Je me considère pour l’instant bigenre, mais j’aimerais quand même que ce soit un peu plus clair pour moi…


Salut, je vous écris car depuis quelques temps je me pose beaucoup de question sur mon genre, je suis née dans le corps d’une fille, et jusqu’à aujourd’hui ca ne me posais aucun problème, mais depuis un peu plus de un mois maintenant, j’ai des doutes sur mon genre, je me sens bien en tant que fille, mais je me sens bien en tant que garçon. J’ai aucune envie de faire une transition, cependant, je me sens alaise de me faire genré au masculin, j’ai deux de mes amies proches qui me genre au masculin et m’appellent Max, max est un nom que j’ai trouvé il y a pas longtemps et que j’aime bien, pour l’instant je me considère bigenre, je me sens fille et a la fois gars, je me sens bien dans mon corps féminin même si quelque fois j’aimerais qu’il soit plus masculin, j’aime que l’ont me genre au masculin tout en étant une ”fille” j’aimerais que se soit plus claire pour moi et que quelqu’un m’aide a savoir je suis qui.. car plus j’y pense et plus je panique.

– Max

Salut Max!

 

On a le même prénom haha. 🙂 Merci beaucoup d’écrire à AlterHéros, ça me ferait plaisir de parler d’identité et d’expression de genre avec toi aujourd’hui.

 

Pour reformuler rapidement, tu te sens confortable tant dans le masculin que le féminin, tu apprécies de plus en plus d’être reconnu en tant que garçon sans que cela n’efface ton côté fille. Ces découvertes s’inscrivent dans des questionnements plus généraux, qui tu es, ce qui amène un lot d’anxiété. C’est bien ça?

 

À partir de ton message, j’aurais tendance à croire comme toi que bigenre est un terme qui rejoint bien tes expériences. À ce que je comprends, tu te sens parfois garçon et fille en même temps et parfois plus l’un que l’autre, que ce soit selon le contexte (par ex. avec tes ami.e.s) ou de façon imprévisible. C’est pas mal ça être bigenre!

 

L’identité non-binaire pourrait peut-être également te rejoindre. Non-binaire dans le sens d’une personne ne s’identifiant pas (exclusivement, strictement, tout le temps ou du tout) comme homme ni comme femme. C’est une définition très large qui peut inclure notamment les gens bigenres. Être non-binaire ne signifie pas automatiquement de désirer une apparence androgyne/neutre uniquement, c’est possible d’être non-binaire et de se situer à différents endroits sur les spectres de la masculinité et de la féminité.

 

Tu dis ne pas avoir envie de faire de transition, c’est bien correct et totalement légitime. Malgré la croyance populaire, ce n’est pas toutes les personnes trans et non-binaires qui ressentent le besoin de modifier leur corps ou leur apparence. Pour bien illustrer, j’aimerais reprendre les phrases de mon collègue Séré :

 

En grandissant, j’ai toujours entendu parler des personnes trans d’une façon très spécifique : « né.e dans le mauvais corps », « la grande opération », « devenu.e un homme/une femme », « sa transformation », « changer de sexe », etc. Je ne me reconnaissais pas du tout dans ces mots. Oui, j’étais mal à l’aise avec certaines parties de mon corps, mais je ne me voyais pas avoir des chirurgies pour le changer. Et j’en aimais aussi d’autres aspects, je n’avais pas du tout l’impression d’être né dans le mauvais corps! Je ne voulais pas non plus « devenir » une autre personne.

 

Le problème avec ces phrases, c’est qu’elles nous font croire que le vécu de toutes les personnes trans est le même. Elles sont aussi très négatives, et nous laissent penser qu’être trans est une maladie dont il faut guérir en suivant un traitement médical précis, une expérience horrible dont on ne peut tirer aucun positif. 

 

La réalité est tout autre. Il y a autant de parcours trans qu’il y a de personnes trans. Certaines personnes trans font une transition médicale, alors que d’autres n’en font pas. Certaines personnes trans prennent des hormones, mais ne veulent pas de chirurgies, alors que d’autres veulent des chirurgies, mais pas d’hormones. Certaines personnes trans changent de nom et de pronoms, alors que d’autres gardent ceux qu’elles utilisaient déjà. 

 

Le seul prérequis pour être trans est de s’identifier à un autre genre que celui qui nous a été assigné à la naissance. C’est tout! Pas besoin de détester son corps, pas besoin de vouloir transitionner, pas même besoin de faire un coming-out.

 

En effet, il existe énormément de parcours de vie et de transition différents et uniques qui peuvent avoir des étapes différentes pour chaque personne.

 

Tu parles de corps féminins, de corps de filles et de femmes. Je pense que c’est intéressant de se demander ce que ça veut réellement dire concrètement. Par exemple, est-ce qu’être une femme c’est avoir des seins? Il y a des femmes avec des petites poitrines, et des hommes avec des poitrines volumineuses, certains torses ont plus de gras d’autres plus de muscles, certaines personnes se font retirer leur poitrine pour des conditions médicales ou par choix, d’autres qui ont recours à des implants mammaires ou pectoraux. On peut avoir ce type de réflexion sur beaucoup d’autres parties du corps. Dans le fond, des personnes de différents genres peuvent avoir des corps très diversifiés. Ton corps est le tien, il t’appartient. Si tu es bigenre, tu as un corps de personne bigenre, il y a des individus bigenres avec des corps semblables et d’autres avec des corps différents.

 

Tu dis aussi que tu aimerais avoir un corps plus masculin. La bonne nouvelle est qu’il existe différentes solutions selon ce que tu aimerais changer, beaucoup sont temporaires ou réversibles. Tu peux trouver quelques exemples ici. Il est possible de paraître plus masculin à l’aide de vêtements, d’accessoires, de maquillage, de parfum, de tattoos, de piercings, de coupes de cheveux, de posture, de musculature, de pilosité, et de voix. Les derniers points sont davantage influencés par les chirurgies et l’hormonothérapie, c’est des options qui existent mais c’est encore vraiment correct si ce n’est pas pour toi.

 

Finalement, tu termines en affirmant que ça te fait un peu paniquer de ressentir des incertitudes et de ne pas savoir précisément qui tu es. Tu sais, il n’y a pas de mauvaise réponse, Si plus tard tu découvres de nouveaux mots qui permettent de mieux décrire ce que tu ressens, ou encore si tu ressens de nouvelles choses et désires expérimenter avec ton apparence ou tes pronoms c’est une bonne chose! Apprendre à se connaître et à se découvrir peut aussi être un processus amusant et agréable. C’est aussi quelque chose qui peut prendre du temps, je dirais donc que la patience et la curiosité sont des qualités à mettre de l’avant dans la mesure du possible.

 

J’espère que ça aide un peu à faire du sens dans tes expériences! Tu peux toujours nous écrire à nouveau si tu as d’autres questions.

 

Solidairement, d’un.e Max à un autre,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

Leave a comment