soit au centre de leurs préoccupations. Maintenant, peu importe de quelle sous-culture LGBTQ+ l’on fait référence, la clé est constamment le consentement entre les partenaires. Ce qui est extrêmement problématique avec la situation que tu nous décris concernant ces hommes âgés à Montréal qui vous ont approchés pendant le festival de Fierté Montréal, c’est que le consentement n’a pas été respecté. En aucun cas, tes amis et toi n’avez consenti à prendre contact avec ces hommes. Ces hommes ont dont été à 500% dans l’erreur et leur discours concernant que c’est okay c’est la culture gaie and get used to it est donc énormément problématique et simplement faux, puisque ces formes de sous-cultures LGBTQ+ se basent sur le consentement, ce que ces hommes n’ont pas fait!
 
Maintenant, abordons la question des préférences. Tu as entièrement raison lorsque tu affirmes que très souvent, nos préférences en termes de partenaires sexuels témoignent de racisme, de transphobie, de grossophobie, etc. C’est ce que Marie-Édith a soulevé également dans notre dernière réponse lorsqu’elle citait la réponse que j’avais composé concernant le racisme sur les applications de rencontre entre gars. Celle-ci affirmait qu’il est possible de se questionner d’où proviennent ces soi disant préférences et soulevait la réflexion que ces préférences sont souvent issues, souvent inconsciemment, de racisme, sexisme, etc. Tu as donc entièrement raison de t’indigner et ces comportements discriminatoires ne devraient pas avoir lieu d’être.
 
Tu as aussi entièrement raison lorsque tu compares le fait que c’est problématique lorsqu’une fille reçoit beaucoup de commentaires sur leur physique aux différents commentaires que ton ami reçoit de la part d’autres hommes. Dans les deux cas, c’est la question du consentement qui devrait délimiter la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Il est possible de communiquer notre intérêt pour une personne sans être creep. Il y a des contextes dans lesquels je peux consentir à recevoir certains commentaires -respectueux- sur mon physique, d’autres contextes où je ne le souhaite pas.
 
Tes préoccupations concernant ta volonté à ce que ton ami puisse rencontrer des garçons qui le respectent sont entièrement valides et très louables. Nous le souhaitons également! Maintenant, c’est à ton ami de devoir définir ses besoins et ses limites et déterminer s’il souhaite ou non s’aventurer à rencontrer certaines personnes. Il est important qu’il se fasse confiance dans ce processus et, surtout, qu’il soit à l’écoute de son rythme personnel dans ce processus. C’est également à lui de définir son aisance ou son inconfort à rencontrer des garçons un peu plus âgés que lui tout en gardant en tête les notions de consentement et de rapports d’autorité que je vais expliquer un peu plus bas.
 
Concernant ta question au niveau du consentement sexuel, tu te demandes, d’une part, quelles sont les modalités de la loi concernant les personnes de moins de 16 ans. D’autre part, tu te questionnes aussi sur qu’est-ce qui constitue, selon la loi, un acte sexuel. Alors la loi au Québec stipule que ”Au Canada, l’âge minimal du consentement à une activité sexuelle est fixé à 16 ansLorsqu’une personne se livre à une activité sexuelle avec un jeune de moins de 16 ans, et qu’une plainte est déposée à la police, le consentement du jeune de moins de 16 ans ne sera pas reconnu par la loi. Par exemple, en cas d’accusation de contacts sexuels ou d’agression sexuelle sur une personne de moins 16 ans, l’accusé ne pourra pas se défendre en affirmant que le jeune partenaire y avait consenti, et ce, même si les contacts sexuels étaient volontaires.” La loi prévoit des exceptions pour les personnes de moins que 16 ans. Donc si le plus jeune partenaire est âgé de 12 ou 13 ans, le partenaire le plus âgé doit être de moins de deux ans son aîné ET cette personne ne doit pas être dans une situation d’autorité, de confiance ou d’exploitation vis-à-vis du plus jeune, et le plus jeune n’est pas en situation de dépendance envers lui. En d’autres mots, une personne en situation d’autorité peut par exemple être un professeur d’école, un employeur ou un entraîneur sportif. Maintenant, i le plus jeune partenaire est âgé de 14 ou 15 ans, le partenaire le plus âgé doit être de moins de cinq ans son aîné et tous les paramètres concernant la situation d’autorité s’appliquent également. Pour répondre directement à ta question, le consentement sexuel d’un jeune de 15 ans ayant un rapport sexuel avec une personne de 24 ans ne sera pas reconnu par la loi. Puis, tu te demandes qu’est-ce que l’on considère comme une activité sexuelle selon la loi. La loi est effectivement très floue à ce niveau et ne définie pas avec exactitude ce qu’est considérée comme une activité sexuelle. Nous pouvons néanmoins tenter une définition selon laquelle est considérée activité sexuelle tout ce qui implique une activité sexuelle comportant des organes génitaux. Mais la loi demeure interprétable et il n’existe, à ma connaissance, aucun tribunal ayant défini avec exactitude ce qu’est une activité sexuelle. En résumé, si le plus jeune partenaire a 16 ans, son consentement à participer à une activité sexuelle sera reconnu s’il n’existe aucune relation d’autorité entre les deux partenaires. Puis, si cette personne est âgée de 15 ans, son ou sa partenaire devrait être âgé.e de maximum 20 ans pour que son consentement soit reconnu par la loi. Est-ce que cela répond à tes questions? 
 
Finalement, tu te demande s’il existe des exceptions pour dévoiler l’orientation sexuelle de quelqu’un. Tu nommes notamment le fait que tu aimerais partager cette information à ta copine afin de lui expliquer les raisons pour lesquelles tu passes présentement beaucoup de ton temps avec ton ami. Ma proposition ici serait de simplement demander à ton ami s’il est confortable à ce que tu communiques cette information très personnelle à ton amoureuse en lui expliquant les enjeux que cela porte dans la relation entre ta copine et toi. Tu en penses quoi? De cette façon, ton ami peut avoir le sentiment d’avoir un contrôle sur qui est au courant de son orientation sexuelle et, de ton côté, tu pourras être transparent avec ta copine en lui faisant promettre de ne pas dévoiler cette information à d’autres personnes. 
 
Est-ce que j’ai pu t’éclairer un peu plus? Je te remercie encore une fois pour la place que tu occupes dans la vie de ton ami. Tu es un allié de taille et je suis certain qu’il le reconnaît également.
N’hésite pas à nous contacter de nouveau si tu en ressens le désir.
Bien à toi,
Guillaume


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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