Je ne sais pas si je veux transitionner. Peut-être qu’être lesbienne ne serait pas si terrible?


Hum, bonjour ?
Je ne sais pas vraiment comment commencer ça.
Bon. Ca fait maintenant 4 ans que je m’identifie comme un homme trans. Dans mon enfance, je me vantais de ne pas être comme les autres filles, je me sentais éloigné de ce genre. Je ne midentifiais qu’au personnages masculins et je rejetais toute féminité.
Je refusais de croire en une puberté feminine et celle ci lorsqu’elle est arrivée ma fait beaucoup de mal.
Encore aujourd’hui, jai de la dysphorie du moins je crois. Je naime pas mon torse, ma taille,ma voix… mais voilà :
Peut-être que ce ne serait pas si terrible detre lesbienne? Je pense que je préfère les hommes mais de ce niveau cest compliqué, jai l’impression que ça change tout le temps et si je dois m’imaginer fille, cest avec une autre fille.
Je ne sais pas si je veux transitionner pu si je choisis la simplicité. Peut-être que je pourrais oublier cette envie detre un homme . Arreter de les jalouser, de me sentir mal parce que je ne suis pas comme eux.
Ma question est un peu, es ce que je peux guérir ? Es ce que je peux enterrer ces envies, et accepter ce que j’ai ?
Je suis désolé si ça sonne insultant pour des personnes trans, cest seulement ce que j’envisage pour moi, pas ce que je projette sur les autres.
Cette détresse de genre me tourmenté, je ne dors presque pas, et pas une seconde ne se passe sans que je ne cherche à me prouver a moi-même que je suis une fille ou un garçon.
J’adore me faire genre au masculin. Cest quelque chose de très clair pour moi. Ca me rend heureux. Depuis que jai commence à passer en tant qu’homme (sans T car trop jeune), je me sens plus confident, et plus naturel.
Mais je peux travailler sur ça, non? Apprendre à aimer me féminin a mon égard…?
Le truc cest que, si un bouton magique me permettait de devenir un homme cis d’un coup, je le presserais sans hésiter.
Mais m’infliger moi-même la transformation si je puis dire me semble impossible. Comme si par la suite, je serais responsable de mon erreur et du monstre que je serais devenu.
Et puis, jai peur detre trans. De ne jamais pouvoir passer, des relations plus tard…
Jai des modèles de femmes lesbiennes, de femmes masculines, pour qui tout va bien et qui sont fantastiques. Mais je ne connais aucun homme trans, mis à part une personne en ligne qui en transitionnant a du faire une croix sur ses plus grand rêves.
Je ne sais pas ce que je suis ni quoi faire et ça me fais peur. Je suis bloqué et ça m’insupporte.
En ce moment au lycée, je porte binder et packer et bien que non out, je passe très bien en tant qu’homme. Et si j’y allais avec un soutien-gorge et un peu de mascara ? Es ce qu’a force je me sentirais à l’aise?
Es ce que est possible detre parfois u e fille et parfois un garçon, et peut-être aussi rien du tout?
Es ce qu’une personne sans genre peut prendre de la T ?
Voila voilà…
Desole cest très brouillon, j’espère que vous aurez réussi à me lire et à me comprendre, à travers ma panique et mes phrases mal tournées.
Merci d’avance.

ID

Bonjour ID!

Merci de la confiance continue que tu accordes à AlterHéros. Je retiens de ton message, qui est compréhensible, d’ailleurs, ne t’inquiète pas de ça, que tu éprouves de la détresse par rapport au fait de t’identifier comme homme trans. Tu aimerais trouver une façon de cesser de l’être et aimer être une femme cisgenre. Tu te demandes s’il est possible de guérir du fait d’être trans. C’est bien ça?

La réponse rapide est non. Il n’y a aucune preuve qu’il soit possible pour quelqu’un de changer son identité de genre ou son orientation sexuelle pour devenir cisgenre ou hétérosexuel. C’est d’ailleurs pourquoi les thérapies de conversions, qui prétendent pouvoir guérir les personnes LGBTQ+, sont interdites dans plusieurs pays.

Alors, oui, tu peux enterrer les envies que tu as d’être reconnu comme un garçon ou de transitionner, mais il n’y a aucune garantie que cela fera en sorte que tu te sentiras plus à l’aise avec le fait d’être perçu comme fille ou de faire des choses associées avec la féminité comme porter du maquillage. 

Ne t’inquiète pas, je ne trouve pas ça insultant. Je crois que beaucoup de personnes trans, quand elles font face aux difficultés qui peuvent venir avec leur coming-out ou leur début de transition, se disent qu’elles aimeraient bien pouvoir choisir la simplicité de devenir cisgenre et d’être à l’aise avec leur genre assigné. Je sais que, pour ma part, j’ai beaucoup pleuré en me demandant pourquoi je ne pouvais pas me forcer à être une fille comme les autres et aussi pourquoi je ne pouvais pas au minimum me forcer à être un garçon trans au lieu d’une personne non-binaire. 

