Je ne sais pas si je suis une fille ou un garçon.


Bonjour 🙂

Je ne sais pas si je suis une fille ou un garçon

Je suis né fille. Depuis très jeune je refusais que l’on m’appelle “princesse” comme les autres filles, je détestais les robes et les jupes et j’avais un style tellement masculin que les inconnus pensaient que j’étais un garçon.

Seulement, depuis quelques temps je suis en réel questionnement sur mon genre. J’ai toujours eu des tendances masculines (habits, jeux, etc..) mais jamais rien de plus (bien que parfois j’essayais de faire pipi debout)
En ce moment, quand je vois des garçons je les envies, je veux vraiment leur corps..
Je déteste mon corps de fille, j’en veux un de garçon..

Toute à l’heure, j’ai fait une crise d’angoisse à cause du fait que mon corps n’était pas suffisamment masculin, et je me disais que je n’aurais jamais de sexe masculin, que j’aurais toujours des seins, jamais la voix grave, je ne me raserais jamais la barbe..)

Je me suis calmée et je me suis demandé “est ce que je suis une fille ?” Et la réponse était non. Pourtant, en ce moment même où j’écris ça, je n’arrive plus à rien savoir : je me sens normal, si on me genre au féminin j’ai l’impression que ça ne me pose pas de réel problème (bien que ma mère m’a appelé par mon prénom en disant “elle” et je me suis fait une légère réflexion en me disant “non, il” mais ça n’étais ni blessant ni vraiment dérangeant)

Pourtant il n’y a que quelques heures j’étais sûr d’être un garçon, et il y a quelques minutes aussi (j’ai lu un post ou vous parliez de baguette magique, ma réponse était oui, je souhaitais devenir cet homme. Je m’imagine être genré au masculin, ne plus être fille mais fils, ne plus être sœur mais frère, ne plus aller aux toilettes des filles… Et ça me rends heureux. Mais j’ai l’étrange impression que la réponse ne me convient pas)

Je suis contradictoire avec moi même et n’arrive pas à comprendre mon genre.

Pourriez vous m’éclairer ? Merci d’avance 😀

Glainn

Salut!

 

Merci beaucoup de nous avoir écrit!

 

Si je comprends bien, tu ne sais pas si tu es une fille ou un garçon, dès ton enfance tu as rejeté les trucs associés à la féminité et plus récemment tu prends conscience que tu aimerais vraiment avoir un corps masculin. Le truc qui semble te faire hésiter est que tu n’es pas toujours nécessairement inconfortable lorsqu’on utilise les pronoms “elle” pour parler de toi. En plus, en t’imaginant vivre une vie de garçon, il y a quelque chose qui cloche ou qui ne semble pas entièrement te correspondre.

 

Je comprends que tu aies l’impression que ces sentiments sont contradictoires, mais je t’assure qu’ils peuvent coexister de façon cohérente et logique. Pour avoir répondu à plusieurs questions semblables, je peux te dire que beaucoup de personnes vivent la même chose, aimeraient changer certaines choses tout en étant confortable ou neutre vis-à-vis d’autres parties de leur genre assigné à la naissance. Le deuxième point n’invalide pas le premier. 🙂

 

Je peux te donner quelques infos pour t’éclairer. La crise d’angoisse que tu décris ressemble beaucoup à de la dysphorie de genre selon moi, un sentiment d’inconfort, de malaise, de tristesse, de panique lorsqu’on a l’impression de ne pas être/paraître le bon genre. Cela peut être présent à différents degrés dans différents contextes. Dans cette réponse, mon collègue Séré fait la différence entre dysphorie physique et sociale :

 

La dysphorie physique est quand je me sens mal par rapport à une caractéristique de mon corps, quand je suis chez moi, seul. Pour moi, la plus grande source de dysphorie physique que j’éprouve est liée au fait de ne pas avoir de pénis. Dans ce temps-là, ce qui me fait le plus de bien est de porter un packer ou un stand-to-pee. Je me sentais plus « complet ». Avant d’avoir accès à un « vrai » packer, je portais une paire de chaussettes dans mes pantalons et ça me faisait déjà sentir mieux! 

