Je vis de l’intimidation et de la violence. Comment m’en sortir?


Bonjour,
Je m’appelle (Anonyme), (je suis adolescente) et cela fait plusieurs fois que je m’adresse à alterhéros car vous m’avez énormément aider sur plusieurs sujets, et je vous en remercie. Mais cette fois, c’est très important. Cela fait bien longtemps que je suis en dépression. (…) L’histoire de ma pitoyable vie, ou plutôt existence est longue. C’est pour cela que je vais essayer d’en faire un résumé en relevant le plus important.
Alors, tout ça à commencer (il y a quelques années). Oui j’étais jeune. J’ai dû faire face au problème classique sur lequel personne ne veux tomber: l’harcèlement. (…)  Je l’ai vraiment très très mal vécue. J’avais peur de sortir de chez moi car je ne voulais pas tomber sur ceux que me faisait du mal (malheureusement on habitais le même cartier). (…) Au commissariat de police (…) devant eux je n’arrivais pas à parler, et ils me mettaient la pression. J’étais au bord des larmes. Mais au bout de 2 heures, ils avaient abandonnés et je n’avais rien dit. Plusieurs mois après j’ai déménagé. (…) Je faisait de cauchemars et avais des flashback de ma période d’harcèlement. Mon passé me bouffait et jma mère m’avez rendue très mal et mon manque de confiance en moi était au plus haut. Alors j’ai commencé à me mutiler. Je pleurait tout les soirs sans exception car j’étais dégoûtée par mon apparence, par ma vie, par mon passé, par mon existence. (…) Le fait de respirer est invivable. Je veux juste dormir pour toujours et ne jamais ma réveiller. (…) (Plusieurs personnes à l’école) m’ont dit que j’allais mal, qu’elles ne m’avait jamais vue sourire depuis le début de l’année. Alors je me suis rendue compte d’a quelle point je vais mal. D’a quelle point je ne tient pas a ma vie et a moi-même. Je veux que ma mère me laisse tranquille. Je veux qu’on me laisse. Mes amies m’ont dit que je devrais demander à ce que ma mère ne sois plus ma tutrice légale, car je vais très mal en partie à cause d’elle et ses mots qui font mal. Ma propre mère me dénigre moralement, mentalement. Elle me frappe aussi, mais (une autre personne de ma famille) est toujours là pour la retenir et me défendre. Mais je sais qu’un jour (elle) ne sera pas là, et elle me tuera. Car elle m’a dit “Tu essaye encore une fois de te défendre, de lever la main sur moi, je te tue” Je vous en supplie aider moi.
(Anonyme)

*Certains éléments ont été retirés du texte pour préserver l’anonymat des personnes*
 
 