Cela est dû à ce qu’on appelle la transphobie internalisée. Ça veut dire qu’on entend les messages transphobe de la société depuis qu’on est tout jeune, et qu’on les a intégrés dans notre façon de penser. Ces messages disent qu’être trans est quelque chose qui est ridicule et qu’on doit éviter à tout prix. Ils disent qu’être cisgenre est désirable et mieux, qu’une “vraie” femme a une vulve et un “vrai” homme a un pénis. Ils disent que les personnes non-binaires n’existent pas vraiment, et que celles qui croient l’être se font des illusions. À force de voir ces messages dans les médias et à l’école, de la part de nos familles et de nos ami.e.s, on vient à croire qu’ils sont la vérité. Mais ils sont faux. 

Les personnes trans sont légitimes. Les hommes sont des hommes peu importe leurs organes génitaux, et de même pour les femmes et les personnes non-binaires. Les personnes non-binaires existent depuis toujours et on a des preuves de leur existence dans de nombreuses sociétés à travers le monde et les époques. La diversité humaine doit être célébrée, et la diversité d’identité et d’expression de genre en fait partie. 

Je dis souvent qu’on ne sait pas pourquoi certaines personnes sont trans, et que la raison n’est pas importante, car être trans n’est pas mieux qu’être cis. Mais au fond, on est trans parce qu’on nous a assigné le mauvais genre à la naissance, alors si on voulait qu’il n’y ait plus de personnes trans, il faudrait simplement cesser d’assigner des genres à la naissance et laisser les humains explorer et exprimer leur genre comme iels le souhaitent. 

Quand on t’as assigné le genre féminin à la naissance, c’est à ce moment qu’on a fait de toi une personne trans. Ce n’est ni ta faute, ni quelque chose sur laquelle tu as du pouvoir. Si tu veux être plus à l’aise avec certaines facettes d’une expression de genre plus féminine ou même de te faire percevoir comme une fille, un moyen beaucoup plus efficace de le faire serait d’accepter ton identité, plutôt que d’essayer de l’enfouir. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est une approche beaucoup plus prometteuse que d’essayer de devenir cisgenre.

Par exemple, moi j’étais complètement mal à l’aise avec les robes et le maquillage lorsque j’étais adolescent. Jamais je ne portais une robe si je n’étais pas obligé. Puis, j’ai réalisé que j’étais non-binaire et j’ai travaillé à me construire une communauté et à célébrer cette partie de mon identité. Plus je devenais à l’aise avec le fait d’être trans et que je faisais de coming-outs, plus je devenais à l’aise d’exprimer ma féminité. 

Et quand j’avais à me présenter de façon féminine et à me faire genrer au féminin, par exemple lorsque je voyais ma famille ou bien quand j’allais à l’école, c’était plus facile pour moi de le supporter. Je pouvais faire la différence entre ce costume de fille que je devais porter parfois pour faire plaisir aux autres et mon vrai moi.

 

Depuis que tu nous écris, j’ai l’impression que tu chemines de plus en plus vers ton vrai toi, que tu découvres ce qui te cause de l’euphorie de genre. Tu dis que tu adores te faire genrer au masculin, que c’est très clair que ça te rend heureux. Tu dis que depuis que tu as commencé à passer en tant qu’homme, tu te sens plus en confiance et plus au naturel. Tout ça est grandement positif, non? 

Comme tu mentionnes que tu ne connais aucun homme trans, outre un qui a dû abandonner ses rêves pour transitionner, je crois que le manque de représentation positive contribue à ta faible estime de soi. Quand on est trans, il est facile de se sentir très seul, car oui, nous sommes en position minoritaire. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas une foule de personnes trans qui sont heureuses et accomplies, qui peuvent nous servir de modèle.

Si tu n’es pas déjà entré en contact avec l’association trans la plus près de chez toi, je te conseille de le faire. Sinon, à défaut de pouvoir rencontrer des hommes trans et des personnes non-binaires dans ce contexte, il est possible d’en suivre sur les réseaux sociaux afin de t’exposer à des personnes qui vivent des réalités similaires à la tienne. Voici quelques comptes chouettes à suivre:

Instagram

(en français)

 

(en anglais)

YouTube

(en français)

(en anglais)

 

Je sais que ça ne remplace pas le contact humain avec des personnes comme toi, mais je crois que cette représentation positive pourrait t’aider à déconstruire certains schèmes de pensées que tu as. Par exemple, quand tu demandes si une personne sans genre peut prendre de la testostérone et aussi si une personne peut être parfois une fille, parfois un garçon et parfois aucun des deux, la réponse est oui, absolument! Mais ça peut être difficile de comprendre comment on peut vivre une fluidité dans le genre ou encore comment une personne agenre ou non-binaire vit le fait de celle de prendre des hormones, si tu ne connais personne qui ont vécu ces expériences. J’aime bien instagram et YouTube pour ça, car ces réseaux sociaux permettent de voir, entendre et connecter avec des personnes qui ont toutes sortes de parcours de transition. On se sent ainsi moins seul.e.

Qu’en dis-tu? Crois-tu que tu pourrais te prendre un après-midi ou une soirée pour explorer les comptes qui sont dans la liste ci-dessus? Crois-tu que ça pourrait t’aider à trouver des expériences qui ressemblent à la tienne et à trouver des modèles positifs dans lesquels tu pourrais te projeter, pour ultimement te sentir moins seul?

Sache aussi que je suis toujours là, moi, une personne non-binaire qui prend de la testostérone, pour répondre à tes questions au besoin. N’hésite jamais à nous réécrire si tu en ressens le besoin.

Prends soin de toi,

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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