La dysphorie sociale, elle, est liée au fait de se faire mégenrer (se faire dire « elle » si on est un garçon par exemple) par d’autres personnes et provoque souvent de la dysphorie physique sur le moment ou par après. Ça peut être compliqué à gérer, car malheureusement on ne contrôle pas les autres personnes qu’on est obligés de fréquenter, par exemple à la maison ou à l’école, et qui ne savent pas qu’on est trans ou ne comprennent pas l’impact de leurs mots sur nous.

 

C’est possible de vivre l’un plus que l’autre, comme dans ton cas. À l’inverse on peut aussi ressentir de l’euphorie de genre, de la joie ou du soulagement lorsqu’on a l’impression d’être réellement et visiblement du genre qui nous convient. 

 

Comme je disais, la gravité de la dysphorie peut varier selon différentes choses, parfois on passe une bonne journée et on remarque moins les trucs qui nous dérangent habituellement, ou on est plus fatigué·e et on n’a pas le goût de prendre l’énergie pour réagir. Alors à mon avis, le fait que tu te sentes neutre d’être genré au féminin à l’occasion n’est pas automatiquement un signe qui annule ta préférence marquée pour le masculin.

 

D’ailleurs, je veux aussi souligner que c’est possible et faisable de masculiniser son corps et son apparence! Tu nommes vouloir un sexe masculin (il y a les packers que tu peux acheter ou faire toi-même, certains permettent même de faire pipi debout), un torse plus plat (les binders et les soutiens-gorge de sport permettent de camoufler la poitrine, certains styles, tailles ou couleurs de vêtements aussi, et il existe des chirurgies couvertes par les assurances pour retirer la poitrine), ainsi qu’avoir une voix plus grave et de la pilosité faciale (la prise de testostérone entraine ces effets avec le temps). Parfois mieux connaître les possibilités qui existent nous fait prendre conscience de ce que l’on désire. Pour continuer de te faire une idée, je t’encourage aussi à consulter des témoignages de personnes transmasculines ainsi que des portraits de personnes trans ayant réussi dans la vie. Il y a aussi beaucoup de vidéos de type FtM transition timeline sur YouTube qui peuvent donner de l’inspiration et de l’espoir.

 

Mais pour revenir à ta question initiale, qu’est-ce qui pourrait possiblement expliquer ton ambivalence et tes hésitations?

 

Et bien, déjà découvrir et comprendre son genre est un processus très intime qui peut être compliqué. Il n’y a pas juste un chemin à suivre pour tout le monde, chaque personne vit cette exploration de sa propre façon, et parfois cela prend plus de temps. Lorsque notre sexe assigné à la naissance ne correspond pas à notre genre, cela peut amener tout un ensemble de questions, de réflexions et d’émotions. Ne t’en fait pas si cela ne se règle pas en quelques jours, il n’y a rien de mal à vouloir prendre le temps pour apprendre à se connaître.

 

Ensuite, on habite dans une société particulièrement cisnormative, c’est-à-dire que la plupart des gens supposent qu’il est normal de s’identifier à son genre assigné (d’être cisgenre) et que les gens qui explorent ou s’identifient autrement sont de rares exceptions qui s’éloignent de cette norme. C’est ce qui entraîne autant de pression à éviter ou camoufler nos différences. Je crois que dans un contexte comme ça c’est normal de chercher à invalider ses questionnements, mais je crois aussi qu’il faut résister à cette envie et faire de son mieux pour se faire confiance.

 

Sinon, as-tu déjà entendu parler de la non-binarité? Les personnes non-binaires ne se retrouvent pas entièrement, exclusivement ou du tout dans les cases homme ni femme. Ça peut être de se sentir en partie homme, en partie femme et/ou en partie neutre, d’avoir un genre qui change entre plusieurs options ou qui hors des définitions traditionnelles. C’est totalement possible d’être non-binaire et de vouloir masculiniser son apparence. Il y a plein de façons d’être non-binaire et aucune obligation. Pour moi, réaliser que cette option existait a fait toute la différence.

 

Est-ce que ces théories te rejoignent? Crois-tu qu’il y a quelque chose que j’aurais pu manquer? N’hésite pas à nous écrire si tu veux clarifier quelque chose ou si tu as d’autres questions qui te viennent à l’esprit! Je sais que je t’ai donné beaucoup d’informations très rapidement, ça me ferait plaisir d’y aller plus en détail si ça t’intéresse.

 

Solidairement,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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