Je suis un garçon trans de 16 ans, je suis assez déstabilisé et j’aimerais rencontrer d’autres personnes trans ou voir un·e psychologue, mais c’est impossible pour moi.


Bonjour,

Avant toute chose j’aimerai vous remercier.
Il y a environ 1 an et demi je vous ai demandé conseil en tant que Linoux. A ce moment la je me cherchais, j’étais totalement perdu et vos conseils m’ont beaucoup apporté, vraiment merci. Ca faisait longtemps que je voulais vous en remercier, mais en réfléchissant, c’était plus sage d’attendre et en effets, je pense avoir bien fait.

Comme je vous l’ai dit, la dernière fois je me suis présenté sous le nom de Linoux, je pensais être lesbienne et tout était compliqué, j’essayais de me découvrir depuis peu etc.

Aujourd’hui je m’appel Alec et je suis un garçon transgenre de 16 ans. Je ne sais pas trop si j’ai le droit de vous renvoyer un deuxième message, je suis sûr que d’autres messages sont plus importants, que beaucoup ont besoin d’être conseillé. Mais je vous avoue qu’après 6-8 mois passé en sachant que j’étais transgenre, je suis assez déstabilisé ? Je ne sais pas si c’est le bon mot pour décrire ce que je ressent.

Je m’excuse d’avance pour la longueur du texte qui suit.
Lorsque je me cherchais il y a environ 1 an et demi, j’ai été comme le font les jeunes de ce jour, sur google. Là, je me suis informé sur tous les différents drapeaux de la communauté LGBTQIA+ et j’ai lu ce que presque chacun d’eux signifiaient, je savais que je ne faisait pas partie de la “norme” comme diraient beaucoup de monde. J’ai beaucoup cherché, a me renseigner sur ces drapeaux, et, en passant devant le drapeau transgenre, je le passait sans même imaginer une seule seconde que ca puisse être ca car je ne voulais pas que ce soit ca. Je savais que si c’était ca, que j’étais trans, j’allais avoir une vie dure, pour moi comme pour ma famille. Mais après quelques semaines à chercher et rester dans le déni, je suis sorti de ma zone de confort et j’ai été me renseigner sur la transidentité. En lisant les premières phrases, j’avais compris. J’étais bien transgenre, et bizarrement, j’ai pleuré de joie. En y repensant, j’avais tellement cherché qu’avoir enfin trouvé m’avait enfin permit d’y voir un peu plus clair.
J’ai continué a me renseigner, je suis allé sur YouTube regarder des vidéos a ce sujet qui me permettaient de plus en plus d’en apprendre car au début, je ne savais limite rien du tout. J’ai passé quelques mois à rester dans un bonheur, à découvrir et apprendre peut être qui j’étais. Je me suis, durant ces mois là, très rapidement confié à ma sœur qui savait déjà que je pensais être lesbienne au tout début. Elle a toujours été la pour moi, et elle m’a encore une fois soutenue et a gardé ca pour elle. Ensuite, après ces quelques mois (dont je viens de parler) plus tard, j’en ai parlé a mes parents. Évidemment, ils ont été dévasté, heureux et naïf après cette découverte qui m’avait rendu heureux, je ne voyait pas le problème d’être trans., Eux ont eu plus de mal a comprendre, enfaite ils n’ont absolument rien compris, et c’était normal. Mais en y repensant, le leur avoir dit était idiot et stupide. Si ils avaient mal réagit ou si ils étaient transphobe, je ne sais pas ce qu’il aurait pu se passer. Non seulement c’était une action naïve et prématurée, mais en plus de ca je me suis mit en danger, sans parler de leur tristesse. Ils sont resté bizarre 2-3 mois environ, mon père ne parlait pas et m’a un jour confié qu’il avait du mal a se concentrer en travaillant. Quand à ma mère, elle ne s’en rendait pas compte mais elle ses propos et ses actions me blessaient, c’était horrible. Vraiment bizarre cette période, mais le moment qui m’a le plus blessé est, et je ne l’oublierai jamais bien qu’il ne le pensait peut être pas, lorsque mon père et moi en avons parlé ensemble et sur les solutions à ca et qu’il m’a parlé du fait que j’allais un jour partir et ne plus revenir pour ne blesser personne, en particulier mes grands parents très croyants. Même si ca a pas été facile je ne suis pas à plaindre, j’ai des parents formidable et qui m’aiment peut importe qui je suis. J’ai de la chance, et après cette période tout à commencé à aller mieux. Aujourd’hui ils me soutiennent.