Bonjour,
Je suis heureuse d’apprendre que tu apprécies le soutien offert par l’équipe d’AlterHéros. Merci de nous faire confiance !
En lisant ta question, j’ai été impressionnée par ton courage, ta persévérance et ta capacité à bien exprimer comment tu te sens. Je te propose qu’on prenne un moment ensemble pour regarder différentes solutions qui pourrait t’aider à te sentir en sécurité.
Je comprends que tu as traversé beaucoup d’épreuves depuis les dernières années et que tu vis présentement une situation intolérable. Tes symptômes dépressifs augmentent, tu as développé des comportements automutilatoires et tu as des idées suicidaires.
En ce moment, tu as peut-être l’impression qu’il n’y a pas d’issue et tu peux te sentir désespérée. Ces sentiments apparaissent souvent quand on vit des situations difficiles comme la violence et le harcèlement que tu as décrit. En même temps, je comprends qu’une autre partie de toi a encore l’espoir que les choses changent et que ta souffrance cesse. En nous écrivant, tu as été capable de demander de l’aide et c’est tout à ton honneur !
Je m’engage donc à t’aider au meilleur de mes connaissances et à te donner des recommandations pour avoir de l’aide rapidement dans ta région. Je ne peux malheureusement pas me déplacer en France pour t’accompagner dans tes démarches, mais sache que toute l’équipe d’AlterHéros et moi-même pensons fort à toi depuis nos bureaux du Québec.
Tout d’abord, avant d’aborder les différentes possibilités d’aide qui s’offrent à toi, je veux te parler de ce que je considère comme l’élément le plus important pour assurer ta sécurité. Tu es la mieux placée pour savoir si tu es en danger immédiat grâce à ce qui s’appelle  ton ”système de sécurité intérieur”. Par exemple, quand tu es dans une situation menaçante et que tu as ”un mauvais pressentiment”, que tu es inquiète, que tu as des sensations physiques désagréables comme le cœur qui bat vite, les mains moites ou une boule dans la gorge, ce sont des signes que ton corps perçoit un danger. C’est comme un système d’alarme qui se déclenche après avoir détecté un mouvement suspect.
Si tu te sens en danger, pose immédiatement une action pour assurer ta sécurité. C’est toi qui connais le mieux tes options, mais voici quelques suggestions : quitter le lieu où tu trouves, communiquer avec une personne de confiance, te rendre dans un lieu public ou composer le 112 pour communiquer avec les services d’urgence français (l’équivalent du 911 utilisé Amérique du Nord). L’important, c’est de t’écouter et de ne pas rester seule si as peur de te faire du mal ou qu’une autre personne te fasse du mal.
Tu as vécu plusieurs événements traumatisants dans les dernières années et, comme tu le nommes toi-même, cela a eu des conséquences importantes sur ta santé mentale. Toutefois, ce qui me préoccupe surtout en te lisant, c’est de savoir que tu vis présentement une situation de maltraitance à la maison. Ta mère utilise plusieurs formes de violence contre toi : des mauvais traitements psychologiques, des paroles dénigrantes, de la violence physique et des menaces de mort.
Je te crois à 100 % quand tu dis que la situation est intolérable et que tu n’en peux plus. Tu es victime de violence et tes réactions sont normales puisque tu réagis à une situation qui est anormale. Les personnes qui vivent des situations de violence comme la tienne peuvent tout à fait vivre du désespoir, des idées suicidaires, des comportements automutilatoires et d’autres difficultés similaires.
Rien de tout cela n’est ta faute! Pour que la situation s’améliore, il faut d’abord que tu sois en sécurité. Tu décris une situation grave et sérieuse de maltraitance et certains gestes, comme le fait de frapper quelqu’un ou proférer des menaces de mort, sont des actes criminels.
Je sais que tu as déjà eu une expérience difficile lorsque tu as rencontré les policiers il y a quelques années. C’est possible que tu craignes encore d’être interrogée et qu’on te mette la pression pour répondre. C’est pour cela que je veux te rassurer sur le fait que maintenant, dans la situation actuelle, c’est toi qui a le pouvoir de décider si tu veux te confier, à qui tu veux parler et de quelle façon tu veux que cela se passe.
Comme tu dis que la situation actuelle est horrible et que tu nommes beaucoup d’aspects inquiétants, je te suggère d’en parler à une personne de confiance. Tu dis que plusieurs enseignantes et intervenantes de l’école sont inquiètes pour toi. Est-ce que tu serais à l’aise d’aborder la situation avec l’une d’entre elles ? Si tu crains de ne pas trouver les bons mots au moment venu, tu peux écrire ce que tu aimerais dire que tu as su le faire avec nous. En fait, ta question est si claire et détaillée que tu pourrais même leur en montrer une copie!
Si tu te demandes ce qui se passera si tu te confies, tu peux consulter cette page qui décrit le cheminement d’un signalement à la protection de l’enfance. Tu peux aussi les appeler toi-même en tout temps en composant le 119.
Je te suggère aussi d’être douce envers toi-même pendant ce temps. Tu es présentement dans un ”mode survie” où ta priorité est justement de survivre, de passer à travers les moments difficiles. Tu as le droit de vivre tes émotions, de pleurer, d’être en colère. Je ne te juge pas s’il t’es arrivé et s’il t’arrive encore de t’automutiler. Quand on fait quelque chose, c’est habituellement parce que cela répond à un besoin. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête quand cela arrive? Voici des suggestions pour répondre à ce besoin différemment. Tu peux aussi essayer différentes techniques de relaxation. En même temps, si tu as besoin de ressentir de la douleur pour t’apaiser, il y a des alternatives pour réduire les conséquences physiques et psychologiques à long terme. Par exemple, tu peux essayer de tenir des glaçons ou de te pincer au poignet avec un élastique.
J’espère que ces différentes suggestions pourront t’aider à te sentir en sécurité. J’ai concentré ma réponse sur les problèmes qui semblaient les plus pressants, mais je tiens aussi à te dire qu’il existe de l’aide et des thérapies efficaces pour les personnes victimes d’actes criminels. Les symptômes envahissants de flashback et de cauchemars peuvent s’estomper et les difficultés liées aux traumatismes peuvent s’améliorer.
Je termine en te disant qu’il y a de la lumière au bout du tunnel et que beaucoup de personnes pourront t’accompagner en chemin. N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions ou pour nous donner des nouvelles.
Prends bien soin de toi!
Rose Dorian Ramirez, technicienne en travail social pour AlterHéros

About Rose Dorian

Rose Dorian est une personne autiste, queer, trans et non binaire diplômée en techniques de travail social depuis 2016. Iel intervient principalement avec des personnes survivantes/victimes d'agression sexuelle et de violences ainsi que leurs proches et avec des personnes neuroatypiques.

Leave a comment