Pour le moment, dans les 5 personnes avec qui je vis, donc ma mère, mon père, ma sœur et mon frère, tout le monde est au courant sauf mon frère. Il a 2 ans de moins que ma sœur et moi, je ne voulais pas qu’il soit embarqué dans tout ca maintenant mais plutôt le laisser grandir tranquillement. Je lui en parlerai au dernier moment, qui me semble le bon moment justement. J’espère juste ne pas me tromper.
Je pensais que j’allais pas en avoir, mais au final que je le veuille ou non j’ai beaucoup de dysphorie de genre. J’essaie de rester positif et de voir les années filée pour pouvoir transitionner a 20 ans. Je sais que je pourrai le faire à 18 ans, mais mon frère serait encore à l’école lui et les élèves se moqueraient de lui à cause de moi. Donc j’ai décider de ne pas le faire à 18 mais plutôt à mes 20 ans lorsque mon frère, lui aussi, sera aux études.
Pour ma dysphorie, bien que j’essaie de rester positif comme je l’ai dit au dessus, j’ai beau faire tout les efforts possible je passe de joie à tristesse continuellement. Et maintenant que mon frère est adolescent lui aussi et qu’il commence à avoir des muscles, ca amplifie tout ca. Je suis évidement heureux pour mon frère, rien ne pourrait me rendre plus heureux qu’il soit heureux, mais, je n’arrête pas de me demander en boucle pourquoi je n’ai pas pu avoir cette chance et ce droit moi aussi. Pourquoi je ne suis pas né dans le bon corps. Ca me met dans une de ces tristesse et de ces colère noire. J’ai du mal a supporter ca, je deviens plus froid avec ma famille, je répond plus sèchement, je veux plus qu’on vienne me parler, je ne veux même plus qu’on me voie. Agir comme ca me rend triste, personne n’est responsable de mon problème, mais je ne sais pas comment réagir autrement. Enfaite, j’ai juste envie de m’endormir et de me réveiller dans 4 ans pour transitionner. En attendant, j’ai l’impression d’être là, sans être vraiment là. Et ne voulant même plus être la.

Dans mon école, tout les jeunes de mon âge ont déjà plus ou moins trouvé leur caractère, leur amis. Je me prend pas la tête pour les amis, mais en revanche pour mon caractère ou pour savoir qui je suis, je patauge. J’ai l’impression que, vu que je ne suis pas dans le corps qui me correspond, je n’arrive pas à savoir quel est mon caractère ou encore loin de savoir qui je suis. Pour le moment j’ai juste l’impression d’être personne. En attendant, je fais comme si tout était normal, je souris, je ris, et je fait des blagues, je fais rigoler mes potes. Je vois pas vraiment ce que je pourrai faire d’autre, et vu que je n’ai pas le droit d’en parler à qui que ce soit pour la sécurité de ma famille et la mienne, ben je peux demander à personne. Si je connaissait par exemple, d’autres personnes comme moi, ou aller voir un psy, je pourrai échanger avec eux et mieux comprendre ce qui m’arrive. Mais mes parents sont très prudents, je n’irait pas rencontrer d’autres personnes transgenre car des gens que l’on connait pourraient peut être nous y voir qui sait, et la psy tout serait enregistrer quelque part, donc impossible haha.

Je suis aussi assez anxieux de transitionner, que vont dire les gens ? Que va dire ma famille surtout ? Mes grands parents eux ils me renieraient ou quelque chose du genre, mon parrain, ma tantine, mes cousins, ma famille espagnole eux, mais mon Thor que diraient t-il ? Parfois en y pensant je me dit que je ne pourrai plus jamais aller dans le village natal de mes grands parents espagnols, ces gens la seraient très certainement violents avec moi, ils sont pas du genre ouvert d’esprit. Je vis en Belgique, j’ai une famille, des voisins, un village, des amis, une meilleure amie depuis ma naissance limite, souvent je me demande si ca en vaut vraiment la peine, mais rester dans ce corps sans transitionner je ne le supporterai pas. Je suis tellement angoissé de transitionner, même si il me reste encore 4 ans avant ca, rien que d’y pensé, je suis terrifié. Je sais pas comment ca pourrait bien se passer, il n’y a aucune chance pour que les gens le prennent bien. Mais je ne peux pas vivre pour eux quand même, la vie peut être si courte et je sais que je manque déjà une énorme partie de ma vie. Même si je vais transitionner assez tôt quand j’y pense, je voie quand même ma vie comme une course contre la montre.
De plus, comment est ce que je transitionnerai ? J’ai pas envie que les gens voient comme ils disent “une fille devenir un gars”, je suis déjà un gars, je l’ai toujours été et j’ai pas envie qu’ils me voient comme ca. Je pensais donc peut être partir 1 an et faire ma transition dans un autre pays peut être. D’un coté j’ai peur d’être malheureux loin de ma famille et je me dis que ce sera une étape importante de ma vie et j’ai envie qu’ils soient là, mais d’un autre coté, je n’ai pas envie qu’ils me voient transitionner mais plutôt qu’ils me voient en une fois en tant que “moi” avec un corps d’homme. Peut être que c’est pour me sentir plus “digne” ou “légitime” que j’ai envie qu’ils me voient comme ca en une fois, je ne sais pas, je suis assez perdu. J’ai peur aussi qu’ils subissent des moqueries, j’ai peur aussi d’en subir, j’ai peur que les gens soient invivable pour ma famille et que je décide de partir pour toujours. Beaucoup de choses me font peur, j’en suis conscient et j’aimerai que ca en soit autrement. Comme je vous l’ai dit, avec un ou une psy ou avec des gens comme moi je pourraient en parler et peut être qu’on pourrait m’apporter des réponses, mais c’est impossible. C’est pour ca que je me tourne vers vous ce soir.

Je vous remercie pour avoir lu jusqu’ici,

Passez une bonne journée

Alec

(Pour ce qui est de la diffusion de ce message sur AlterHéros.com, je vous laisse libre choix de le diffuser ou non. Je n’ai pas vu beaucoup de cas comme le mien sur le site, si vous pensez que mon cas pourrait en aider certains ou certaines alors c’est ok pour moi.
J’aimerai juste que mon adresse mail ne soit pas visible et reste anonyme, merci)

Bonjour Alec,
Merci beaucoup pour ton message. Tout d’abord, sache que tu peux nous envoyer autant de messages que tu veux, ça nous fera toujours plaisir d’y répondre. C’est notre rôle, alors ne t’inquiètes pas. 
Tu sembles être un garçon rempli d’empathie et de maturité, et qui se préoccupe beaucoup du bien-être des personnes autour de lui. Ce sont des qualités formidables. Je voudrais cependant te rappeler que toi aussi tu as le droit d’être heureux, d’être toi-même. Ton bien-être est tout aussi important que celui de ton entourage. Il est vrai que beaucoup de gens dans notre société sont transphobes et cela est probablement encore plus vrai dans les villages. Et je comprends que tu t’inquiètes que cette transphobie affecte ta famille de manière négative. Cela est tout à fait possible, mais je veux que tu comprennes que ce ne serait pas ta faute, mais la faute des personnes transphobes, si cela se produisait. Tu ne fais rien de mal en voulant être heureux, être toi-même, vivre ta vie dans un corps qui te correspond. Je m’inquiète pour toi car tu sembles porter le fardeau de cette discrimination tout seul. Je suis d’accord qu’il serait bon pour toi de pouvoir en parler, que ce soit à un·e psychologue ou à d’autres personnes trans.
Je ne sais pas si tu as accès à internet chez toi, mais si oui, est-ce que tu connais Discord ? C’est une plateforme où il est possible de discuter avec d’autres personnes autour de sujets spécifiques, comme par exemple la transidentité. On peut y discuter de vive voix, ou alors en écrivant (plus souvent en écrivant). Tu pourrais utiliser un pseudonyme, et personne dans ton village ou ta famille ne pourrait savoir que tu fais partie de ces groupes en ligne. Il y a aussi Reddit. Je te réfère à quelques-uns de ces groupes dans la liste de ressources à la fin de ma réponse.
Pour ce qui est de voir un·e psychologue, il serait également possible de le faire en ligne, ou peut-être dans une autre ville ou village (dépendant de ta situation géographique et de ta capacité à te déplacer) si tu préfères que ce ne soit pas quelqu’un dans ton village. Les psychologues et autres professionnels de la santé sont tenus au secret professionnel. Comme tu es mineur, la·e psychologue aurait le droit d’informer tes parents de ton état de santé ou autres informations qui seraient jugées nécessaires de partager avec eux. Tu peux en lire plus ici.
Pour ce qui est de faire ta transition dans un autre pays, c’est un choix personnel. Passer du temps loin de chez soi peut permettre de se découvrir, qu’on soit ou non une personne trans. Ça peut être une expérience très enrichissante. Ça peut aussi te permettre de te réinventer loin des personnes qui t’ont connu toute ta vie, et cela dans un environnement qui serait potentiellement moins hostile. Mais si tu as envie de rester avec ta famille et dans ton environnement, c’est un choix tout aussi valide et qui a aussi ses avantages. Après tout, habiter dans un nouvel endroit, rencontrer de nouvelles personnes, et transitionner, ça fait beaucoup de changements et de nouveautés à la fois. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas faisable ou que c’est une mauvaise idée, mais c’est quelque chose qu’il est bon de prendre en considération.
J’espère que cette réponse t’aidera. N’hésites surtout pas à nous recontacter si tu as d’autres questions. Je te souhaite bon courage dans ton cheminement ! 

Liste de ressources :

Association belge pour les personnes LGBTQIA+ :  http://rainbowhouse.be/fr/
Association belge œuvrant pour le soutien des personnes transgenres : https://www.genrespluriels.be/?lang=fr
Subreddit francophone pour les personnes trans : https://www.reddit.com/r/transgenre/
Liste de ressources francophones pour les personnes trans : https://www.reddit.com/r/transgenre/wiki/websites

À propos de vivre la transidentité quand on habite dans un village :

Roman: La fille d’elle-même de Gabrielle Boulianne-Tremblay
Jeu vidéo: Tell me why
La diversité est dans le pré (série de portraits vidéos)

About Paul

Paul est un homme trans autiste à neurodivergences multiples. Il s'intéresse depuis longtemps à la neurodiversité, la santé mentale, la diversité sexuelle, la pluralité des genres, et le soutien par les pairs. Dans son temps libre, il aime écouter et jouer de la musique, jouer aux jeux vidéos, et écouter des livres audios.

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